Lundi 14 juin 2021
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Helena May: les secrets d'un club centenaire à Hong Kong

Par Claudia Delgado | Publié le 02/05/2021 à 18:30 | Mis à jour le 02/05/2021 à 18:58
Photo : Diane et Betty @Helena May
Club Helena May Hong Kong

C’est un jeudi matin que je franchis le seuil de ce bâtiment vieux de plus d’un siècle. Un building blanc et imposant qui détonne un peu au milieu du trafic de Garden Road, quelques pas au-dessus de Peak tram. C’est ici que depuis 1916, un club privé a élu domicile, un club créé par une femme, pour les femmes.  

L’entrée donne sur une grande salle à manger, où des tables de quatre sont arrangées par-ci par-là. On m’emmène dans une autre pièce enjolivée par des portraits anciens, je reconnais celui d’Helena May qui trône au milieu de visages moins familiers.

Diane et Betty m’accueillent chaleureusement, la première est membre du conseil ainsi que du groupe d’histoire au sein du club, la deuxième est la directrice générale du Helena May. Elles connaissent le passé du club et du bâtiment qui l’abrite sur le bout des doigts, et ensemble, nous faisons un saut dans le temps pour revenir au 1916, année de sa conception.  

Helena May Hong Kong
Façade du Helena May-photo@amo.gov.hk

Un lieu d’hébergement pour les femmes à Hong Kong

Le bâtiment a été baptisé en honneur d’Helena May, épouse de 15e gouverneur de Hong Kong. Bien qu’elle mène une vie de privilèges, elle constate la situation des femmes qui arrivent à Hong Kong, où à l’époque, il n’y avait que deux types d’hébergement : des hôtels de luxe ou des pensionnats plutôt sordides.

Helena réalise que bon nombre de femmes débarquent à Hong Kong avec peu d’argent et sans connaître personne. Son objectif était d’abord, de fournir aux femmes un hébergement abordable et deuxièmement, de leur proposer un lieu de réunion.   

Helena May Hong Kong
Famille May, Sir Ellis Kadoorie, Sir Francis Henry May et M. Ho Kom Tong—photo@Helena May  

Ce n’est qu’avec les dons de deux philanthropes, Sir Ellis Kadoorie et M. Ho Kom Tong, que le building a pu ouvrir ces portes le 12 septembre 1916. Ces deux familles ont été leurs mécènes au fil des années, une relation qui s’étend sur 105 ans. Les portraits des deux bienfaiteurs entourent celui de Helena May.

Si l’on se demande pourquoi elle se souciait particulièrement du sort de femmes, une autre photo où l’on voit la famille May peut aider à y répondre : leurs quatre filles posent aux côtés du couple.     

Un sanctuaire en pleine ville  

Les femmes qui arrivaient au Helena May y trouvaient une partie de l’Angleterre, une sorte de sanctuaire au milieu de la ville. Au sein du club, elles jouissaient d’une certaine respectabilité, c’était l’endroit idéal pour faire des rencontres et retrouver ses semblables.

Les travaux d’agrandissement faits en 1922 témoignent de la popularité du club, quelques années plus tard en 1929, une deuxième extension est faite, le club avait le vent en poupe. Malgré les changements que le bâtiment a pu subir, sa façade et sa structure initiale sont restées inchangées au fil des années. L’extérieur de la bâtisse principale a été déclaré monument historique en 1993.  

Club Helena May Hong Kong
photo@Helena May

Bien qu’un club de femmes, les hommes trouvèrent leur place au Helena May dans l’après-guerre, lorsqu’on réalisa qu’ils avaient aussi besoin d’un tel endroit, notamment les maris des femmes membres du club, puis on décida que tous les hommes étaient les bienvenus.

Dans les années 50, des résidences pour hommes et femmes ont été construites à côté du jardin. Actuellement, les hommes représentent 20 % des adhérents et jouissent des mêmes privilèges, excepté le droit de vote. Le club a à sa tête une présidente qui est assistée par dix comités auxquels les hommes peuvent se joindre.

Helena May Hong Kong
La salle à manger du Helena May

Le club Helena May aujourd’hui

Je parcours le bâtiment en compagnie de mes guides, nous traversons la salle à manger où un large piano trône dans un angle. Une grande salle mène à une autre, plus petite et intime où l’on se réunit, tantôt pour jouer tantôt pour vaquer au sein des comités.

On monte au premier étage pour rejoindre les chambres, en bas de l’escalier luisent une cloche et un tube dorés, « à l’époque il n’y avait pas de téléphone dans les chambres » me dit Diane, « quand quelqu’un avait de la visite, on sonnait la cloche et l’on informait les résidents à travers le tube ». On visite une chambre lumineuse, joliment décorée avec un petit balcon et de grands placards, indispensables pour des séjours de longue durée. Nous descendons jusqu’au sous-sol qui mène à une bibliothèque, la plus grande bibliothèque anglophone privée de Hong Kong.

Club Helena May Hong Kong
Photo@Helena May

Cette bibliothèque renvoie au sort du Helena May pendant la guerre. Une fois que l’armée japonaise s’empare de la ville, le bâtiment devient d’abord une caserne, mais en 1944, afin de montrer le côté culturel de la société japonaise, le Helena May devient une bibliothèque publique appelée « La bibliothèque des citoyens », bien qu’à cette époque les citoyens n’eussent pas comme priorité d’aller à la bibliothèque.

En 1945, les Japonais se retirent et l’armée de l’air britannique s’y installe. Entre-temps, les membres du club reviennent à Hong Kong ou sont libérées du camp de détention de Stanley et en 1947, le club rouvre ses portes.    

Helena May Hong Kong
La bibliothèque du Helena May

« Une maison loin de la maison »

À bien des égards, les membres du Helena May cherchent actuellement la même chose que les membres d’il y a un siècle : un hébergement abordable, mais surtout, une communauté. Néanmoins, il y a une grande différence à souligner, avant la guerre, on y trouvait que des femmes occidentales.

Dans l’après-guerre, la culture et les attitudes changent et on ouvre les portes à tout le monde, qu’ils soient hommes ou femmes, occidentaux ou orientaux.      

Au sein du Helena May on organise tout un éventail d’activités, qu’il a fallu adapter en temps de pandémie, il peut s’agir de conférences, films, cours, sorties culturelles, randonnées… Il y a également des programmes de conservation du patrimoine et de sensibilisation communautaire, où l’on collabore avec des associations caritatives pour venir particulièrement en aide aux femmes et aux jeunes filles.    

Helena May Hong Kong
Jardin du Helena May

Face à la bibliothèque se trouve le jardin, c’est presque la fin de la visite. C’est dans ce petit havre de paix que la devise du Helena May retrouve tout son sens "une maison loin de la maison" où l’idée de retrouver un autre chez-soi se cristallise. Munie de la revue trimestrielle du club, je pars, mais les portes du Helena May restent ouvertes pour ceux qui voudraient y entrer.     

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Claudia Delgado

Claudia Delgado

Mexicaine de langue française, Claudia est traductrice. Cela fait quelques mois qu’elle habite à Hong Kong et rédige des articles pour le Petit Journal
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