Samedi 31 octobre 2020
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Éphémère et fugace, le théâtre de bambou

Par Claudia Delgado | Publié le 21/07/2020 à 15:00 | Mis à jour le 21/07/2020 à 15:00
Photo : photo@Wikimedia Commons
théâtre bambou opéra Hong Kong

Une dizaine de jours pour le bâtir, quelques jours pour s’en servir, et à peine trois jours pour le démonter : voilà le cycle du théâtre de bambou. 

Au milieu d’une bâtisse en bambou, les corps agiles des ouvriers s'affairent, cigarette à la bouche tandis qu’ils grimpent plus haut. Une image connue par tous ceux qui parcourent quotidiennement les rues de Hong Kong. Il suffit de lever le regard pour voir les structures de bambou dans les nombreux chantiers qui apparaissent chaque jour. Parmi ces constructions, il y en a une qui est bâtie dans un but bien particulier : accueillir du public sous son toit pour devenir temporairement, le siège de l’opéra cantonais. 

Dans la culture chinoise le bambou arbore une importance symbolique qui évoque notamment force et stabilité, mais il est par-dessus tout, l’un de plus anciens matériaux de construction en Chine et à Hong Kong. Peu onéreux, le bambou peut être adapté à différents types de constructions de par sa légèreté, portance, flexibilité et facilité à manœuvrer. Par rapport à l’acier, il est six fois plus rapide à monter et douze fois plus rapide à démonter. Il devient ainsi le matériau idéal pour bâtir cette charpente qui accueillera les troupes de théâtre et leurs audiences. Les théâtres de bambou actuels ne diffèrent guère de ceux conçus dans les années 50, des lieus ouverts où la délimitation entre public et interprètes devient floue. Les opéras joués dans ces théâtres éphémères sont censés honorer les dieux, et le bambou apporte aussi l’élément spirituel. Le plateau en plein air permet d’entendre les éléments et de connecter avec les déités.

 

théâtre bambou opéra Hong Kong
photo@Wikimedia Commons  

 

Un métier transmis de génération en génération 

L’ossature de bambou prend forme une fois qu’on attache les poteaux à l’aide de bandes de nylon serrés avec des nœuds précis, le tout recouvert de tôles en fer pour l’imperméabiliser. Pour entraîner quelqu’un à son usage, un minimum de trois ans est requis, le même temps que le bambou requiert pour développer l’épaisseur nécessaire : maître et matière avancent main dans la main. De nos jours, Hong Kong reste l’un des rares endroits où les maîtres du bambou ou sifu, sont encore formés. Les monteurs des théâtres de bambou travaillent à un rythme soutenu, une équipe de huit hommes peut finir la construction en dix jours et la démonter en trois. Un métier difficile où l’on devient expert à force de littéralement, gravir les échelons, sillonner les hauteurs et se hisser quotidiennement sur ces armatures de bambou. Les travailleurs apprennent les ficelles du métier au fil de nombreuses années et se transmettent les techniques d’une génération à l’autre. 

Ériger des théâtres de bambou est considéré par d’aucuns comme un art, où l’approche est moins méthodique face aux monteurs d’échafaudages, ici, il n’y a pas de plan architectural, le maître lance des directives et dirige ses travailleurs comme un chef d’orchestre, tout le monde bouge au diapason. Les monteurs des théâtres de bambou se passent des harnais, ils se déplacent avec légèreté, comme exemptés de l’emprise de la gravité. Une chorégraphie harmonieuse se met en place, car chacun sait ce qu’il faut faire. Un métier où le travail d’équipe est particulièrement important, un faux pas ou un poteau mal placé peuvent être catastrophiques. 

Un sens de la communauté règne non seulement pendant le dressage des théâtres, mais aussi pour tout ce qui vient après, la plupart des opéras sont produits par de petites troupes locales et mis en scène par des associations de résidents. Pour ceux qui ont quitté le village c’est l’opportunité de se retrouver et de resserrer les liens. Chaque année s’érigent régulièrement des théâtres de bambou notamment dans les îles de Cheung Chau, Lamma, Po Toi, Lantau, Peng Chau et Tsing Yi mais aussi à Tai Po, Sai Kung, et Shek O. Des festivals qui se déroulent dans les villages côtiers, et peuvent parfois passer inaperçus pour les citadins.  

 

théâtre bambou opéra Hong Kong
photo@Wikimedia Commons  

 

Quelques festivités à retenir

Pour l’anniversaire de Tin Hau déesse de la mer et sainte patronne des pécheurs, des théâtres en bambou s’érigent notamment à Cheung Chau, Peng Chau, Lamma et Tsing Yi car ces îles et villages côtiers possèdent un certain nombre de temples consacrés à Tin Hau.

Quand ?  Le 23jour du 3e mois du calendrier lunaire (avril-mai). 

Pour l’anniversaire de Hau Wong, aussi appelé Yeung Hau, un général qui s’est sacrifié afin de protéger le dernier empereur de la dynastie Song, un festival à Tai O (Lantau) se déroule chaque année.

Quand ? Le 16e jour du 6e mois lunaire (juillet).  

Le Yu Lan festival ou Fête des esprits affamés, célébrée particulièrement par la communauté Chiu Chow, marque la période où les esprits errants reviennent sur terre en quête de paix. Lors de ces festivités, plusieurs théâtres sont bâtis dans différents quartiers de Hong Kong

Quand ? Le 15e jour du 7e mois lunaire (septembre-août).

Pour le Bun festival à Cheng Chau, une autre construction de bambou est aussi réalisée, une immense tour couverte de buns que les concurrents doivent escalader.  

Quand ? Du 5e au 9e jour du 4e mois lunaire (avril- mai).

Deux fois par an, afin de promouvoir cette forme d’art remarquable, le gouvernement organise l’évènement Let’s Enjoy Cantonese Opera in Bamboo Theatre, afin de permettre aux petits et grands d’apprendre davantage sur l’opéra cantonais ainsi que sur l’art de construire les théâtres de bambou. 

En 2009, l’opéra cantonais a été inscrit au patrimoine immatériel de l'Humanité de l’Unesco et en 2017, les techniques de construction des théâtres de bambou ont été répertoriés sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de Hong Kong. 

 

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Claudia Delgado

Claudia Delgado

Mexicaine de langue française, Claudia est traductrice. Cela fait quelques mois qu’elle habite à Hong Kong et rédige des articles pour le Petit Journal
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