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3 Françaises de longue date à Hong Kong

Par Claudia Delgado | Publié le 22/03/2021 à 21:49 | Mis à jour le 23/03/2021 à 10:59
Photo : Béatrice, Marsha et Fleur
résident permanent Hong Kong

Elles sont à Hong Kong depuis 8, 15, voire 29 ans, elles s’appellent Fleur, Marsha et Béatrice. Elles ont vécu sur le territoire assez longtemps pour devenir résidentes permanentes et aujourd’hui, elles nous parlent de ce qui a changé à Hong Kong au fil des années.

Premières impressions de Hong Kong

Quand es-tu arrivé à Hong Kong et quelle a été ta première impression ?  

Beatrice : Je suis arrivée en 1992, ma première impression à la descente de l’avion, en dehors de l’humidité intense, a été celle des odeurs. Chaque ville a son odeur. Celle de Hong Kong m’est si familière que c’est Paris qui est depuis un assaut olfactif. Les marchands ambulants faisaient frire dans presque tous les quartiers la collation Stinky Tofu au bon gout fermenté mais a l’odeur très désagréable. La ville était excitante mais paraissait dangereuse avec ces typhons en série par suite d’el Nino, les attaques mortelles de requins jusqu’en 1995 et le terrible drame du stampede (ruée) de Lan Kwai Fong le 31 décembre 1992.

 

résident permanent Hong Kong
Beatrice au karaoké en 1993

 

Fleur : Je suis arrivée en 2012 d’abord pour passer des entretiens. Je me souviens du jetlag, de la chaleur au milieu de la foule à Causeway Bay, j’étais un peu perdue et j’étouffais. Je me disais "mais qu’est-ce que c’est que cette ville". Avant cela j’habitais en Équateur en pleine campagne et pendant ma semaine de découverte à Hong Kong, je n’ai pas vu la partie "randonnées-plages" juste la ville, donc passer de la campagne aux buildings a été un grand choc culturel.

Marsha : Plus jeune, ma mère, mon frère et moi avons suivi temporairement mon père à Hong Kong lorsqu’il travaillait pour une société française. Plusieurs choses m’avaient marquée à l’époque : l’odeur de fruits de mer séchés de Sheung Wan, la moiteur de l’été, les railleries des patrons de Cha Chang Teng, énorme choc culturel, je n'avais jamais entendu parler comme cela dans un restaurant. Il y avait aussi les guirlandes de fleurs de jasmin qui pendaient aux rétroviseurs et embaumaient les taxis, aujourd'hui remplacées par les multiples smartphones alignés sur le tableau de bord. Puis à mon retour, il y a 15 ans, mon père de passage à Hong Kong m'a aidé à m'installer, mais nous n’avons pas pensé à prendre un déshumidificateur et ma première mauvaise surprise a été l’humidité, ce froid qui passe à travers les vêtements, et le linge qui ne sèche pas. Et puis, le nombre de gros mots qu’un chauffeur de taxi peut utiliser pour répondre à un autre taxi en cantonais !

 

résident permanent Hong Kong
Marsha à son arrivée à Hong Kong

Hong Kong au cours des années

Quel est le plus grand changement dont tu as été témoin au fil des années ?   

Beatrice : Hong Kong est en éternelle évolution. En dehors des Hakka, la population entière est immigrée. Cela donne à Hong Kong sa nature de melting pot fabuleuse. Les changements fondamentaux ont principalement découlé de la signature de la Déclaration conjointe sino-britannique. En 1992, nous étions 5.8 millions d’habitants, on atterrissait à Kai Tak et Kowloon n’avait aucun gratte-ciel. Shenzhen n’était que champs. Les nouveaux territoires étaient rarement visités malgré un coût de taxi qui démarrait à 7,50 HKD, trois lignes de MTR et l’unique tunnel sous la mer. Pacific Coffee venait de se créer car les cafés se prenaient seulement dans les hôtels, McDonald, ou les Chan Chaa Teng. Les industries, jouets, textiles, continuaient leurs migrations vers la Chine. Le tram dépôt était dans des rues noires où se trouve Times Square désormais. L’homosexualité avait été décriminalisée quelques mois avant et les femmes ne pouvaient pas être membres du Hong Kong Club. Il n’y avait ni Hong Kong stadium ni Festival du French May. Voilà un aperçu des changements urbains et sociétaux.

Fleur : Pendant 4 ans j’ai vécu a Sheung Wan, à un quart d’heure à pied de mon boulot. Il n’y a pas eu pendant ces 4 ans, une période où il n’y avait pas un building en train d’être détruit, refait, construit, etc. Je dirais qu’en 8 ans il y a eu beaucoup d’évolutions du coté urbain et bien sûr politique, notamment avec les manifestations, mais j’ai l’impression que même s’ils se passent plein des choses, en fin compte ça ne nous change pas grande chose.

Marsha : J'ai grandi à Paris, où il est assez rare de voir un changement radical dans le paysage urbain, alors qu'à Hong Kong il est fréquent de voir des immeubles apparaître à l'horizon tels que l'ICC ou les nouveaux hôtels ces dernières années. Les constructions le long de la mer sur le Victoria Harbour ont considérablement réduit les trajets en ferry entre Central et Tsim Sha Tsui, et très bientôt on pourra profiter de toute la promenade le long de la mer d'est en ouest sur l'île de Hong Kong, on a également vu arriver le nouveau pont Hong Kong, Shenzhen, Macao, une autre construction très impressionnante.

 

résidente permanent Hong Kong
Le Hong Kong de 1992 – photo@ Béatrice

Le Hong Kong de jadis

Y a-t-il un endroit emblématique que tu affectionnais particulièrement qui n’existe plus aujourd’hui ?

Beatrice : Tous les matins, j’embarquais sur le ferry véhiculaire qui me permettait de rejoindre mon travail sur Kowloon depuis l’île de Hong Kong. Quel plaisir quotidien de descendre de voiture et de savourer un petit déjeuner sur le pouce en admirant les ciels de la baie, grandioses et moins pollués, et cette magnifique vue sur le port de Victoria. Le ferry s’est arrêté en 1998. 

Fleur : On a détruit le building de mon premier cabinet, je travaille au Vitality Center depuis huit ans mais on a dû déménager 2 ruelles sur Queens road parce que le building a été détruit pour en refaire un plus grand. Sinon pour le côté restaurants, il y avait sous les escalators, un petit restaurant vietnamien pas cher que j’aimais beaucoup mais il faut se dire qu’il y a toujours de nouveaux endroits qui ouvrent.

Marsha : Un lieu culte qui a annoncé sa fermeture l'année dernière est Tsui Wah à Central, c'était le dernier arrêt après une longue soirée à Lan Kwai Fong. Un lieu mythique qui fait partie des souvenirs les plus mémorables des lycéens et des jeunes fraîchement débarqués de l’étranger et que l’on bizute en faisant la tournée des bars. Les yeux mi-clos et le visage rougi par l'alcool, on finissait la nuit autour d'une dernière bière et d'un plat de nouilles. On y observe les autres également, presque comme sur la terrasse d'un café à Paris. On y voit les serveurs slalomer entre les arrivants, ils servent les plats et verres de thé en les faisant glisser sur la table en verre. On y voit aussi certains se traîner tant bien que mal jusqu'au trottoir pour arrêter un taxi, d'autres se disputer, et certains s'endormir la face collée à la table. Dans une ruelle de Happy Valley, il y avait un restaurant vietnamien tenu par un sino français Teochew qui me manque terriblement, il y servait les pho Phnom Penh, le bœuf Lok Lak et le Pho comme ceux qu'on affectionne en France qui me ramenaient à Paris. Si ce monsieur est toujours à Hong Kong, puis-je commander un pho Phnom Penh en livraison ? 

 

résident permanent Hong Kong
Marsha, 30 ans après sa première visite à Hong Kong

Qu’est-ce qui a changé le plus dans tes habitudes au fil des années à Hong Kong ? 

Beatrice : mon style de communication est devenu beaucoup plus local. Le style direct, assuré et débatteur ne convenait pas pour saisir les nuances et subtilités locales et même asiatiques. Mes amis et collègues me disent souvent qu’ils oublient que je suis française.

Fleur : je suis arrivée à 24 ans, jeune et célibataire, mon quotidien était rempli des sorties : randonnées, jonques, plages, découvertes. Plus tard j’ai rencontré Jérôme et après 4 ans nous avons déménagé, comme beaucoup de nos amis, sur les îles, plus précisément à Mui Wo. On a eu un enfant et forcement le rythme change. Côté boulot ça a évolué aussi, au début j’avais moins de clients donc forcément plus de temps pour les sorties et les découvertes, maintenant que j’ai construit ma clientèle, mes journées sont remplies et il faut être en forme pour attaquer la semaine.

Marsha : prendre le mini bus un peu plus souvent à l'extérieur de mon quartier, de très nombreuses fois je profite de l'arrêt d'un autre passager pour continuer à pied. Un conseil, ne montez pas avec moi dans un mini bus, c'est toujours un grand périple.

 

résident permanent Hong Kong
Fleur 2012/2021

 

Bons plans à Hong Kong

Avec tes années d’expérience de vie à Hong Kong, quels bons plans pourrais-tu transmettre à quelqu’un qui vient d’arriver ?  

Beatrice : s’enrichir en rencontrant des personnes d’autres nationalités et en créant des amitiés profondes avec les Hongkongais par le langage universel d’une passion commune. Mes plus grandes amitiés sont nées du tango argentin, de la créativité et des missions caritatives. Vivre pleinement en évitant de se penser "expatriés de passage". Donner en retour à une population et à une ville qui vous enrichit beaucoup et découvrir ce que veut dire être français aux yeux des autres. Découvrir les Hongkongais à travers la culture locale, pensant entre autre, au cinéma, au théâtre et à la gastronomie qui sont des sources très enrichissantes.   

Fleur : profiter de tout ce que Hong Kong offre avec son éventail de randonnées et plages. Nous avons ici un choix de nourriture exceptionnel, on peut manger dans un petit bouiboui pour rien du tout comme on peut aller dans un restaurant étoilé. Puisqu’il y a beaucoup de Français on peut aussi vivre à la Française, cette diversité est très agréable. Comme mot de la fin je dirais : profitez des massages, c’est quelque chose que j’adore et ce n’est vraiment pas cher !

Marsha : parmi les incontournables, il y a la visite du Peak, j'aime y emmener les visiteurs juste avant le coucher du soleil pour profiter de la vue de jour comme de nuit avant de filer dîner. La balade en tramway sur l'île de Hong Kong, les balades en vélo sur les autres îles. Le Dim sum au City Hall où on choisit ses paniers vapeurs dans les chariots qui se promènent dans les allées entre les tables, ou Sun Hing, à Kennedy Town, plus local où l'on mange à petits prix en partageant sa table.

 

Remontez le temps avec ces trois témoignages pour y entrevoir le Hong Kong d’autrefois aux côtés de Béatrice, Fleur et Marsha. Découvrez ces instantanés de la ville pour voyager dans un Hong Kong où l’on ne peut plus se rendre que par le biais des souvenirs : le passé.  

 

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Claudia Delgado

Claudia Delgado

Mexicaine de langue française, Claudia est traductrice. Cela fait quelques mois qu’elle habite à Hong Kong et rédige des articles pour le Petit Journal
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Didier Pujol

Rédacteur en chef de l'éditon Hong Kong.

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