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Steven Kittirath : Relier 11 pays d’Asie du Sud-Est à travers 11 marathons (Partie 2)

Courir un marathon dans chacun des pays d’Asie du Sud-Est au cours d’une seule année peut sembler ambitieux. C’est pourtant le défi que s’est lancé Steven Kittirath, explorateur No Limit, créateur de contenu, auteur et sportif franco-laotien. Le Petit Journal l’a rencontré afin d’évoquer son parcours, mais aussi le projet « Sabaïdi Run », qui le conduira notamment au Vietnam parmi les onze étapes de cette aventure.

Steven Kittirath : Relier 11 pays d’Asie du Sud-Est à travers 11 marathonsSteven Kittirath : Relier 11 pays d’Asie du Sud-Est à travers 11 marathons
Écrit par Gaïa Beard
Publié le 19 juin 2026

Au-delà de la dimension sportive, le « Sabaïdi Run » se veut avant tout un projet humain. Son objectif n’est pas la recherche de la performance, mais la création de liens entre les peuples de la région, à travers les rencontres, les échanges et la découverte des cultures locales, avec comme fil conducteur la bienveillance et l’écoute.

 

 

Dans la première partie de cet entretien, Steven Kittirath revenait sur son parcours personnel ainsi que sur la naissance du projet. Dans cette seconde partie, il évoque sa quête de sens, son rapport à l’écriture et les enseignements tirés de son expérience.

 

Le Petit Journal : Vous expliquez avoir commencé à courir pour mieux vous connaître. En quoi la course vous a-t-elle permis de mieux comprendre la personne que vous êtes ?

Steven Kittirath : La course représente pour moi un véritable moment de reconnexion à soi. Dans un monde de plus en plus numérique, où les sollicitations sont permanentes, elle offre un espace de calme et de réflexion. Je la vis comme une forme de méditation en mouvement.

Courir me permet de prendre du recul, d'écouter mes pensées et de me recentrer sur l'essentiel. La performance n'a jamais été ma priorité. Que je termine un marathon en trois heures trente ou en cinq heures importe finalement peu. Ce qui compte, c'est le message porté par cette aventure et les rencontres qu'elle permet.

Cette quête de compréhension de soi est présente depuis longtemps dans mon parcours. C'est d'ailleurs l'une des raisons qui m'ont poussé à lancer mes plateformes et à réaliser plus de 700 interviews. Derrière chaque rencontre se cachait aussi la recherche de réponses à mes propres interrogations.

Le Petit Journal : Vous avez publié un premier livre en 2021 et un second doit paraître prochainement. Quels liens et quelles différences existent entre ces deux ouvrages ?

Steven Kittirath : Mon premier livre, Chemins : La Forge de soi, publié en 2021, rassemble les citations les plus marquantes des personnes que j'avais interviewées à l'époque. J'avais alors réalisé environ 500 entretiens et je souhaitais mettre en lumière les enseignements transmis par ces personnalités.

Le second ouvrage adopte une approche beaucoup plus personnelle. J'y raconte les coulisses de mon travail, les réussites comme les difficultés, ainsi que les méthodes qui m'ont permis de développer mes différents projets. J'y explique également comment naissent les idées, comment se prépare une interview et tout le travail de recherche qui précède chaque rencontre.

J'aborde aussi la réalité des médias indépendants et les défis auxquels sont confrontés les créateurs de contenu. Beaucoup abandonnent après quelques mois ou quelques années, souvent parce qu'ils se comparent à des structures disposant de moyens financiers importants, de sponsors ou d'équipes dédiées. Mon parcours a été différent : j'ai financé mes projets moi-même tout en poursuivant une activité professionnelle en parallèle.

Enfin, ce livre traite également de la timidité. J'y raconte comment une personne naturellement réservée peut construire un réseau, réaliser des interviews ou intervenir lors d'événements comme un TEDx devant plusieurs centaines de personnes.

Le Petit Journal : Avez-vous le sentiment d'avoir évolué entre l'écriture de ces deux ouvrages ?

 

Steven Kittirath : Relier 11 pays d’Asie du Sud-Est à travers 11 marathons

 

Steven Kittirath : Le second livre a été beaucoup plus exigeant à écrire. J'y aborde davantage ma vie personnelle et certains épisodes qui m'ont profondément marqué. Le récit est construit comme une histoire, avec des enquêtes et des recherches historiques autour de personnalités parfois oubliées.

Je m'intéresse notamment à certains inventeurs ou créateurs dont les contributions ont été largement sous-estimées ou attribuées à d'autres. L'idée est de leur rendre hommage et de remettre en lumière leur rôle dans des innovations majeures.

L'écriture est un exercice particulièrement exigeant. J'ai d'ailleurs envisagé plusieurs fois d'abandonner. Écrire un livre demande une discipline comparable à celle d'un marathon : il faut avancer chaque jour avec régularité, structurer sa pensée et choisir chaque mot avec précision. Les mots possèdent une force particulière, mais ils ne parviennent pas toujours à traduire exactement ce que l'on ressent.

Le Petit Journal : Selon vous, la timidité peut-elle devenir une force ?

Steven Kittirath : J'en suis convaincu. La timidité développe souvent des qualités qui passent inaperçues : le sens de l'observation, l'attention portée aux détails et une grande capacité d'écoute.

Elle m'a appris à être attentif aux attitudes, aux gestes et aux émotions des personnes que je rencontre. Cette sensibilité est particulièrement utile dans le cadre des interviews, où l'écoute compte parfois davantage que la parole.

Les personnes timides ont souvent tendance à observer avant d'agir. Cette capacité à prendre du recul peut devenir un véritable atout dans de nombreuses situations professionnelles ou personnelles.

Le Petit Journal : Si vous pouviez interviewer une personnalité, vivante ou disparue, qui choisiriez-vous ?

Steven Kittirath : Parmi les personnalités disparues, Michael Jackson occupe une place particulière. J'aurais aimé échanger avec lui sur la solitude, mais aussi sur son processus créatif. Beaucoup d'interviews se sont concentrées sur sa carrière ou les polémiques qui l'ont entouré, alors que son univers artistique reste fascinant.

J'aurais aimé comprendre ses inspirations, ses rencontres déterminantes ainsi que ses relations familiales. Cet intérêt s'est renforcé après ma rencontre avec Vincent Paterson, l'un de ses chorégraphes, qui a notamment collaboré avec lui sur Smooth Criminal et Black or White.

Parmi les personnalités contemporaines, je choisirais probablement Keanu Reeves. J'apprécie son humilité, sa discrétion et son engagement auprès de nombreuses causes. Il incarne une forme de réussite qui reste profondément humaine. Ses rôles dans des films comme Matrix ou Constantine ont également nourri ma réflexion sur des thématiques qui me passionnent.

Le Petit Journal : Quel est aujourd'hui votre plus grand défi personnel ?

Steven Kittirath : Le Sabaïdi Run représente déjà un défi considérable. Plus le projet avance, plus je découvre son ampleur. Plusieurs ambassades françaises de la région ont manifesté leur intérêt et leur soutien, ce qui dépasse largement mes attentes initiales.

Parallèlement, je souhaite donner une dimension solidaire à cette aventure. Une cagnotte sera mise en place afin de contribuer au financement du projet, mais également pour soutenir une association laotienne engagée dans l'éducation des enfants. Dix pour cent des sommes collectées seront reversés à l'association Sala Sujipuli, qui œuvre pour l'accès à la lecture et à l'écriture.

Entre la préparation des marathons, la sortie du prochain livre et les différents contenus qui accompagneront le projet, les prochains mois s'annoncent particulièrement intenses. À plus long terme, j'aimerais également développer une activité de conférencier afin de partager les enseignements tirés de ces expériences humaines et entrepreneuriales.

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