Du 18 au 21 juin, Hô Chi Minh-Ville a accueilli la 21e édition de l’Aquafina Vietnam International Fashion Week (AVIFW). Placée sous le thème « Pure Fashion in Motion », cette édition anniversaire a marqué un tournant pour l’évènement. Plus qu’une vitrine des tendances, la Fashion Week vietnamienne s’est imposée comme le reflet d’une industrie en pleine mutation, portée par une nouvelle génération de créateurs qui réinventent les codes de la mode locale tout en revendiquant leur identité culturelle.


Une Fashion Week tournée vers l’avenir
Vingt ans après sa création, l’AVIFW affirme son ambition de faire du Vietnam une véritable terre de création, au-delà de son rôle historique de grand acteur de la production textile. Cette année, quinze créateurs et marques, dix vietnamiennes et cinq internationales venues d’Italie, de Corée du Sud, de Singapour et de Thaïlande, ont présenté leurs collections, illustrant la volonté des organisateurs de faire dialoguer talents locaux et scène internationale.
Cette ambition s’est également traduite par plusieurs nouveautés. Pour la première fois, la soirée de clôture a été entièrement consacrée à un seul créateur, Đỗ Mạnh Cường, dont le défilé a réuni plus de 130 silhouettes. L’AVIFW a également renforcé son rayonnement grâce à un partenariat inédit avec Getty Images et à la présence de nombreux médias spécialisés venus d’Asie du Sud-Est.
Une nouvelle génération mise en avant
Le changement le plus marquant de cette édition réside toutefois dans la place accordée aux jeunes créateurs. Pour la première fois, l'ouverture de la Fashion Week n'a pas été confiée à une maison installée, mais à une jeune marque : Môi Điên, fondée par Tom Trandt, ancien étudiant de la Parsons School of Design à New York. Sa collection « Nguồn » (« Source »), développée en collaboration avec Aquafina, propose une mode aux lignes architecturales et déconstruites, pensée comme une évolution permanente plutôt qu'une succession de tendances éphémères.
D’autres jeunes labels ont confirmé ce renouvellement. La marque Đinh, créée en 2023 à Hô Chi Minh-Ville, a présenté « Chạm » (« Toucher »), une collection masculine réalisée en grande partie à partir de tissus récupérés, de stocks dormants et de vêtements de seconde main. En redonnant vie à des matières usées, la marque fait du recyclage un véritable parti pris esthétique, tout en mettant en valeur le savoir-faire des artisans vietnamiens.
DAS Studios, fondée par Aden Nguyễn, a quant à elle proposé un vestiaire masculin inspiré de l’univers balnéaire, où costumes légers, chemises oversize et accessoires tissés à la main revisitent les classiques avec une élégance décontractée.
Malgré leurs univers très différents, ces jeunes créateurs partagent une même ambition : construire une mode vietnamienne qui puise dans son héritage culturel sans se limiter aux influences occidentales. Artisanat, matières locales et techniques traditionnelles deviennent des sources d’inspiration autant que des marqueurs d’identité.
Une mode qui raconte des histoires
Au-delà de l’esthétique, plusieurs collections présentées cette saison interrogent le rapport entre mode, mémoire et transmission.
Chez Đinh, le vêtement devient le support d'un récit. Son directeur artistique, Nguyễn Hoàng Tú, explique vouloir insuffler un regard nouveau sur la culture vietnamienne à travers des matières marquées par le temps, denim usé, tissus anciens ou éléments industriels, transformées en pièces contemporaines. Une démarche qui illustre l'une des grandes tendances de cette édition : faire de l'héritage culturel une matière vivante plutôt qu'un simple patrimoine à préserver.
Cette réflexion dépasse d’ailleurs les frontières vietnamiennes. Les invités internationaux ont eux aussi présenté des collections nourries de leur propre héritage. Le créateur coréen Park Jong-chul, fondateur de Sling Stone, s’est inspiré des lignes du hanbok traditionnel pour imaginer une silhouette contemporaine, tandis que le Singapourien Frederick Lee a dévoilé une collection haute couture jouant sur les contrastes entre force et émotion. L’Italien Angelo Cruciani a, de son côté, exploré une esthétique plus urbaine et affirmée avec sa collection « Metropolitan Amazone ».
Cette diversité de regards rappelle que l’ouverture internationale ne signifie pas l’effacement des identités. Au contraire, elle souligne la capacité de chaque créateur à dialoguer avec le monde à partir de sa propre culture.
Le Vietnam affirme sa place sur la scène créative
Au fil des éditions, l’Aquafina Vietnam International Fashion Week s’est imposée comme bien plus qu’un rendez-vous annuel pour les professionnels de la mode. Elle accompagne la transformation d’une industrie qui cherche désormais à faire reconnaître le Vietnam non seulement pour son savoir-faire manufacturier, mais aussi pour sa créativité.
En mettant en avant de jeunes talents, en valorisant les savoir-faire locaux et en multipliant les échanges avec les scènes créatives asiatiques et internationales, cette 21e édition dessine les contours d'une mode vietnamienne plus affirmée, plus responsable et plus confiante dans son identité.
Vingt ans après sa création, l’AVIFW semble ainsi entrer dans une nouvelle phase de son histoire. Une étape où la transmission n’est plus synonyme de répétition, mais devient le point de départ d’une réinvention permanente.
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