

Le juge antiterroriste Gilbert Thiel se sent indéniablement mis à l'écart du palais de justice de Paris. Pourquoi ? Parce qu'il aime dire tout haut ce qu'il pense et qu'il n'a pas hésité à vivement dénoncer la suppression du juge d'instruction
(Rédaction internationale) - Après une carrière d'inspecteur des impôts, Gilbert Thiel (AFP) gravit les échelons de la magistrature. Juge d'instruction dès 1978, il officie au parquet de Metz puis à celui de Paris. En 1995, il est affecté à l'anti-terrorisme. Spécialiste de la Corse, Gilbert Thiel instruit d'une main de fer des affaires comme celles de Guy Georges, Simone Weber, l'attentat du Mac Donald's de Quévert, ou encore celle du bagagiste de Roissy.
Un juge intransigeant et provocateur
Le style Thiel tranche de celui de ses collègues. Son intransigeance professionnelle n'a de pareille que la profondeur de ses convictions. Franc et provocateur, il n'hésite pas à dénoncer les vices du système judiciaire français. "J'en ai parfois assez de la pensée unique et des donneurs de leçons", déclare-t-il. Qu'il prenne la plume (On ne réveille pas un juge qui dort, Solitudes et servitudes judiciaires) ou s'adresse aux médias, le juge d'instruction est de toutes les batailles. On réduit sa protection policière, il voit rouge mais peut compter sur son fidèle 38 spécial à canon court. On veut supprimer le juge d'instruction, il dénonce de façon vindicative la dérive vers "un parquet surpuissant".
Une mise au placard ?
Le magistrat emblématique de la lutte anti-terroriste en France s'est fait des ennemis, il le sait, et pas uniquement dans le monde criminel. Sa fervente opposition à la suppression du juge d'instruction n'aurait pas plu à sa hiérarchie. "Je n'ai été saisi en premier (juge) que deux fois en 2009, alors que les précédentes années, j'avais une vingtaine de dossiers", a déploré M. Thiel sur France Inter. "Je considère ça comme une mise au placard", a-t-il estimé. "Si des griefs me sont reprochés, que l'on me le dise droit dans les yeux", a déclaré le juge de 61 ans. Depuis le départ en 2007 de Jean-Louis Bruguière de la tête du pôle anti-terroriste du palais de justice de Paris, Gilbert Thiel se sent mis à l'écart. "On est dans la stratégie de la glaciation", a-t-il regretté. Habitué à juger les autres, le juge avoue qu'une seule opinion pour lui compte :"Si je devais me soumettre à un seul jugement, ce serait celui de mon père. J'aimerais qu'il me dise: ?T'as bien travaillé, gamin!"".
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mercredi 27 janvier 2010
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Interview de l'Express, La colère du juge Thiel


































