Édition internationale

Secrétaire général(e) de la Francophonie, une fonction clé de l’OIF

Lors du Sommet de la Francophonie prévu au Cambodge les 15 et 16 novembre prochains, les États et gouvernements membres devront désigner la personne appelée à diriger l’Organisation internationale de la Francophonie. Souvent méconnue du grand public, la fonction de secrétaire général occupe pourtant une place centrale dans l’équilibre politique et diplomatique de l’espace francophone.

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Photo OIF
Écrit par LePetitJournal Francophonie
Publié le 18 janvier 2026

 

 

 

Le secrétaire général de la Francophonie n’est ni un simple administrateur ni un représentant national. Il ou elle incarne une autorité politique transversale, chargée de faire dialoguer des États aux priorités parfois contradictoires, mais réunis par une langue, des références culturelles et un cadre institutionnel commun.

La Charte de la Francophonie encadre strictement l’accès à cette fonction. Le ou la candidate doit être proposé(e) par un État membre et présenter un parcours politique ou international de tout premier plan. L’expérience gouvernementale, la conduite d’organisations internationales et l’adhésion démontrée aux valeurs de la Francophonie constituent des prérequis essentiels. Une fois élu(e), le secrétaire général exerce son mandat en toute indépendance, avec un rang équivalent à celui d’un chef d’État sur le plan protocolaire.

Dans les faits, son rôle s’apparente à celui d’un médiateur permanent. À l’image des grandes organisations multilatérales, l’OIF est un espace où se confrontent intérêts nationaux, stratégies régionales et visions parfois opposées du monde. La capacité à écouter, arbitrer et rapprocher les positions y est déterminante.

 

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Des profils qui racontent l’évolution de l’OIF

Depuis la création du poste en 1997, le choix des secrétaires généraux reflète les priorités successives de la Francophonie.

La nomination de Boutros Boutros-Ghali marque l’entrée de l’OIF dans une dimension pleinement politique. Ancien chef de la diplomatie multilatérale mondiale, il confère à l’organisation une crédibilité internationale immédiate et pose les bases d’un dialogue structuré entre États.

Son successeur, Abdou Diouf, prolonge cette orientation sur la durée. Pendant plus d’une décennie, il incarne une Francophonie institutionnelle, patiente et consensuelle, à un moment où le continent africain s’impose progressivement comme son principal moteur démographique.

En 2014, l’élection de Michaëlle Jean introduit une rupture symbolique. Son profil nord-américain et caribéen permet de dépasser des rivalités africaines internes et met en lumière de nouveaux thèmes, notamment la culture, la jeunesse et les droits des femmes.

Enfin, en 2018, l’arrivée de Louise Mushikiwabo traduit un recentrage sur les équilibres africains et la diplomatie d’influence. Soutenue par un large bloc d’États, elle s’inscrit dans une approche plus pragmatique de la Francophonie.

 

La question géographique, toujours en arrière-plan

Aucune règle formelle n’impose une alternance régionale à la tête de l’OIF. Pourtant, la géographie n’a jamais été totalement absente des débats. Certaines régions ont déjà été représentées, d’autres jamais.

L’Afrique du Nord, l’Asie du Sud-Est ou encore l’Europe centrale et orientale pourraient légitimement revendiquer un accès à cette fonction. Cette question prend une dimension particulière à l’heure où la croissance démographique de la Francophonie se concentre très largement hors d’Europe, notamment en Afrique et en Asie.

 

2026 : une décision à forte portée symbolique

Conformément au calendrier institutionnel, les États et gouvernements membres souhaitant présenter un candidat devront officiellement déposer leur candidature au plus tard en avril.

À ce stade, plusieurs dynamiques sont envisageables. La candidature annoncée de Louise Mushikiwabo pour un nouveau mandat s’inscrit dans une logique de continuité et de stabilité institutionnelle. D’autres États pourraient toutefois chercher à faire émerger une alternative, qu’elle soit africaine, nord-africaine ou asiatique.

La République démocratique du Congo, premier pays francophone par sa population, dispose d’un poids symbolique évident. Le Maroc pourrait valoriser un profil international reconnu, tandis que le Vietnam offrirait l’image d’une Francophonie pleinement ancrée en Asie du Sud-Est.

Chaque option comporte ses avantages, mais aussi ses zones de fragilité. L’enjeu principal restera la capacité à rassembler, dans un contexte international de plus en plus fragmenté.

 

Une fonction qui engage une vision de la Francophonie

Le choix du futur secrétaire général ne se résumera ni à un jeu d’alliances ni à une équation géographique. Il traduira une orientation politique : celle d’une Francophonie qui hésite entre consolidation de ses équilibres actuels et ouverture vers une nouvelle phase de son histoire.

Au Cambodge, les États membres devront décider si l’OIF demeure avant tout un espace de dialogue entre gouvernements ou si elle ambitionne de devenir une voix politique et morale plus affirmée sur la scène internationale. Dans cette équation, la personnalité choisie comptera autant que son origine.

 

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