Édition internationale

Francophonie sportive: Daniel Zielinski plaide pour une stratégie d’influence durable

Délégué ministériel à la Francophonie au ministère des Sports, Daniel Zielinski défend la mise en place d’une véritable stratégie de Francophonie sportive. Un chantier à la croisée de la langue, des politiques publiques et de l’influence internationale.

Daniel Zielinski Daniel Zielinski
Daniel Zielinski, délégué ministériel à la Francophonie, porte une vision stratégique du sport comme levier d’influence au sein de l’espace francophone. - Photo Courtoisie
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 15 février 2026

 

 

« La francophonie sportive ne peut plus être un concept. Elle doit devenir un outil d’influence concret. » - Daniel Zielinski 

 

 

 

La réflexion de Daniel Zielinski prend racine dans l’expérience. Ancien chef de la délégation française à Kinshasa, il dit avoir été frappé par le contraste entre le discours tenu en France — souvent pessimiste sur la place de la Francophonie — et la réalité observée sur place. Sur le terrain, « les 36 pays présents voulaient échanger, construire des projets communs, au-delà des seuls Jeux de la Francophonie ».

À son retour, l’idée fait son chemin. En septembre 2023, une mission lui est confiée conjointement par les ministères des Sports, de la Culture et des Affaires étrangères : poser les bases d’une stratégie de Francophonie sportive.

 

 

Langue, espace francophone et sport : trois dynamiques convergentes

Daniel Zielinski structure son raisonnement autour de trois constats. D’abord, la vitalité démographique de la langue française : « 321 millions de locuteurs aujourd’hui, entre 650 et 700 millions demain, principalement grâce à l’Afrique ». Une dynamique qui rend caduc le discours d’un français en déclin.

Ensuite, l’élargissement de l’espace francophone. Lors du dernier Sommet de la Francophonie, onze candidatures ont été déposées pour rejoindre ou renforcer leur statut au sein de l’organisation, portant l’ensemble à plus de 90 membres. « Loin d’être figée, la Francophonie institutionnelle est en mouvement », insiste-t-il.

Enfin, le sport lui-même : pratique sociale, objet d’émotion collective, mais aussi outil de politiques publiques. Sport-santé, inclusion, insertion, émancipation des femmes, diplomatie et attractivité territoriale : « le sport est devenu un levier structurant, bien au-delà de la seule compétition ».

 

 

Le sport comme industrie et outil d’influence

Loin de l’image d’un simple loisir, le sport représente aujourd’hui entre 2 et 3 % du PIB mondial. En Afrique, cette part reste autour de 0,5 %, mais le potentiel est considérable. Organisation de compétitions, infrastructures, tourisme, hôtellerie, équipements : « accueillir un grand événement sportif, c’est transformer durablement un territoire ».

Pour Daniel Zielinski, la Francophonie accuse toutefois un retard stratégique. Lors de grands événements organisés dans l’espace francophone, « les entreprises retenues sont souvent américaines, chinoises, turques ou indiennes ». Les savoir-faire existent pourtant en France, au Québec, en Belgique, en Afrique de l’Ouest. Ce qui manque : une coordination.

 

Interface du site Lexicosport
Interface du site Lexicosport

 

 

Cinq groupes de travail pour structurer l’action

Pour répondre à ce déficit, une architecture de travail a été mise en place. Un premier groupe est consacré à la Francophonie économique sportive, afin de mieux valoriser entreprises et jeunes-pousses du secteur. 

Un deuxième travaille sur la langue française dans le sport, face à l’hégémonie croissante du vocabulaire anglophone dans le sport à l'international. À ce titre, Lexicosport a été conçu pour les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, en français, anglais et italien, avec les définitions des disciplines et des gestes techniques. Développé avec l’appui du ministère de la Culture — via la Délégation générale à la langue française et aux langues de France — ainsi que de l’Agence nationale du Sport, cet outil vise à rendre les compétitions pleinement intelligibles au public francophone. « L’objectif est simple : que le téléspectateur francophone comprenne ce qu’il voit ».

 

Consulter Lexicosport

 

Un troisième axe concerne les collectivités territoriales : mutualisation des infrastructures, partage d’expertises, échanges de bonnes pratiques. Un quatrième s’attache à l’influence internationale, via la création d’alliances francophones sportives capables de peser dans les fédérations internationales. Enfin, un cinquième volet explore les liens entre sport, culture et création.

 

 

Peser collectivement dans les instances internationales

La question de l’influence revient comme un fil rouge. Aujourd’hui, rappelle Daniel Zielinski, les règlements des fédérations internationales sont majoritairement rédigés en anglais, les procédures juridiques relèvent du droit jurisprudentiel, et les francophones y sont sous-représentés. Il cite le cas d’une modification tardive du règlement international de surf ayant exclu deux athlètes français qualifiés pour les Jeux, entraînant un recours juridique coûteux.

Face à cela, la stratégie consiste à fédérer. Des alliances francophones par discipline émergent : tennis de table, surf, et bientôt d’autres. « À plusieurs, on obtient des postes, des compétitions, une reconnaissance ». Une logique de rapport de force assumée, mais collective.

 

 

Panel de discussion lors des JO de Paris
Les grands événements sportifs, vitrines de la francophonie sportive et de son potentiel économique.

 

 

Des outils concrets, un enjeu de visibilité

Guides de bonnes pratiques linguistiques, lexicosports multilingues, plateformes numériques accessibles sur ordinateur et smartphone, réseaux de relais présents dans plus de 40 pays : la démarche portée par Daniel Zielinski se veut résolument opérationnelle. L’enjeu n’est plus tant de conceptualiser que de faire circuler ces outils auprès des acteurs du sport, des collectivités, des formateurs et du grand public francophone.

Car derrière cette production soutenue, une difficulté demeure : assurer leur diffusion à la hauteur de leur utilité. « Créer des outils, je sais faire. Les faire connaître, c’est aujourd’hui mon point faible », reconnaît-il, dans un contexte où les moyens humains restent limités. Une contrainte qui pose, en creux, la question centrale de la visibilité des initiatives francophones dans un espace sportif largement structuré par des logiques anglo-saxonnes.

 

 

La Francophonie sportive, un chantier à investir collectivement

Pour Daniel Zielinski, la Francophonie sportive ne relève ni du symbole ni du discours incantatoire. Elle constitue un champ d’action concret, où langue, sport et coopération peuvent produire de l’influence, de la valeur économique et du lien entre sociétés. Reste désormais à observer comment cette approche se traduit, sur le terrain, à travers des outils, des alliances et des projets déjà à l’œuvre dans différents pays de l’espace francophone — autant d'initiatives qui méritent d’être examinées à hauteur d’acteurs et de situations concrètes, dont nous reparlerons au courant de l’année.

 

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