Édition internationale

Avec Amélie, L’Alliance New York prolonge l’apprentissage du français

Directeur pédagogique de L’Alliance New York, Guillaume Lefèvre revient sur l’intégration d’Amélie, une application développée par Binôme AI, pensée comme un outil complémentaire au travail en classe.

Guillaume Lefèvre, directeur pédagogique de L’Alliance New YorkGuillaume Lefèvre, directeur pédagogique de L’Alliance New York
Guillaume Lefèvre, directeur pédagogique de L’Alliance New York. À l’écran, la version tablette d’Amélie.
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 14 février 2026

 

 

« Amélie, c’est un professeur en plus, mais en dehors de la classe. » - Guillaume Lefèvre,  Directeur pédagogique 

 

 

À l’origine du projet, il n’y a ni fascination pour l’IA ni volonté d’innovation à tout prix. Guillaume Lefèvre part d’un constat très simple : les cours de conversation et grammaire proposés à L’Alliance New York offrent « deux à trois heures de pratique par semaine », mais entre deux séances, « il ne se passait pas grand-chose ».

Les apprenants adultes, souvent très occupés, sortaient du cours sans toujours maintenir un contact régulier avec le français. Or, rappelle-t-il, « une langue, si elle n’est pas sollicitée, s’oublie vite ». C’est précisément cet espace intermédiaire — celui du quotidien — qu’Amélie est venue investir.

 

 

Une intégration progressive, testée sur le terrain

Le contact avec Binôme AI remonte à 2023. Loin d’un déploiement immédiat, L’Alliance New York opte d’abord pour une phase pilote. Quelques enseignants, quelques groupes, et un mot d’ordre : observer.

Très rapidement, les retours des apprenants sont positifs. Ils apprécient d’être sollicités régulièrement, « sans pression », par de courts contenus qui s’insèrent facilement dans leur emploi du temps. À l’automne 2024, l’application est officiellement intégrée aux cours de conversation et grammaire. Aujourd’hui, entre 80 et 100 étudiants l’utilisent à chaque session de dix semaines.

 

 

Différents écrans de l’application Amélie, développée par Binôme AI, qui accompagne les apprenants de L’Alliance New York dans leur pratique quotidienne du français.
Différents écrans de l’application Amélie qui accompagne les apprenants de L’Alliance New York dans leur pratique quotidienne du français.

 

 

Une application personnalisée, pensée pour l’autonomie

Concrètement, chaque apprenant reçoit un identifiant et télécharge Amélie sur son téléphone. L’application propose alors des exercices de grammaire, de vocabulaire ou de phonétique, mais aussi des articles, des vidéos et des documents audio.

La force du dispositif tient à sa personnalisation. Dès la première connexion, l’utilisateur renseigne ses centres d’intérêt. À partir de là, souligne Guillaume Lefèvre, « deux étudiants n’ont jamais exactement la même expérience ». Amélie adapte ses contenus, créant un rapport individualisé à la langue.

Depuis l’intégration de l’intelligence artificielle, l’application permet également un échange direct. Les apprenants peuvent poser des questions, demander un exercice précis ou approfondir un point mal compris. Amélie ne se contente plus d’envoyer du contenu : elle « répond ».

 

« Ce n’est pas une application passive : les enseignants restent au centre. »

 

Les enseignants au cœur du dispositif

Contrairement à certaines idées reçues, Amélie n’est pas pensée comme un outil autonome. Guillaume Lefèvre insiste : « ce n’est pas une application passive ». Les enseignants gardent la main sur le suivi pédagogique. Ils peuvent voir le type de contenus reçus par leurs groupes, le temps passé sur l’application, et intervenir si nécessaire.

Certains vont plus loin. Un professeur à temps plein, Aurélien, crée régulièrement du contenu pédagogique, ensuite partagé avec ses collègues. Ces ressources peuvent être intégrées à des groupes spécifiques, faisant d’Amélie un prolongement direct du cours.

En classe, l’application devient même un point d’appui. Il arrive que les enseignants ouvrent la séance en demandant aux étudiants ce qu’Amélie leur a proposé dans la semaine. « Cela lance naturellement la conversation », observe Guillaume Lefèvre.

 

 

Une adoption accompagnée, sans contrainte

L’adoption de l’outil n’a pas été totalement homogène. Certains apprenants, notamment parmi les plus âgés, se montrent d’abord réticents à l’idée d’une application qui les sollicite régulièrement. Là encore, l’accompagnement joue un rôle central.

Les enseignants expliquent qu’il ne s’agit ni d’une obligation ni d’un outil de contrôle, mais d’un soutien. « Nos meilleurs ambassadeurs, ce sont eux », souligne le directeur pédagogique.

Sur le plan logistique, le principal défi se situe en début de session. Les mouvements d’inscriptions — changements de niveau, arrivées tardives, désistements — obligent à attendre que les groupes se stabilisent avant d’activer les accès. « C’est là que se concentre l’essentiel du travail administratif », reconnaît-il.

 

 

Un outil complémentaire, pas une révolution

Guillaume Lefèvre se garde de parler de rupture pédagogique. Amélie ne transforme pas fondamentalement l’enseignement du français à L’Alliance New York. Elle s’inscrit dans une continuité.

« C’est un outil en plus », explique-t-il, « mais un outil qui crée un lien régulier avec la langue ». Même quelques minutes par jour peuvent, sur la durée, faire une réelle différence.

« Le partenariat avec Binôme AI est très souple et permet une excellente prise en main par nos équipes enseignantes » nous explique Guillaume. Les pistes d’évolution sont nombreuses : usage plus autonome, contenus liés aux voyages linguistiques ou à la programmation culturelle de l’Alliance. Mais l’essentiel est déjà là : Amélie a trouvé sa place, sans bruit, dans le quotidien des apprenants.

 

 

Des résultats perceptibles sur l’engagement

Sur les résultats, Guillaume Lefèvre observe une évolution nette dans la régularité de la pratique : là où, auparavant, « entre deux cours hebdomadaires, il ne se passait souvent rien », Amélie permet de maintenir un contact continu avec la langue. En classe, les apprenants arrivent plus préparés, avec du vocabulaire déjà mobilisé et des références communes. Les plus assidus gagnent en aisance à l’oral, sans que l’outil ne produise d’effet automatique : « tout dépend de l’usage qu’en fait chacun ». Amélie ne transforme pas tous les profils, mais elle renforce l’engagement et facilite la continuité pédagogique.

 

 

Une pédagogie augmentée qui s’inscrit dans la durée

À L’Alliance New York, l’intelligence artificielle ne vient pas bouleverser l’enseignement du français, mais l’accompagner dans la durée. En s’intégrant aux pratiques existantes, Amélie ouvre une piste : celle d’un apprentissage plus continu, plus autonome, sans rompre avec le rôle central de l’enseignant. La question n’est donc pas tant celle de l’outil que de la manière dont il s’inscrira durablement dans les dispositifs pédagogiques des Alliances.

 

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