Édition internationale

La relève francophone des Amériques cherche sa voie

Que signifie aujourd'hui s'engager en français dans les Amériques ? À Montréal, le 8e Forum sur le leadership et l'engagement citoyen a réuni 45 jeunes francophones venus de tout le continent. Au-delà de la formation, cette rencontre révèle les transformations d'une francophonie de plus en plus diverse, mobile et tournée vers l'action.

Participants au 8e Forum sur le leadership et l'engagement citoyenParticipants au 8e Forum sur le leadership et l'engagement citoyen
Les 45 participants au 8e Forum sur le leadership et l'engagement citoyen entourent Pauline Marois (veste claire au centre) - Photo CFA

 

« Dans un contexte où l'engagement citoyen et la vitalité du français sont au cœur des discussions au Québec et ailleurs au Canada, ce Forum souligne l'importance d'investir dans une jeunesse engagée et connectée. » - Michel Robitaille - Président du CFA

 

 

 

Une jeunesse dispersée, mais connectée par le français

Rares sont les occasions où une étudiante de Louisiane, un responsable associatif du Nouveau-Brunswick, une fonctionnaire du Costa Rica, un entrepreneur haïtien et un étudiant québécois se retrouvent dans la même salle pour réfléchir à leur engagement citoyen en français.

C'est pourtant ce qui s'est produit du 15 au 19 juin à l'UQAM à l'occasion du 8e Forum sur le leadership et l'engagement citoyen organisé par le Centre de la francophonie des Amériques (CFA).

Pendant cinq jours, 45 participantes et participants âgés de 20 à 35 ans ont suivi une formation intensive mêlant conférences, ateliers, panels et activités de réflexion collective.

Mais derrière l'événement se cache une ambition plus large : transformer une communauté linguistique dispersée à travers le continent en véritable réseau d'action.

Car la francophonie des Amériques est aujourd'hui à la fois vaste et fragmentée. Elle relie des réalités très différentes, depuis les communautés francophones historiques du Canada jusqu'aux nouveaux espaces francophones d'Amérique latine, des Caraïbes et des États-Unis.

 

Une francophonie en pleine transformation

La composition même de la cohorte témoigne de cette évolution. Les participants provenaient de 22 pays et territoires : Canada, Louisiane, Géorgie, Guadeloupe, Haïti, Argentine, Brésil, Chili, Costa Rica, Équateur, Mexique ou Nicaragua.

Certains sont étudiants, d'autres travaillent dans l'administration publique, l'enseignement, les organismes communautaires, les institutions culturelles ou les entreprises.

Cette diversité illustre une réalité souvent méconnue.

La francophonie des Amériques ne repose plus uniquement sur des communautés héritières de l'histoire française ou acadienne. Elle est aussi portée par les mobilités étudiantes, les parcours professionnels internationaux, les échanges universitaires et les réseaux culturels qui traversent désormais l'ensemble du continent.

Le français devient alors autant une langue d'appartenance qu'une langue de connexion.

 

Diverses présentation

 

 

Former des citoyens plutôt que des gestionnaires

Le mot « leadership » peut parfois évoquer les formations en gestion ou le développement de carrière. À Montréal, les organisateurs ont choisi une autre approche.

Les discussions ont porté sur les réalités autochtones, l'identité francophone, l'économie sociale et solidaire, les enjeux environnementaux, la mobilisation citoyenne ou encore la sécurité linguistique.

Le panel consacré aux acteurs de changement a notamment réuni le directeur du Service de police de Montréal, Fady Dagher, l'entrepreneur et professeur Samuel Pierre ainsi que Michèle Braud, spécialiste des langues en Louisiane.

Le message était clair : l'engagement citoyen peut prendre des formes multiples.

On peut agir à travers les institutions publiques, les organismes communautaires, l'éducation, la culture ou l'entrepreneuriat social. Dans une époque marquée par la méfiance envers les institutions et la polarisation des débats publics, cette vision élargie du leadership trouve un écho particulier auprès des jeunes générations.

 

Les peuples autochtones au cœur des réflexions

L'un des moments marquants de la semaine a été consacré aux réalités autochtones. Le chirurgien et conférencier innu Stanley Vollant, la représentante des organisations autochtones de Guyane Aulaguea Thérèse ainsi que Marco Bacon ont participé à un échange sur le territoire comme lieu de référence et d'identité des Nations autochtones.

 

L'exercice des couvertures, animé par des facilitateurs innus,

 

L'exercice des couvertures, animé par des facilitateurs innus, a également permis aux participants de revisiter l'histoire des peuples autochtones à travers une démarche immersive.

Ce choix de programmation reflète une évolution importante de la francophonie contemporaine. Longtemps centrée sur les héritages européens, elle intègre désormais davantage les voix autochtones et reconnaît leur contribution à la diversité culturelle et linguistique du continent.

 

 

Le parcours hors norme de Tom Robert

 

 

Pauline Marois et Pénélope McQuad
Pauline Marois et Pénélope McQuad

 

Pauline Marois et la question de l'engagement

L'ouverture officielle a été marquée par une conversation entre Pauline Marois, première femme à avoir dirigé le gouvernement du Québec, aujourd'hui chancelière de l'UQAM, et l'animatrice vedette de la mi-matinée de Radio Canada, Pénélope McQuade.

Devant les jeunes leaders, l'ancienne première ministre est revenue sur son parcours, les obstacles rencontrés et l'importance de la confiance en soi dans l'exercice du leadership.

Mais son intervention a surtout rappelé que la politique n'est qu'une des nombreuses façons de contribuer au bien commun. Un message qui rejoint l'esprit général du Forum.

Les participants ne sont pas appelés à suivre un modèle unique d'engagement. Ils sont plutôt invités à trouver leur propre manière d'agir dans leur milieu et à mettre leurs compétences au service de leur communauté.

 

Une francophonie confrontée aux défis du siècle

Les questions environnementales ont également occupé une place importante dans les échanges. Le professeur Philippe Gachon a présenté les enjeux liés aux événements climatiques extrêmes, à la résilience des communautés et à la nécessité d'une mobilisation citoyenne face aux changements climatiques.

Là encore, la réflexion dépassait largement le cadre québécois.

Des Caraïbes aux régions nordiques du Canada, les conséquences des bouleversements climatiques touchent désormais l'ensemble des territoires représentés au Forum.

Cette mise en commun des expériences permet de constater que plusieurs défis sont partagés, même lorsque les contextes locaux diffèrent.

 

Au-delà du symbole

À l'issue de la semaine, les participantes et participants ont officiellement rejoint le réseau des ambassadrices et ambassadeurs de la francophonie des Amériques. Le titre est symbolique.

Mais une question demeure. Comment transformer l'énergie générée pendant cinq jours en engagement durable une fois les participants retournés dans leurs communautés respectives ?

La francophonie des Amériques dispose aujourd'hui d'une nouvelle cohorte de jeunes leaders. Pourtant, le véritable défi commence maintenant.

Dans un continent où les francophones vivent souvent en situation minoritaire, où les enjeux climatiques, identitaires et démocratiques prennent une importance croissante, la question n'est plus seulement de préserver la langue française.

Elle est de savoir si cette nouvelle génération parviendra à faire de la francophonie un espace d'action collective capable d'influencer les grands débats de société.

Le Forum de Montréal aura peut-être été moins un aboutissement qu'un point de départ.

 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Sujets du moment

Flash infos