Un mois après notre article du 1er février, dans lequel la République démocratique du Congo annonçait son intention de présenter une candidature à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie sans en dévoiler le nom, Kinshasa franchit une nouvelle étape. Par communiqué daté du 26 février 2026, les autorités officialisent celle de Juliana Amato Lumumba au poste de Secrétaire générale.


Le Gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a annoncé, le 26 février 2026, la candidature de Madame Juliana Amato Lumumba au poste de Secrétaire générale de la Francophonie. Le communiqué, diffusé par le ministère de la Communication et Médias, inscrit cette démarche dans une volonté de « contribuer au renouveau et au rayonnement de l’espace francophone ».
Dans la déclaration officielle, les autorités congolaises mettent en avant une ambition : celle d’une Francophonie « plus moderne, plus inclusive et plus proche des peuples ». Le ministre délégué en charge de la Francophonie et de la Diaspora congolaise, Crispin Mbadu Phanzu, souligne un parcours « de conviction et d’action », marqué par un engagement en faveur des femmes et des jeunes.
Un profil ancré dans les politiques publiques et l’économie
Juliana Amato Lumumba revendique plus de trente ans d’expérience dans la gouvernance publique, la diplomatie culturelle et la coopération internationale. Titulaire d’un diplôme de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, elle a occupé plusieurs fonctions au sein de l’État congolais, notamment comme Vice-ministre de la Culture et de l’Information, puis Ministre de la Culture à la fin des années 1990.
Le communiqué insiste également sur son parcours entrepreneurial dans les secteurs du conseil, de la communication et du commerce international, présenté comme un atout pour comprendre les dynamiques économiques africaines et la nécessité de renforcer les capacités entrepreneuriales sur le continent.
Entre 2007 et 2015, elle a été Secrétaire générale de l’Union des Chambres de Commerce africaines (UACCIA) au Caire, un poste stratégique qui l’a placée au cœur des enjeux d’intégration économique régionale.
Depuis 2015, elle intervient comme conférencière internationale sur des thématiques telles que la place des femmes dans le développement économique, l’entrepreneuriat africain ou encore les nouveaux paradigmes de développement.
Une décision attendue le 17 mars
Juliana Amato Lumumba est la fille de Patrice Lumumba, premier Premier ministre de la République démocratique du Congo, assassiné en 1961 dans un contexte de crise post-indépendance et d’ingérences internationales.
Le 17 mars 2026, la justice belge doit se prononcer sur la tenue éventuelle d’un procès visant l’un des derniers suspects encore en vie dans cette affaire. Les magistrats décideront s’il peut être renvoyé devant un tribunal. Une échéance judiciaire attendue de longue date, qui intervient alors que le nom Lumumba revient au cœur de l’actualité diplomatique francophone.
Une candidature à dimension politique
Dans son argumentaire, la RDC met en avant plusieurs axes : un leadership politique exercé « au plus haut niveau de l’État », une expertise panafricaine en matière d’intégration économique, une diplomatie culturelle forgée dans des représentations internationales, un engagement constant pour la promotion des femmes et une maîtrise de plusieurs langues (français, arabe, anglais, lingala, swahili).
Au-delà du profil personnel, cette candidature s’inscrit dans un contexte diplomatique plus large. L’Afrique constitue le principal bassin démographique et linguistique de la Francophonie, et la question de sa représentation à la tête de l’organisation demeure un sujet récurrent dans les débats internes.
Calendrier de l’élection
La période officielle de dépôt des candidatures au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie s’achève le 3 avril 2026 à minuit (heure de Paris). Passé ce délai, aucun nouveau dossier ne pourra être enregistré par les instances de l’OIF.
Une phase de consultations diplomatiques s’ouvrira ensuite entre les États membres, avant l’élection prévue lors des prochaines instances décisionnelles en 2026. Les semaines à venir seront donc décisives pour préciser les équilibres et les soutiens autour des candidatures déclarées.
Alors que plusieurs capitales affinent leurs stratégies en vue des prochaines échéances, l’annonce de Kinshasa formalise l’entrée en lice de la RDC dans une séquence politique qui s’annonce structurante pour l’avenir de la Francophonie institutionnelle.
Reste à voir quelles autres candidatures seront officialisées dans les semaines à venir, et comment les États membres arbitreront entre équilibres régionaux, profils politiques et vision stratégique pour l’espace francophone.
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