Il est temps de concevoir des règles plus claires et démocratiques pour la désignation du futur secrétaire général de la Francophonie, alors que les quatre candidats à ce poste-clé sont désormais connus.


À l’heure où le monde se transforme sous l’effet de multiples bouleversements, une évidence s’impose : les temps ont changé. Ils ont changé pour toute organisation publique amenée à gérer des budgets, à conduire des politiques et à influer sur la vie des populations. Les attentes démocratiques sont plus fortes que jamais, et le manque de transparence, l’opacité, alimentent les doutes, les préjugés, le ressentiment et parfois même la machine aux infox (fausses nouvelles).
Les temps ont changé également en ce qui concerne la désignation des responsables d’institutions internationales. La clarté dans le processus de désignation est devenue une condition de crédibilité et d’acceptabilité sociale. Les citoyens ne supportent plus les structures perçues comme lointaines, fermées ou excessivement hiérarchiques. Soyons francs : c’est parfois ce qui est reproché à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Depuis trop longtemps, en effet, le choix du ou de la secrétaire général(e) de la Francophonie semble se jouer dans les couloirs diplomatiques, dans des négociations opaques, loin des citoyens, loin des acteurs culturels, éducatifs, économiques et associatifs, loin de cette société civile engagée qui fait vivre la Francophonie au quotidien.
Bien sûr, tous les candidats sont légitimes et ont le droit de proposer une vision, un projet, une ambition pour la Francophonie. De même, il est naturel que les États et les gouvernements expriment des préférences, soutiennent des candidatures et défendent leurs intérêts. Mais précisément parce que la Francophonie est une organisation politique mûre, elle devrait assumer publiquement un débat sur ses orientations, ses moyens et ses priorités.
La question essentielle est moins « qui incarnera la Francophonie ? » que : « quel projet voulons-nous pour la Francophonie du XXIe siècle ? ». Cette question, qui se décline dans les domaines de l’éducation, des médias, de la culture, du numérique, de la jeunesse, de la diplomatie, des droits de la personne, de l’économie ou encore du développement durable, mérite un débat public.
Il faut permettre la confrontation respectueuse des idées, faire émerger des visions différentes, parfois même crever certains abcès. C’est pourquoi nous proposons que, pour la première fois, les candidats au poste de secrétaire général de la Francophonie se prêtent à une véritable campagne publique.
Nous préconisons notamment l’organisation d’un ou de plusieurs débats télévisés, préférablement sur TV5MONDE, chaîne de télévision et plateforme numérique de la Francophonie, relayés par Africa24, France24, Radio-Canada ou encore par les radio-télévisions ivoirienne, suisse et sénégalaise. Des débats radiophoniques pourraient également être organisés, intégrant des questions et préoccupations de citoyennes et de citoyens de l’espace francophone, particulièrement des jeunes.
Léopold Sédar Senghor affirmait en 1966
« Ce sont les peuples qui, par l'intermédiaire de leurs élus, pousseront les gouvernements à aller de l'avant »
Dans cette optique, il faudrait également donner un rôle aux parlementaires et à la société civile organisée dans ce processus de désignation. Nous suggérons ainsi l’audition des candidats par l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, à l’exemple de ce que pratique le Parlement européen pour certains hauts postes.
Les candidates et le candidat devraient également prendre en compte les demandes de la Conférence des organisations internationales non-gouvernementales de la Francophonie (COING) et les recommandations de l'Union des conseils économiques et sociaux et institutions similaires francophones (UCESIF).
Pourquoi est-ce important ? Parce que le ou la secrétaire général(e) de la Francophonie n’est pas le dirigeant d’une organisation internationale parmi d’autres... Cette fonction constitue la clé de voûte de la Francophonie toute entière, cet espace intercontinental et interinsulaire de partage d’expérience, d’amélioration réciproque, de coopération internationale.
Il ou elle doit avoir la capacité de rassembler les forces vives, d’impulser une dynamique, de communiquer sa vision, de superviser les institutions, opérateurs, conférences et réseaux, d’inspirer la société civile et de créer de la cohérence entre toutes ces composantes en interaction.
Cette personnalité internationale doit se distinguer par son intégrité, son autorité, son capital politique et moral mais aussi par sa culture, sa plume et son verbe – car comme le rappelait Abdou Diouf, le français est une langue de l’esprit.
En vérité, la Francophonie ne doit pas craindre ce débat, elle qui repose sur une communauté de langue et de destin et sur l’aspiration à des valeurs partagées ; elle qui n’appartient à aucune capitale ou famille royale ; elle qui n’est pas l’extension d’une puissance nationale ; elle qui représente un levier d’influence collective dans le monde et un instrument précieux de coopération et de dialogue des cultures dans un monde multipolaire.
Ainsi, nous le croyons, le choix de la prochaine ou du prochain secrétaire général peut-il devenir un exercice démocratique exemplaire, signe de la maturité de notre gouvernance francophone. Cette nouvelle étape est souhaitable. Elle est attendue par la société civile. Engageons-nous-y sans détour !









