Édition internationale

Mobilisation Franco à Ottawa, jour 1 : une francophonie canadienne en dialogue

Nous avons participé, ce 4 mai à l’Université d’Ottawa, à la première journée de Mobilisation Franco. Accueilli au cœur du campus, l’événement a réuni plus de 200 acteurs issus de 125 organisations venues de partout au pays. Autour de personnalités comme la rectrice Marie-Ève Sylvestre, la présidente de la FCFA Liane Roy et le ministre Jean-François Roberge, cette journée a posé les bases d’une francophonie canadienne plus structurée, où les échanges visent désormais à se traduire en projets concrets entre le Québec et les communautés francophones.

Première journée de Mobilisation Franco à uOttawaPremière journée de Mobilisation Franco à uOttawa
Mobilisation Franco à l’Université d’Ottawa : plus de 200 acteurs de la francophonie canadienne réunis pour structurer des collaborations concrètes.
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 5 mai 2026

 

 

« Le français, ce n’est pas seulement une langue à protéger. C’est une langue dans laquelle on vit, on crée et on fait des affaires. » — Liane Roy, présidente de la FCFA


 

Parmi les premières prises de parole de la journée, Alain Dupuis, directeur général de la FCFA, co-organisatrice de l’initiative,  rappelle le sens même de Mobilisation Franco. L’événement ne naît pas d’un simple besoin de rencontre, mais d’un constat : celui de réseaux francophones — québécois et canadiens — longtemps organisés en parallèle, avec trop peu d’occasions de travailler ensemble. Il revient sur un moment déclencheur, la crise linguistique ontarienne de 2018, qui a révélé à la fois une solidarité forte et la nécessité de structurer ce rapprochement dans la durée.

À sa suite, Geneviève Lajoie, sous-ministre adjointe au ministère de la Langue française du Québec, inscrit cette dynamique dans une action gouvernementale désormais mieux définie. Elle rappelle qu’au Québec, la francophonie canadienne relève aujourd’hui de ce ministère et détaille les leviers mobilisés : financement de projets, accompagnement des organismes, implication de plusieurs ministères.

Deux interventions qui donnent le cadre. Le rapprochement est engagé depuis plusieurs années. Il s’organise désormais avec des outils, des moyens et une volonté affirmée de le faire durer.

 

Le Centre de la francophonie des Amériques : un rôle de liaison

Coorganisateur de l’événement avec la FCFA, le Centre de la francophonie des Amériques (CFA) assure un rôle de liaison entre le Québec et les francophonies du continent. Son PDG, Sylvain Lavoie, incarne cette volonté de rapprocher les acteurs et de faire émerger des collaborations durables.

À Ottawa, cette mission se traduit concrètement : créer des passerelles, structurer les échanges et accompagner les projets au-delà de l’événement.

 

Une édition charnière hors Québec

Le choix d’Ottawa n’est pas anodin. Pour la première fois depuis sa création, Mobilisation Franco quitte le Québec pour s’installer au cœur de la capitale canadienne. Un déplacement géographique qui traduit une évolution stratégique : inscrire la francophonie dans un espace national partagé.

Dès l’ouverture, le ton est donné. L’événement rassemble des participants venus de neuf provinces et de deux territoires, preuve d’un élargissement réel du réseau. À la barre de cette première journée, Mathieu Nadon, chef d’antenne du Téléjournal Ottawa–Gatineau, assure l’animation avec une aisance qui ancre immédiatement la rencontre dans un registre à la fois professionnel et accessible. « On est très fier d’accueillir cette rencontre ici à Ottawa », lance-t-il, en soulignant l’ampleur inédite de la mobilisation.

Au fil des éditions, la progression est nette. D’une soixantaine de participants en 2022, l’événement dépasse aujourd’hui les 200. Une croissance qui témoigne d’un besoin : celui de se rencontrer, mais surtout de travailler ensemble.

 

De gauche à droite, Marie-Ève Sylvestre (Université d’Ottawa), Josée Poirier-Crête (Centre de la francophonie des Amériques) et Liane Roy (FCFA) lors de la cérémonie d’ouverture de Mobilisation Franco, à Ottawa.
De gauche à droite, Marie-Ève Sylvestre (Université d’Ottawa), Josée Poirier-Crête (Centre de la francophonie des Amériques) et Liane Roy (FCFA) lors de la cérémonie d’ouverture de Mobilisation Franco, à Ottawa.

 

Du réseautage à la construction collective

Mobilisation Franco ne se présente plus comme un simple espace de rencontres. L’objectif est désormais explicite : faire émerger des collaborations concrètes entre organisations québécoises et francophones en situation minoritaire.

« Ce rendez-vous donne des résultats », insiste Liane Roy, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA). Elle évoque des projets déjà lancés et des partenariats durables qui dépassent le cadre de l’événement.

L’enjeu est de taille. Il ne s’agit plus seulement de défendre la langue, mais de l’inscrire dans des dynamiques économiques, sociales et culturelles. « Le français, ce n’est pas qu’un héritage à protéger. C’est une langue dans laquelle on vit, on crée et on fait des affaires », rappelle-t-elle.

 

JF Roberge

 

Jean-François Roberge : une ligne politique constante

La présence de Jean-François Roberge, ministre responsable de la Francophonie canadienne, ne marque pas un tournant. Elle s’inscrit dans une continuité. Depuis ses débuts, il y a cinq ans, le gouvernement du Québec soutient et encourage Mobilisation Franco comme espace de rapprochement entre le Québec et les francophonies canadiennes.

Le ministre le rappelle en creux : l’enjeu n’est plus de créer le lien, mais de le consolider. L’appui du Québec s’inscrit dans la durée, avec des outils concrets comme le programme d’aide à la francophonie canadienne, qui finance et accompagne les initiatives sur le terrain.

Une manière de rappeler que, derrière les échanges, une architecture politique et financière est déjà en place — et qu’elle vise à soutenir, dans le temps long, les collaborations qui émergent ici.

 

Yves Pelletier - Université Ottawa
Yves Pelletier, vice-recteur associé, Francophonie à l’Université d’Ottawa

 

Comprendre pour agir : la conférence d’ouverture

La conférence d’ouverture, assurée par Yves Pelletier, vice-recteur associé, Francophonie à l’Université d’Ottawa, pose les bases. Historien de formation et acteur engagé de la francophonie en milieu minoritaire, il propose une mise en perspective des liens entre le Québec et les communautés francophones du pays. En retraçant ces dynamiques, il rappelle que la solidarité actuelle s’inscrit dans une trajectoire politique et sociale longue, faite de mobilisations, de tensions et de conquêtes progressives.

 

Manifestation Hopital Monfort

 

L’exemple de la mobilisation autour de l’hôpital Montfort en Ontario illustre cette dynamique. Ce moment charnière a démontré la capacité de la francophonie canadienne — y compris québécoise — à se mobiliser collectivement pour défendre ses institutions.

Cette mise en perspective historique a une fonction claire : rappeler que les avancées actuelles ne sont pas spontanées, mais le fruit de décisions et d’engagements collectifs.

 

Des ateliers ancrés dans les enjeux contemporains

L’après-midi s’articule autour d’ateliers thématiques qui traduisent les préoccupations actuelles du réseau. L’un des plus marquants porte sur l’intelligence artificielle.

L’atelier vise à démystifier une technologie souvent perçue comme abstraite. « L’intelligence artificielle ne concerne pas seulement la technologie, mais l’ensemble de nos pratiques sociales et informationnelles », expliquent les intervenants.

En parallèle, un second atelier explore les conditions d’une collaboration efficace entre organisations. L’objectif est d’identifier les freins, mais surtout les leviers permettant de passer d’une coopération ponctuelle à une action collective durable.

 

Une francophonie plurielle en quête de cohérence

Au-delà des formats structurés, ce sont les échanges informels qui révèlent les tensions et les ambitions. Plusieurs participants soulignent la difficulté — mais aussi la nécessité — de construire une identité francophone commune.

Un intervenant évoque ainsi une « connexion citoyenne » qui dépasse les cadres institutionnels. Il pose une question centrale : comment exister collectivement sans effacer les réalités locales et culturelles ?

Cette réflexion est partagée. D’une édition à l’autre, les participants constatent une meilleure compréhension des réalités respectives. Une évolution lente, mais essentielle pour construire une francophonie réellement collaborative.

 

Expérience immersive

 

L’expérience immersive : se projeter dans l’avenir

La journée se conclut par une expérience immersive au Centre Innova. Trois espaces permettent d’explorer la francophonie sous différents angles : collaborations actuelles, culture partagée et projections futures.

 

Le Centre INNOVA de l’Université d’Ottawa est un espace dédié à l’apprentissage et à l’innovation en français. Il met en valeur de nouvelles approches pédagogiques et favorise la collaboration entre acteurs de la francophonie, notamment en contexte minoritaire. Un lieu conçu pour expérimenter et faire évoluer les pratiques éducatives.

 

L’exercice proposé est simple : imaginer la francophonie de 2036. Les participants sont invités à formuler un vœu, à inscrire une idée, à projeter un futur possible.

 

Immersion écriture voeux

Derrière cette démarche, une intention claire : transformer la réflexion en vision. Il ne s’agit plus seulement d’analyser le présent, mais de construire un horizon commun.

 

Une première journée qui pose les bases

Cette première journée ne livre pas encore de réponses définitives. Elle installe un cadre, ouvre des pistes et crée des connexions.

Elle confirme surtout une évolution profonde : la francophonie canadienne ne se pense plus uniquement en termes de protection linguistique. Elle se structure comme un espace d’action, capable de produire des projets, des alliances et des stratégies.

La suite se jouera dans la capacité des participants à transformer ces échanges en réalisations concrètes.

 

Au-delà du Canada : une francophonie à relier

À Ottawa, au terme de cette première journée, un constat s’impose : les liens entre le Québec et les francophonies canadiennes gagnent en densité. Les échanges se structurent, les collaborations se précisent, et une forme de maturité collective commence à émerger.

Mais cette dynamique ouvre, en creux, une autre perspective.

Car si ce dialogue entre francophonies canadiennes s’intensifie, il pose aussi la question de son inscription dans un ensemble plus vaste. La francophonie ne se limite pas à cet espace nord-américain. Elle s’étend bien au-delà, portée par d’autres réalités, d’autres acteurs, d’autres formes d’engagement, souvent issues de la société civile.

Dès lors, un enjeu apparaît : comment relier ces dynamiques ? Comment faire en sorte que les projets, les idées et les collaborations qui prennent forme ici puissent entrer en résonance avec celles qui se développent ailleurs dans le monde francophone ?

La question reste ouverte. Elle dépasse le cadre de cette première journée, mais en constitue déjà l’un des prolongements naturels — d’autant plus dans la perspective d’une possible tenue du Sommet des chefs d’État de la Francophonie à Ottawa en 2028.

La deuxième journée, ce mardi, viendra prolonger cette dynamique, avec un enjeu clair : transformer les échanges en collaborations durables.

 

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