À Ottawa, cette cinquième édition de Mobilisation Franco aura surtout mis en lumière une francophonie canadienne davantage tournée vers les collaborations concrètes. Pendant cette seconde journée organisée au Carrefour des apprentissages de l’Université d’Ottawa, les discussions ont porté sur les projets à bâtir, les réseaux à renforcer et les liens à créer entre les différentes réalités francophones du pays.


« Les communautés francophones ont aussi besoin d’espaces pour partager leurs solutions et leurs bonnes pratiques. »
Dès le petit déjeuner de 7 h 15, les échanges commencent dans les couloirs. Entrepreneurs, représentants institutionnels, universitaires et acteurs communautaires venus des différentes régions francophones du pays — du Québec aux provinces de l’Ouest en passant par l’Ontario, l’Acadie et les communautés francophones en situation minoritaire — se retrouvent autour d’une même idée : créer des liens.
À l’ouverture de la journée, Mélanye Boissonnault, animatrice à Radio-Canada et maîtresse de cérémonie de cette seconde journée Mobilisation Franco 2026, résume d’ailleurs bien l’esprit de l’événement.
« Ce qui est né des Mobilisations Franco, c’est souvent humain »
Une phrase qui reviendra indirectement toute la journée.

Des espaces pensés pour les rencontres
L’une des marques de Mobilisation Franco reste la place accordée aux échanges humains et aux rencontres informelles. Entre les panels, les rencontres de vis-à-vis, les pauses et le verre de l’amitié, une large partie de la journée est traditionnellement consacrée aux discussions entre participants.
L'édition 2026 n'a pas dérogé à cette pratique et le Carrefour des apprentissages de l’Université d'Ottawa y contribuait largement. Baignés de lumière, ouverts et modernes, les espaces permettaient aux participants de prolonger naturellement les conversations entamées pendant les panels. À plusieurs moments de la journée, les tables et salons du centre se sont transformés en véritables lieux de maillage entre entrepreneurs, représentants institutionnels, chercheurs et acteurs communautaires venus des différentes francophonies canadiennes.

« On rit pareil » : quand l’humour parle d’identité
Le premier grand moment de la matinée prend la forme d’un enregistrement public du balado On rit pareil, porté par la FCFA et le magazine manitobain, La Liberté.
Autour de Coco Belliveau, Anne-Sarah Charbonneau et du groupe franco-ontarien Improtéine, les échanges passent rapidement des accents aux réalités minoritaires, du Québec aux autres francophonies canadiennes.
On rit beaucoup. Mais derrière les anecdotes et les expressions régionales, le sujet est sérieux : comment rendre le français vivant, accessible et désirable ?
Les humoristes racontent notamment comment l’improvisation, les spectacles ou les réseaux sociaux deviennent parfois des outils beaucoup plus efficaces que les discours institutionnels pour maintenir un lien avec la langue française.
« On veut juste faire des choses le fun… puis ça adonne que c’est en français »
Retrouvez tous les épisodes de ce ballado

Une francophonie qui élargit ses sujets
L’autre élément marquant de cette journée est l’élargissement des thèmes abordés. La francophonie n’est plus uniquement discutée sous l’angle linguistique. Les panels abordent désormais l’immigration, l’inclusion, l’économie, l’intelligence artificielle, l’entrepreneuriat ou encore la représentation culturelle.
Le panel consacré aux « leviers de coopération et perspectives d’avenir pour la francophonie et la langue française au Canada » illustre bien cette évolution. Autour de la table : Derrek Bentley, Madeleina Daigneault, Daye Diallo, Phylomène Zangio et Richard Khoury.
Les discussions portent autant sur les enjeux économiques que sur la place des communautés issues de l’immigration francophone ou les défis d’inclusion dans certains espaces francophones. Une participante du Manitoba résumera d’ailleurs la réflexion ainsi lors de la plénière finale :
« Les défis d’inclusion sont les mêmes pour tous. »
En parallèle de ce panel, se tenait une autre table de discussion consacrée au thème « Faire face à l’antiféminisme : comprendre pour mieux agir ». Une preuve supplémentaire que Mobilisation Franco ne limite pas ses réflexions aux seuls enjeux linguistiques, mais aborde également des questions sociales, culturelles et sociétales qui traversent aujourd’hui les différentes communautés francophones canadiennes.

L’économie francophone prend de l’importance
L’après-midi confirme aussi une évolution importante : les enjeux économiques prennent désormais une place centrale. La table stratégique sur « l’entrepreneuriat francophone et le commerce interprovincial au Canada » réunit notamment Étienne Alary, Catherine Gervais, Nicolas Malboeuf et Alain Simard.
Les échanges portent sur les réseaux d’affaires francophones, les collaborations interprovinciales et les nouveaux outils technologiques. Dans les corridors, plusieurs participants parlent aussi d’intelligence artificielle, de coopératives de données ou encore d’alternatives francophones aux grandes plateformes numériques.
Plusieurs intervenants ont d’ailleurs insisté sur la nécessité de sortir du seul constat pour commencer à construire des solutions concrètes.
« Il faut maintenant parler davantage de solutions et de bonnes pratiques. »
Une plénière finale tournée vers les solutions
À 15 h 30, les participants reviennent en salle pour le « micro-partage » final. Pendant une trentaine de minutes, plusieurs prennent la parole pour partager une idée, une critique ou une rencontre marquante.
Les mêmes thèmes reviennent souvent : le besoin de plus de temps, l’importance des relations humaines, la volonté de poursuivre les collaborations après l’événement et le désir de parler davantage de solutions concrètes.
« Ce que j’ai accompli ici en deux jours m’aurait pris peut-être un an autrement »,
D’autres insistent sur l’importance de créer davantage de liens entre écoles, entreprises, organismes et institutions francophones, entre les provinces.
Une organisation largement saluée par les participants
Derrière cette cinquième édition de Mobilisation Franco, plusieurs participants ont également tenu à saluer le travail des équipes organisatrices. Les équipes de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, dirigée par son directeur général Alain Dupuis, ainsi que celles de son Bureau du Québec — Lyne Rainville et Aude Aprahamian — ont été largement remerciées pour la qualité de l’accueil, la fluidité de l’organisation et le soin apporté aux mises en relation entre participants.
Plusieurs interventions lors de la plénière finale ont aussi souligné le rôle du Centre de la francophonie des Amériques dans cette dynamique de rapprochement entre les différentes francophonies du pays, tout comme l’accueil offert par Université Ottawa, hôte de cette édition 2026.
Une conversation qui semble avoir changé
En clôture, Marianne Bonnard, directrice de l’équipe de la francophonie canadienne au ministère de la Langue française du Québec, souligne que la conversation collective a profondément évolué depuis les premières éditions.
Les échanges sont aujourd’hui moins centrés sur les fractures et davantage sur les collaborations possibles. Et c’est probablement ce qui ressort le plus de cette deuxième journée.
Mobilisation Franco ne semble plus seulement être un lieu où l’on constate les fragilités de la francophonie canadienne. L’événement commence progressivement à devenir un espace où une partie de cette francophonie cherche désormais à se structurer comme un véritable réseau.
Moins défensif. Plus connecté. Et surtout beaucoup plus tourné vers l’action.
Mobilisation Franco à Ottawa, jour 1
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