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FESTIVAL DE THEATRE – Yves Chambert-Loir, « A Hong Kong, on sent le public très investi »

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Du 9 au 12 mars prochain, le théâtre français sera à l'honneur à Hong Kong. A l'occasion de la fête de la francophonie, l'ex-colonie britannique accueillera le premier festival de théâtre entièrement dédié à la langue de Molière. Quatre pièces (Le Médecin malgré lui, Pyjama pour six, Inconnu à cette adresse et Le Plaisir de l'amour) qui se joueront sur les planches du Lycée français et de la Chinese International School au profit de l'association Pour un sourire d'enfant (PSE). Metteur et scène et comédien, Yves Chambert-Loir est l'un des 19 artistes qui viendront de France pour l'occasion. Rencontre.

Vous étiez venu à Hong Kong il y a deux ans déjà pour jouer le Malade imaginaire. Qu'est-ce que vous avez gardé de cette expérience ?

J'ai gardé un très bon souvenir de cette ville riche, de ce pays magnifique et très dépaysant et surtout de l'accueil très fort des spectateurs. Vous savez en France et en particulier en région parisienne, comme il y a beaucoup de spectacles qui se jouent, les gens sont parfois un peu blasés et ne se comportent pas toujours très bien, alors qu'à Hong Kong on a senti le public très investi, en particulier les jeunes qu'on a senti très à l'écoute pendant les représentations scolaires. C'était très agréable. J'ai donc hâte de revenir.

Avec « Inconnu pour cette adresse » vous revenez avec une double casquette, celle d'acteur et de metteur en scène?

Il y a 16 ans, j'ai lu ce livre de Kressman Taylor, une Américaine d'origine allemande, qui m'a énormément bouleversé. Tout de suite je me suis dit qu'il fallait que je mette en scène cette correspondance entre deux amis. Ce rêve que j'avais depuis 16 ans a finalement vu le jour il y a 3 ans. Je l'ai fait lire à un ami et il a trouvé le livre magnifique, je l'ai donc adapté. Je ne vais pas tout dévoiler mais vous verrez que la mise en scène est particulière car j'ai imaginé un dialogue entre les deux personnages comme s'ils étaient face à face malgré les 12 000 km qui les distancent.

On imagine en effet que c'est une gageure que de mettre en scène ce roman épistolaire.

C'est une gageure, oui, car sur scène on ne lit pas les lettres, on les dit et les apprendre toutes par c?ur a été un énorme travail. Mais je suis assez content car les retours sont très positifs : on ne se rend pas compte de la distance qui sépare les deux amis, c'est comme un vrai dialogue avec des échanges et des moments. Ce qui m'a aussi beaucoup plus, c'est la période car la seconde guerre mondiale a toujours été un sujet qui m'a beaucoup touché. Et puis cette amitié, qui est très forte au départ et, qui, au fur et à mesure des évènements, va éclater.

Cette histoire vous a également plu pour sa résonance particulière avec notre époque ?

Ce drame soulève les éternelles questions de l'amitié, de la vengeance, des limites, « Jusqu'où on peut aller pour protéger des gens ? », « Peut-on tout pardonner ? » mais aussi d'autres plus actuelles. Vous n'êtes pas sans savoir que la France connait une morosité importante depuis quelques années. A un moment dans les lettres, la question du fascisme et de la barbarie est abordée : Max se demande comment les Allemands ont pu tout accepter d'Hitler. Et la réponse qui est donnée, c'est : les Allemands en avaient tellement marre d'être dans la misère, d'être dans un no man's land qu'ils ont dit oui à cet homme qui aurait pu être quelqu'un d'autre. Dans un moment de profond désespoir, n'importe quel peuple peut dire oui à quelque chose qui le dépassera par la suite. Aujourd'hui, Marine Le Pen monte de plus en plus dans les sondages et on s'interroge pour 2017. Je ne pense pas qu'on en arrivera là, en tout cas, je l'espère, mais ça aussi, ça m'a beaucoup interpelé.

Inconnu à cette adresse est en fait la seule pièce proposée dans le cadre du festival qui ne soit pas une comédie. C'est un choix un peu militant de votre part que de monter une pièce sérieuse ?

Moi, je défends ça, oui, parce que c'est bien de rigoler et vous allez voir les trois autres spectacles qui vont se jouer pour le festival sont formidables mais je préfère les drames ou les comédies dramatiques, plus profondes, d'où le public sort en se posant des questions du genre « Qu'est ce que j'aurais fait à leur place ? », « Quel est au le pire des deux ? » « Est-ce que c'est Martin l'Allemand ou Max l'Américain ? ». J'aime bien sortir d'un spectacle ému que ce soit par le rire, les larmes ou une interrogation particulière. Et là, avec ce texte magnifique, on a de la chance, il y a tout.

Propos recueillis par Florence Morin (www.lepetitjournal.com/hong-kong) mardi 23 février 2016

*Toutes les recettes du Hong Kong French Theater Festival, soutenu par le Consulat général de France, seront reversées à l'association Pour un sourire d'enfant.

Pour plus d'information, consultez le site du festival : www.thkftf.com

Réservation des billets sur www.ticketflap.com/hkfrenchtheaterfestival

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