

Une fois n'est pas coutume, Napoléon monopolise l'attention des deux côtés du Rhin. En 16 ans de règne (1799-1815), la politique hégémonique de l'Empereur aura profondément marqué le territoire européen. Qu'elle soit noire ou dorée, sa légende perdure. Loin des passions collectives, l'exposition de la Bundeskunsthalle à Bonn propose un "panorama nuancé de l'ère napoléonienne"
400 pièces de musées en Europe ont été rassemblées pour l'occasion. Divisée en douze sections thématiques, l'exposition revient sur les effets positifs et négatifs de la domination de Napoléon dans l'espace européen. En collaboration avec la Bundeskunsthalle, deux historiens français ont travaillé à son élaboration. Bénédicte Savoy, professeur d'histoire de l'art à l'université technique de Berlin, aidée de Yann Potin, chargé d'études documentaires aux Archives Nationales, a souhaité présenter une approche plus contrastée de Napoléon et de son temps : "Chaque aspect de l'époque napoléonienne comporte à la fois une véritable catastrophe et une utopie, celle de réaliser les idées du siècle des Lumières et de la Révolution française, souligne l'Intendant de la Bundeskunsthalle, Robert Fleck, Bénédicte Savoy a élaboré chaque partie de l'exposition de façon à confronter ces ambivalences. Il s'agit de montrer une période traversée par des conflits, non une période qui se résumerait à un état de guerre". Relatant aussi bien le rêve hégémonique d'un Empire européen que les blessures provoquées par des campagnes meurtrières, l'exposition ne se restreint pas à la vie de l'Empereur. Elle se penche sur les conséquences de ce règne hors du commun.
Ajaccio 1895 - Pietro Nocchi (1783?1854) - Elisa Bonaparte et sa fille Elisa Napoléone Baciocchi - 1808 - huile sur toile, 98 x 76 cm - Ajaccio, Palais Fesch Musée des Beaux-Arts
Un personnage historique controversé depuis 200 ans
L'exposition replace Napoléon aux côtés de ses contemporains qu'ils soient hommes d'Etat, scientifiques ou artistes. Napoléon est également présenté au sein de sa famille, qui participe pleinement à l'expansion de son influence, grâce aux alliances matrimoniales conclues en Europe. Les ?uvres d'arts, les écrits et les objets de l'époque témoignent de la fascination de ses partisans et de la virulence de ses détracteurs. Deux cent ans plus tard, Napoléon divise encore. La dernière exposition sur Napoléon en France a eu lieu lors du bicentenaire de sa naissance en 1969. Cette réticence française vis-à-vis de Napoléon, Robert Fleck l'explique par la forte influence de l'historiographie de la révolution française dans les années 80/90, très critique sur Napoléon : "Le débat sur les droits de l'homme et la démocratie a pris une intensité totalement différente en France. Les Allemands ne voient pas Napoléon sous cet angle".

Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780?1867) - Napoléon Ier en costume de sacre ou sa Majesté l'Empereur des Français sur son trône, 1806 - Huile sur toile, 260 x 163 cm - Musée de l'Armée, Paris
Une légende revisitée
Mais ce qui frappe le visiteur du XXI siècle, c'est le rapport de Napoléon à son image : "C'est une iconographie nouvelle et extrêmement riche pour l'époque qu'utilise Napoléon pour enraciner et légitimer son pouvoir : le tableau du Sacre de l'Empereur d'Ingres ou celui de Gérard, les différents bustes de Napoléon sous les traits de Charlemagne ou de César etc. Lorsque l'on contemple ces ?uvres, on ressent le poids oppressant du pouvoir. Ces représentations sont à la fois impressionnantes et effrayantes", constate l'Intendant. Napoléon se sert ainsi de l'art comme moyen de propagande pour illustrer sa propre gloire impériale. L'exposition retrace également la politique de spoliations des ?uvres d'arts entreprise par l'Empereur en Europe. Héritée de la Révolution, "l'idéologie d'appropriation" devait mener à la centralisation du patrimoine artistique à Paris.

Cuirasse ayant appartenu à François - Antoine Fauveau à Waterloo (18 juin 1815) - 1810?1815 - Acier, cuir, laiton, 38 x 34,5 cm - Musée de l'Armée, Paris
L'intégration européenne et ses tragédies humaines
L'Empire napoléonien représente ainsi le modèle absolu d'Etat moderne : "C'était le premier qui régnait tout seul en se fondant sur la souveraineté populaire, le suffrage universel et le plébiscite, repris depuis par tous les dictateurs. C'est-à-dire le fait de poser une seule question et de charger ensuite la police de savoir ceux qui sont contre. Napoléon avait un pouvoir personnel complétement absolu", rappelle Robert Fleck. Dans les pays conquis, l'Empereur mena une politique d'intégration et d'homogénéisation. Il engagea des réformes administratives, économiques, juridiques et infrastructurelles qui participèrent à la modernisation et au désenclavement des territoires. Au c?ur de l'exposition, une attention particulière a été donnée aux trois millions de victimes et aux blessés des campagnes napoléoniennes. On peut y voir notamment les innovations médicales de l'époque telles des instruments chirurgicaux et des prothèses. Enfin, la domination napoléonienne contribua à éveiller les nationalismes auprès des populations assujetties et donna naissance aux mythes d'indépendance : "Le retournement des populations allemandes contre les Français découle d'une occupation très dure. Les gens se sont davantage révoltés contre l'occupation que contre le principe de la Révolution française", conclut l'Intendant.
Sophie Valette (www.lepetitjournal.com/cologne) Vendredi 11 mars 2011
L'exposition sera présente en 2013 à Paris au Musée de l'Armée.
Plus d'informations sur le site Internet de la « Bundeskunsthalle » (Centre National d'Art et d'Exposition de la République Fédérale d'Allemagne)
Kunst- und Ausstellungshalle
der Bundesrepublik Deutschland GmbH
Museumsmeile Bonn
Friedrich-Ebert-Allee 4 - 53113 Bonn
Horaires d'ouverture : mardi et mercredi de 10h à 21h - du jeudi au dimanche de 10h à 19h - fermeture le lundi




































