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EXPOS - Les incontournables (2/2)


Alors que le musée d'Orsay accueille une rétrospective de Manet, le Musée Jacquemart-André met à l'honneur les frères Caillebotte. Deux expositions et deux visions de la modernité. A voir absolument

Olympia, 1863 (Crédit: Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt)

Manet, inventeur du moderne

1863, les critiques s'en donnent à c?ur joie : "C'est un monstre d'amour Banal", disent les uns, "Une odalisque au ventre jaune", lancent les autres.
Avec sa toile Olympia, Manet vient de créer le plus gros scandale de l'histoire de la peinture. Pourquoi une telle virulence ? Parce que le nu de Manet n'est pas une déesse comme le voudrait la tradition académique mais une femme de son temps. Pire, une courtisane qui nous regarde droit dans les yeux, la main posée sur son sexe. Avec Manet, soudain le spectateur devient voyeur. C'est par cette volonté d'interaction que le peintre va déranger ses contemporains. Manet ne cesse de nous prendre à témoin comme dans son célèbre Déjeuner sur l'herbe (1863) où la baigneuse entourée de deux hommes cherche notre connivence. Malheureusement, l'exposition ne s'attarde pas sur ces questions fondamentales pour comprendre la modernité du peintre. Le musée d'Orsay a plutôt choisi de montrer comment son ?uvre s'inscrit dans la lignée des grands maîtres anciens comme Raphaël, Fra Angelico ou encore Vélasquez. On découvre aussi l'importance de la culture romantique avec l'impulsion de Baudelaire ou sa relation avec le poète Mallarmé. Au final, qu'importe la proposition du musée. L'exposition reste l'occasion d'admirer des chefs d'?uvres.

Musée d'Orsay
, 1, rue de la Légion-d'Honneur, 75007 Paris.
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h.
Jusqu'au  3 juillet

Camille Minoret arrosant des hortensias (Crédit: DR)

Dans l'intimité des frères Caillebotte ? Peintre et photographe
Chez les Caillebotte, on connaît surtout Gustave (1848-1894), grand peintre et collectionneur de l'impressionnisme. Sa célèbre toile Les raboteurs de parquet est aujourd'hui  l'une des pièces phares du musée d'Orsay. Ce que l'on sait moins, c'est que Gustave avait un frère, Martial (1853-1910), pianiste et photographe. Confronter les tirages du cadet aux peintures de l'aîné est un choix intéressant quand on sait qu'au XIXe siècle l'arrivée de la photographie a bouleversé la vision de nombreux peintres. Pourtant dans le cas des Caillebotte, ce fut le contraire. Les cadrages audacieux du peintre auraient inspiré le photographe.
Car l'impressionnisme de Martial ne se contente pas seulement de traduire la lumière et ses variations, c'est la mise en scène qui importe. Du haut des ses balcons, les plongées sont vertigineuses, les intérieurs vus comme à travers un objectif "grand angle" et les perspectives accélérées déstabilisent le regard.
Au-delà de célébrer leur grande complicité, l'exposition montre également l'intérêt que portent les deux frères au Paris moderne : les innovations du Baron Haussmann, le pont de l'Europe, l'automobile, le chemin de fer? mais aussi les promeneurs et les petits métiers. Issus de la grande bourgeoisie Parisienne, Gustave et Martial ont une passion pour la philatélie et le yachting. Outre la ville, on découvre aussi les baigneurs et les pêcheurs des bords de l'Yerres, le bonheur en famille dans les propriétés du Petit Gennevilliers ou de Montgeron, l'horticulture?Bref, une insouciante douceur de vivre.

Musée Jacquemart-André
, 158 boulevard Haussmann, 75008 Paris
Ouvert tous les jours de 10h à 18h et nocturne les lundis jusqu'à 21h30
Jusqu'au 11 juillet       

Sophie  Djouder (www.lepetitjournal.com) mardi 10 mai 2011

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