

Retour en page d'accueil - Découvrez nos autres articles
La galerie Gagosian de Pedder street présente pour la première fois au public hongkongais les lithographies et les dessins préparatoires de Paris sans fin, le dernier grand-?uvre de l'artiste polymorphe, Alberto Giacometti.
Un grand maître du dessin et de l'estampe
Fils d'un peintre post-impressionniste, Giacometti débarque à Paris de sa Suisse natale en 1922 et devient l'élève du sculpteur Antoine Bourdelle, lui-même disciple de Rodin. Dans les cafés de Montparnasse, il rencontre les écrivains de l'époque (Hemingway, Anaïs Nin) les grands peintres modernes (Kandinsky, Picasso, Max Ernst, Soutine) et fréquente également les surréalistes dont il intègre le mouvement en 1931. S'il collabore à des revues du groupe et à des expositions collectives, Giacometti poursuit une ?uvre personnelle, loin de tout courant. En 1926, il s'installe au 46 rue Hippolyte-Maindron dans le 14e arrondissement dans sa "caverne-atelier" qu'il ne quittera plus, malgré sa petite taille et son inconfort.
Si on connait son ?uvre sculpté, les figures filiformes de ses moulages, ses silhouettes figées rappelant les divinités étrusques, on en oublierait presque que Giacometti fut avant tout un grand maître du dessin qui toute sa vie pratiqua l'estampe tantôt pour répondre à des commandes d'éditeurs, tantôt pour poursuivre des expérimentations techniques.
"Pour réaliser ses sculptures, Giacometti retravaillait abondamment ses plâtres ; avec les plaques, il poursuivait une démarche identique, luttant avec le burin, remaniant ses eaux-fortes, remettant sans arrêt sur le métier son ouvrage? Les traits des dessins pour ses lithographies sont parfois à la limite du visible. Il se méfiait du beau métier, voulait aller au-delà, mettant au défi chacune des techniques traditionnelles." Voilà comment Véronique Wiesinger, directrice de la Fondation Alberto et Annette Giacometti et commissaire de l'exposition Giacometti sans fin, définit le rapport de l'artiste à son ?uvre gravé dont la pièce maîtresse Paris sans fin est dévoilée pour la première fois au public hongkongais aux côtés d'autres lithographies et dessins préparatoires tout aussi rares.
Paris sans fin, un testament graphique
"Cette exposition est un voyage dans l'esprit de Giacometti : on le suit de l'intimité de son atelier à l'imprimerie mais aussi dans les rues de Paris, le boulevard Montparnasse, les brasseries parisiennes qu'il fréquentait comme le Dôme ou le Sélect.", poursuit la directrice de la Fondation. "C'est vraiment le chef d'oeuvre d'un homme au sommet de son art et à la fin de sa vie." De 1959 à 1965, Giacometti consacre les six dernières années de sa vie en effet à Paris sans fin, compilant 150 dessins accompagnés de textes consacrés à Paris et aux quartiers qu'il a toujours fréquentés. Sorte de testament graphique, il revient sur les lieux de sa jeunesse et croque la vie parisienne dans les rues et les bistrots.
Dans la force du trait et des perspectives, on retrouve sa manière si particulière de sculpter ses personnages. Il modèle les corps avec justesse et profondeur comme il ferait avec de la terre glaise. Giacometti reste ainsi à la fin de sa vie toujours visionnaire dans son approche du dessin mêlant la technique de la lithographie à celle du burin. L'émotion est encore plus perceptible lorsqu'il fait les portraits de son frère Diego et de sa femme Annette. Ici, les silhouettes sortent de leur anonymat et regardent fixement les spectateurs. Les traits du visage sont extrêmement maîtrisés et détaillés.
L'exposition présentée à la galerie Gagosian offre une vision moins convenue et pourtant essentielle de Giacometti, le sculpteur. Comme dans les ?uvres de Brassaï ou d'Utrillo, ces images de Paris ou "mémoires d'images" comme les qualifiait lui-même l'artiste nous émeuvent, nous ramenant à l'intemporalité de la capitale française qui fut pour Giacometti " bien plus qu'une ville" mais "l'essence de la civilisation et de la créativité".
Serge Chehab (www.lepetitjournal.com/hong-kong) mardi 15 avril 2014
|
Infos pratiques: Gagosian gallery, 7/F Pedder building, 12 Pedder street, Central Du mardi au samedi de 11H à 19H |
































