De Paris à Miami, en passant par Los Angeles, Stéphane Ohayon a accompagné le développement de grandes enseignes internationales avant de transposer ses enseignements du retail et de l’hospitality à l’immobilier haut de gamme. Une vision où l’adresse ne suffit plus: l’expérience, l’identité, les services et le digital deviennent à leur tour créateurs de valeur.


Qu’est-ce qui donne réellement de la valeur à une adresse ? Pour Stéphane Ohayon, la réponse ne se trouve ni uniquement dans le prix au mètre carré, ni dans le prestige d’un quartier. Elle tient davantage à ce que l’on ressent lorsqu’on entre dans un lieu, à la manière dont on interagit avec lui et à ce qu’il en reste lorsqu’on en sort. Depuis plus de vingt ans, l’entrepreneur et expert en immobilier accompagne des marques internationales dans leurs stratégies d’implantation et de développement. Samsonite, TUMI, Sandro, Maje, The Kooples, Claudie Pierlot ou encore Paradis du Fruit, DNA ont notamment jalonné son parcours.
Avant de conseiller ces enseignes, Stéphane Ohayon s’est confronté très tôt aux réalités opérationnelles du commerce en développant plusieurs franchises Häagen-Dazs en France. Choix d’un emplacement, comportement des consommateurs, rentabilité, cohérence de marque : une première expérience qui lui apprend que la réussite d’un concept ne repose jamais sur un seul facteur. Cette culture du retail ne le quittera plus.
« Le luxe est souvent mal compris. On cherche à le définir par des matériaux précieux, une adresse prestigieuse ou un prix élevé. Pour moi, il est beaucoup moins tangible. Il réside dans la capacité à susciter une émotion, à inspirer confiance et à laisser une impression qui perdure bien après l’expérience. »
On n’achète plus seulement un produit, mais une histoire
Au fil des années, Stéphane Ohayon observe un point commun entre les marques les plus performantes: ne jamais considérer les boutiques comme de simples espaces de transaction. L’emplacement, l’architecture, le design, l’accueil, le service et même les détails les moins visibles participent à une même narration.
« Les clients n’achètent jamais simplement un produit. Ils achètent aussi une histoire. »
Son activité l’amène ainsi à intervenir sur certains des axes commerciaux les plus stratégiques de Paris : les Champs-Élysées, la rue Saint-Honoré, la rue de Passy, le Marais ou encore l’avenue des Ternes. En juin 2026, plusieurs opérations majeures sont encore en cours sur les Champs-Élysées et la rue Saint-Honoré. Ces années passées à observer les stratégies des grandes enseignes et son expertise du terrain vont progressivement modifier son regard sur l’immobilier lui-même. Elles nourrissent également ce qu’il définit aujourd’hui comme une approche « phygitale » de l’immobilier : penser ensemble la puissance du lieu physique et les possibilités offertes par les usages, les services et les outils numériques. Une adresse exceptionnelle peut attirer. Elle ne suffit pas nécessairement à créer de la valeur à long terme. Pour cela, estime-t-il, il faut une identité et l’expérience!
Du retail à l’immobilier résidentiel
Traditionnellement, la performance immobilière se mesure à travers des indicateurs financiers : rendement locatif, taux d’occupation, valorisation de l’actif. Des données évidemment essentielles, mais qui, selon Stéphane Ohayon, ne racontent désormais qu’une partie de l’histoire. Les attentes des consommateurs ont évolué. Qu’ils entrent dans une boutique de luxe, séjournent dans un hôtel ou choisissent une résidence haut de gamme, ils recherchent désormais une expérience cohérente, personnalisée et fluide. C’est précisément là que les univers du retail, de l’hospitality, de la technologie et de l’immobilier commencent à se rejoindre.
« Les promoteurs doivent aller au-delà de la construction d’un immeuble et commencer à penser en termes de marque. L’architecture attire l’attention, mais c’est l’expérience qui crée l’attachement. »
L’arrivée dans le bâtiment, les espaces communs, le design intérieur, les services de conciergerie, le bien-être, la technologie ou encore l’expérience digitale, avant même d’avoir franchi la porte, deviennent autant de points de contact avec le résident. Une approche directement inspirée des grandes maisons, où rien n’est véritablement laissé au hasard. C’est aussi le principe du phygital tel que l’envisage Stéphane Ohayon : le digital n’a pas vocation à remplacer l’expérience physique, mais à la prolonger, la simplifier et l’enrichir.
La confiance comme capital
Cette exigence de cohérence s’est notamment renforcée au cours de sa collaboration avec Samsonite, TUMI et Lipault. Approché par Samsonite en 2018, Stéphane Ohayon est devenu le conseil immobilier externe du groupe et réalise depuis une vingtaine de transactions pour ses différentes marques. Au-delà des opérations elles-mêmes, il en retient un autre principe : dans l’immobilier comme dans le luxe, la confiance constitue un actif à part entière.
« L’immobilier reste avant tout un métier de relations humaines. La réussite repose sur la confiance, la patience, l’expertise et l’accès à la bonne information. »
Cette conviction nourrit progressivement une nouvelle réflexion : si les grandes marques sont capables de construire des univers suffisamment puissants pour susciter le désir, la fidélité et l’appartenance, pourquoi l’immobilier résidentiel ne pourrait-il pas fonctionner selon les mêmes principes ?
De l’immeuble à l’écosystème
Pour Stéphane Ohayon, les projets immobiliers les plus pertinents de demain seront ceux capables de réunir architecture, design, hospitality, sustainabilité, technologie et services autour d’une identité cohérente. Une conception phygitale de l’immobilier, dans laquelle le bâtiment n’est plus envisagé comme un actif isolé, mais comme le point d’entrée d’un écosystème de services et d’expériences. Car dans le segment premium, le résident ne choisit plus uniquement une surface ou une localisation. Il choisit également un mode de vie. Cette réflexion accompagne aujourd’hui son propre parcours entrepreneurial aux États-Unis.
À West Hollywood, elle trouve notamment une traduction avec ABAYTA, un projet développé par Opus One Investment, la holding américaine de Stéphane Ohayon, tandis que Partners Development constitue la structure propriétaire du projet. Le nom, issu de l’hébreu et signifiant « la maison », donne déjà une indication sur le coeur du concept: replacer la notion de lieu de vie au centre de l’expérience. Pensé autour d’un modèle de corporate housing haut de gamme exclusivement destiné à la location, ABAYTA vise une clientèle de professionnels et d’entreprises à la recherche d’un environnement résidentiel flexible, sophistiqué et fortement orienté vers le service. Plus qu’une collection de résidences, Stéphane Ohayon souhaite y appliquer les principes observés pendant des années dans le retail et l’hospitality : une identité reconnaissable, une attention portée à chaque interaction et une continuité entre l’expérience
physique et les services digitaux. Une évolution finalement logique pour celui qui a passé une grande partie de sa carrière à aider des marques à trouver l’adresse capable de raconter leur histoire. Aujourd’hui, il introduit un nouveau concept: comment transformer une adresse en une marque.
« Mon ambition n’est pas simplement de développer des projets immobiliers, mais de construire des plateformes, des marques et des écosystèmes capables de créer de la valeur à long terme. »
Une vision qui résume peut-être l’évolution actuelle de l’immobilier haut de gamme : lorsque l’emplacement et l’architecture ne constituent plus une finalité, mais le point de départ d’une expérience. Après avoir accompagné les marques dans la création de lieux capables d’incarner leur identité, Stéphane Ohayon poursuit aujourd’hui le chemin inverse : imaginer des lieux suffisamment singuliers pour devenir, à leur tour, des marques.
Par Anne-Lorraine Bahi


























