Des canicules à répétition, des sécheresses records ou des sols qui s'épuisent. Ces phénomènes étaient souvent associés à l’ailleurs mais concernent désormais aussi la France. Des Pyrénées-Orientales à la Guadeloupe, la désertification progresse silencieusement. Alors que la COP17 sur la lutte contre la désertification se tient du 17 au 28 août en Mongolie, Lepetitjournal.com décryptage un enjeu environnemental majeur largement sous-estimé.


Pendant que les regards se tournent vers les incendies, les vagues de chaleur ou les pénuries d'eau, une autre crise avance plus discrètement…Celle des sols. À Oulan-Bator, en Mongolie, où se déroule jusqu'au 28 août 2026 la 17e Conférence des Nations unies sur la lutte contre la désertification (COP17), scientifiques et responsables politiques alertent sur la dégradation des terres qui n'est plus un problème lointain.
Qu'est-ce qu'une COP ? En 1992, lors du sommet de Rio, 154 États décident de joindre leurs efforts pour limiter le réchauffement global. Naît alors la Convention Cadre des Nations unies sur les changements climatiques (ou CCNUCC) et son organe de prise de décision, la Conférence des Parties (ou COP).

La désertification, un phénomène bien plus vaste que l'avancée du désert
La désertification et la dégradation des terres concernent près de la moitié de la population mondiale. Pour le dire autrement, tous les continents sont aujourd’hui touchés par ce phénomène. Les zones les plus affectées sont le Moyen-Orient, l’Amérique latine et du Nord, l’Asie centrale et du Sud-Est, et l’Afrique subsaharienne.
Contrairement aux idées reçues, la désertification ne signifie pas que le Sahara avance jusqu'en Europe. Selon la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, elle correspond à une dégradation durable des terres dans les zones sèches.
Les conséquences sont multiples : baisse des rendements agricoles, diminution de la biodiversité, perte de capacité à stocker l'eau et le carbone, fragilisation des territoires face aux sécheresses et aux épisodes climatiques extrêmes.
Entre 40 % et 75 % des terres mondiales sont déjà dégradées.

La France est désormais concernée par la désertification
La France a officiellement reconnu sa vulnérabilité lors de la COP16 de Riyad en 2024 en se déclarant pour la première fois « partie affectée » par la désertification. Selon les données présentées à la COP17, environ 751 000 hectares, soit 1,4 % du territoire français, répondent déjà à la définition internationale de la désertification. Ces zones se concentrent principalement sur le bassin méditerranéen, en Corse-du-Sud ainsi que dans plusieurs territoires ultramarins comme La Réunion, la Guadeloupe et Mayotte.
Le Comité scientifique français de la désertification estime que près de 77 % des sols français présentent aujourd'hui des signes de dégradation.
L'évolution est particulièrement spectaculaire en Occitanie : depuis 1960, la superficie moyenne touchée par la sécheresse y a triplé. Selon les projections, le nombre de jours secs pourrait encore augmenter de 25 % à 50 % d'ici la fin du siècle selon les scénarios climatiques.

Les sols, stratégiques dans la lutte contre le réchauffement climatique
Lors de la COP17, les experts insistent sur le fait que les sols constituent l'un des plus puissants alliés contre le changement climatique. Pourquoi ?
Les sols stockent trois fois plus de carbone que l'atmosphère et près de trois fois plus que l'ensemble de la végétation mondiale. Leur préservation représente donc un enjeu majeur pour atteindre les objectifs climatiques internationaux. La restauration des terres dégradées pourrait fournir plus d'un tiers des réductions d'émissions nécessaires d'ici 2030 pour respecter les objectifs de l'Accord de Paris.
À l'inverse, lorsque les sols se dégradent, le carbone qu'ils stockent est relâché dans l'atmosphère, alimentant un cercle vicieux qui accélère encore le réchauffement climatique et les sécheresses.
Les scientifiques rappellent que la désertification n'est pas irréversible.

Quelles solutions face à la désertification en 2026 ?
Des solutions sont évoquées lors des COP. Il y a par exemple le maintien d'une couverture végétale permanente, l'apport de matière organique dans les sols, l'agroécologie, l'agroforesterie ou encore une meilleure gestion des ressources en eau.
Est aussi mis en avant le pastoralisme durable. Bien encadré, l'élevage extensif contribue à entretenir les paysages, limiter certains risques d'incendies, favoriser le recyclage des nutriments et enrichir naturellement les sols.
Le pastoralisme désigne un mode d’élevage fondé sur le pâturage extensif des animaux dans des espaces naturels. En France, cette pratique concernerait plus de 60 000 exploitations agricoles. Plus qu’une simple technique d’élevage, le pastoralisme repose sur une relation étroite entre les éleveurs et leur environnement. Il est principalement pratiqué avec des herbivores comme les moutons, les chèvres ou les bovins. Sa caractéristique majeure est souvent la mobilité des troupeaux, déplacés au fil des saisons à la recherche de pâturages et de points d’eau, un phénomène connu sous le nom de transhumance.
La lutte contre la désertification gagne en visibilité. La conférence de Mongolie s'inscrit d'ailleurs dans une année marquée par la « triple COP » des Nations unies consacrée aux grands enjeux environnementaux mondiaux.
Les chiffres à retenir sur le phénomène de désertification
- 1,4 % du territoire français est déjà considéré comme touché par la désertification, soit 751 000 hectares.
- Jusqu'à 77 % des sols français présentent des formes de dégradation.
- Près de 50 % de la population mondiale est concernée par la dégradation des terres.
- Les sols stockent trois fois plus de carbone que l'atmosphère.
- Restaurer les terres dégradées pourrait fournir plus d'un tiers des réductions d'émissions nécessaires d'ici 2030.
Sur le même sujet







































