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Nathalie Perakis-Valat, une âme d’artiste nomade

Par Raphaëlle Choël | Publié le 07/11/2018 à 17:50 | Mis à jour le 08/11/2018 à 17:16
Photo : REAL SHANGHAI - Heaven, Earth and Sunflowers
Artiste Shanghai Nathalie Perakis

Parmi les belles rencontres de ma vie d’expatriée, il y a eu celle de Nathalie Perakis-Valat dont j’ai croisé la route à Shanghaï en 2013, puis furtivement à Singapour peu après. De retour à Paris, elle se raconte avec la passion, le charme, la sensibilité et l’enthousiasme qui la caractérisent…

 

Nathalie PerakisParlez-nous un peu de vous…

Née en France, je découvre les Etats-Unis à l’âge de 5 ans et profite de 4 merveilleuses années dans le Connecticut avant de retrouver la France et finir mon parcours scolaire dans une école catholique de filles à Paris. Maths Sup, Prépa Ecoles de Commerce, j’atterris à HEC où je rencontre mon mari Alexis. Diplômée en 1993, je rejoins la Mairie de Paris où je me passionne pour les enjeux environnementaux auxquels la ville est confrontée. J’y apprécie beaucoup le travail sur le terrain. En 1999, nous quittons la France pour un long et fabuleux périple à l’étranger : Belgique, Espagne, Etats-Unis et Allemagne. Retour éclair à Paris en 2009 pour une année avant de repartir, cette fois pour la Chine où nous passons 6 années incroyables. Me voici rentrée à Paris depuis 2 ans.

Quand et comment avez-vous découvert et exploré votre âme d'artiste?

Eté 2010, Shanghai accueille l’Exposition Universelle. A peine arrivée, je suis bouleversée par cette ville en pleine transformation, fascinée par ses contrastes, son énergie et surtout ses habitants. C’est dans ce contexte que je démarre mon parcours artistique, poussée par une envie irrésistible de capturer ces instants si précieux et de partager ma vision très personnelle de cette ville. Ce sont Ana Gonzalez et Agnès Cohade qui m’ont accueillie dans leur galerie (Art+Shanghai), permis de faire connaître mon travail au public et accompagnée dans ma démarche artistique.
 

Que retirez-vous de votre vie à l'étranger ?

J’ai l’impression que mes années à l’étranger m’ont rendue plus humble. J’aime beaucoup cette citation de Flaubert : « Cela rend modeste de voyager ; on voit quelle petite place on occupe dans le monde ». A l’étranger, et paradoxalement tout particulièrement en Chine, j’ai ressenti une grande liberté. Liberté de démarrer un nouveau parcours, liberté de créer, liberté d’oser…

 

En quoi l'étranger est-il source d'inspiration pour vous?

Je crois que toutes ces années à l’étranger m’ont ouvert les yeux, permis de découvrir des cultures, des modes de vie et de pensée différentes de la nôtre. Sur le plan artistique, c’est la Chine qui a été une fabuleuse source d’inspiration pour moi. J’ai sans doute eu envie de laisser ma petite trace dans ce pays qui m’a tant donné. Mon exposition actuelle dans le beau bâtiment du Silo de Marseille s’intitule « Shanghai : entre le rêve et la réalité » et retrace mon parcours au long des 6 années que j’ai passées dans cette ville incroyable.

J’y exprime une vision très personnelle de Shanghai, loin des idées reçues sur la Chine. Mon but est d’amener le spectateur à s’interroger sur la Chine d’aujourd’hui et de l’inciter à se plonger dans cet univers si fascinant et attachant. Ma première série « Real Shanghai ? » raconte le choc culturel que j’ai ressenti à mon arrivée et insiste sur l’aspect surréel de la ville. En expérimentant avec mon appareil photo dans « Natural Fireworks », c’est l’importance de la nature et des feux d’artifices dans la culture chinoise que j’aborde.

Dans « Lilong Treasures », je suis partie à la découverte de l’âme chinoise en recueillant des témoignages d’habitants dans les quartiers traditionnels avant que ceux-ci ne soient détruits. J’ai été si émue par toutes ces personnes qui ont bien voulu partager quelques instants avec moi pour me faire découvrir les poèmes de la dynastie Tang, les devinettes chinoises ou tout simplement leurs états d’âme et leurs rêves…

LILONG TREASURES - Triptych 3
LILONG TREASURES - Triptych 3

Enfin, dans « Shanghai Keystones », c’est la vie des travailleurs migrants sur les chantiers de BTP que j’essaie de comprendre et de partager au travers de photos, de vidéos et de sculptures imprimées en 3D.

 

Vous êtes rentrée à Paris, comment se passe ce retour en tant que femme, mère, épouse et artiste ?

Sur le plan familial, j’ai le sentiment que cette vie de nomade nous a soudés, mes 3 enfants, mon mari et moi. Je suis ravie de retrouver Paris, ma famille, mes amis, de ne pas être trop loin de ma fille aînée qui est partie étudier à Londres. Je profite au maximum de la fabuleuse offre culturelle parisienne. Et je ne suis pas mécontente de m’échapper régulièrement de Paris, notamment en direction de cette belle île grecque qu’est la Crète et dont mon mari est originaire.

 

De quoi sera fait demain ? Quels sont vos projets parisiens et/ou à l'étranger ?

Je travaille actuellement sur deux projets. Le premier « Pedestrian Crossings » est une recherche esthétique et méditative qui s’inscrit dans le prolongement d’une série entamée pour une exposition collective à la galerie Magda Danysz en 2016 et que je souhaite développer à Paris. Le deuxième projet est plus anthropologique et a une dimension universelle. Je ne suis qu’au début de la réflexion, mais il y sera question d’arbres et de pirogues… 

 

Quel est votre plus grand défi aujourd'hui ?

Mon plus grand défi aujourd’hui est de trouver ma place dans le monde de l’art contemporain parisien, de faire apprécier et reconnaître mon parcours peu « classique ».

 

Si vous deviez choisir et nous dire quelques mots sur une de vos œuvres, ce serait…?

C’est évidemment dur de choisir :-)Je choisirais l’œuvre « Lilong Treasures – Triptych 3 » qui est accrochée dans mon salon. Un jour ensoleillé de mars 2013, je me promenais dans un lilong près des anciens abattoirs de Shanghai. Mon œil fut soudainement attiré par un petit auvent délabré dont les couleurs étaient particulièrement belles. Avec mon appareil photo, je mitraillais cet auvent, lui trouvant une réelle beauté abstraite. Ce fut le point de départ de longues ballades dans ces nombreux quartiers traditionnels de Shanghai à la recherche de matières, textures, couleurs différentes. Une véritable chasse au trésor.En avançant dans mon travail photographique, j’ai réalisé qu’il fallait creuser plus loin, chercher au delà des simples images, se pencher sur les fissures, les craquelures de ces auvents. Je décidai alors de retourner dans ces différents lilongs pour essayer d’y découvrir la culture, l’âme des habitants.

Les témoignages recueillis, combinés à de petits objets ramassés dans les quartiers traditionnels complètent les photos, faisant de cette série « les trésors des lilongs ».

LILONG TREASURES Expo Art+ 2015
LILONG TREASURES Expo Art+ 2015

Le « Lilong Treasures – Triptych 3 » me plait particulièrement car je trouve la composition photographique très belle, mais c’est également la puissance du témoignage qui m’émeut infiniment. La jeune femme qui l’a écrit (cf photo ci-dessus) venait de la grande ville de Chongqing et espérait trouver un avenir meilleur à Shanghai.

Elle a voulu partager la réflexion suivante :

« nǔ lì bú yī dìng chéng gōng fàng qì yī dìng shī bài  »

努力不一定成功,放弃一定失

Les efforts ne garantissent pas le succès, mais si l’on abandonne, on est certain d’échouer.

raphaellechoel

Raphaëlle Choël

Journaliste, auteure d’ouvrages et coach, Raphaëlle a été collaboratrice régulière de l'édition de Singapour dont elle a nourri généreusement les colonnes de ses portraits, idées insolites et escapades. Elle fera de même pour l’édition de Tel Aviv.
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