Lauréat de la Palme d'honneur des Palmes de l'enseignement français à l'étranger, le Collège de la Sainte Famille Fanar au Liban a été récompensé pour son projet « Par nous, pour elles ». Une chanson engagée en soutien aux jeunes Afghanes privées de leur droit à l'éducation. Sr Clémence Haddad, la directrice de l’établissement, revient sur la naissance de cette initiative.


À travers une chanson écrite, composée et interprétée par ses élèves, le Collège de la Sainte Famille Fanar a choisi de porter la voix de celles qui en sont aujourd'hui privées. Récompensé par la Palme d'honneur lors des Palmes de l'enseignement français à l'étranger, l'établissement libanais a fait de ce projet artistique un véritable engagement citoyen. Dans cette interview, sa directrice nous parle du projet « Par nous, pour elles », malgré le contexte difficile que traverse le Liban.
Comment est née l'idée de créer le projet « Par nous, pour elle » ?
L'idée du projet est née dans le cadre de notre participation à la Palme d'honneur. Nous devions réaliser une vidéo de moins de deux minutes portant un message de soutien aux femmes afghanes, aujourd'hui privées, entre autres, de leur droit fondamental à l'éducation.
Avant toute chose, nous avons pris le temps de sensibiliser les élèves à cette réalité bouleversante. Très vite, nous avons cherché la forme d'expression la plus juste pour transmettre un message fort en un temps très court. La poésie s'est imposée comme une évidence : elle permet de dire beaucoup avec peu de mots, tout en suscitant une émotion profonde.
Pour renforcer encore davantage l'impact du message, nous avons associé les images à la musique. La chanson est alors devenue le fil conducteur du projet, donnant davantage de force, de sens et d'émotion à notre engagement. Ainsi est né « Par nous, pour elles », un projet porté par la voix et la sensibilité de nos élèves, qui souhaitaient exprimer leur solidarité avec toutes celles qui sont privées de leurs droits les plus fondamentaux.
Votre établissement est situé au Liban, un pays qui traverse de nombreuses épreuves depuis plusieurs années.
Nous pouvons oser rêver le Liban de nos rêves.
Est-ce que ce contexte influence la façon dont vous accompagnez vos élèves au quotidien ?
Si le Liban traverse, depuis plusieurs années, des crises économiques, politiques et sociales sans précédent, les Libanais, et plus particulièrement les jeunes, continuent paradoxalement de faire preuve d'un formidable élan de vie. Malgré les difficultés, ils ne manquent ni d'enthousiasme, ni de courage, ni de persévérance. Ils poursuivent leurs rêves, croient encore en leur avenir et refusent de laisser les épreuves définir leur destin.
Face à cette jeunesse ambitieuse, qui veut réussir contre vents et marées et qui continue d'espérer des lendemains meilleurs, nous ressentons une immense responsabilité. Notre mission d'éducateurs dépasse largement la transmission des savoirs : il nous appartient d'être à la hauteur de la confiance que nos élèves nous accordent et de leur offrir un environnement où ils peuvent grandir, s'épanouir et croire en leurs capacités.
C'est pourquoi nous les accompagnons aussi bien sur le plan académique que sur le plan humain. Nous cherchons à développer leur esprit critique, leur sens des responsabilités et leur confiance en eux, afin qu'ils deviennent des citoyens capables d'affronter un monde souvent difficile sans renoncer à leurs valeurs. C’est dans ce sens que nous les encourageons toujours à participer à des projets ou des concours internationaux, à franchir les frontières géographiques et culturelles et surtout à s’ouvrir à l’autre et à aller toujours « plus haut et plus loin ».
Plus que jamais, nous sommes donc convaincus que l'école est un lieu d'espérance et qu’en accompagnant au mieux ces jeunes, nous pouvons oser rêver le Liban de nos rêves.
Si votre chanson pouvait être entendue aujourd'hui par les jeunes Afghanes auxquelles elle est dédiée, qu'aimeriez-vous qu'elles retiennent de ce message ?
S'il y avait une seule chose que nous souhaiterions que ces jeunes Afghanes retiennent de notre chanson, ce serait cette promesse qui la traverse : « Je remonterai. » Il ne s'agit ni d'un souhait, ni d'un espoir fragile, mais d'une certitude. En disant « Je remonterai », chacune devient actrice de son propre destin.
Les élèves ont été impliqués à chaque étape.
Comment s’est passé l'acheminement du projet avec vos élèves ? Comment ont-ils vécu cette expérience et qu'est-ce qui vous a le plus marquée dans leur implication ?
Ce projet s'est construit progressivement, comme une aventure collective. Les élèves ont été impliqués à chaque étape : de l'écriture de la chanson à sa mise en musique, au chant et puis au tournage du clip. Il était important pour nous qu'ils ne soient pas de simples interprètes d'un message, mais qu'ils en deviennent les auteurs, les ambassadeurs et les porteurs.
Ce qui m'a le plus marquée, c'est leur sincérité et leur maturité. Très vite, ils n'ont plus écrit “pour un projet”, mais pour de vraies jeunes filles dont les rêves ressemblent aux leurs. Ils ont compris que l'éducation, qu'ils considèrent parfois comme une évidence, est ailleurs un droit dont on peut être privé.
Bien sûr, le projet a demandé beaucoup d'organisation. Il a fallu coordonner les différentes étapes, composer avec les contraintes du calendrier scolaire et accompagner les élèves dans un sujet chargé d'émotion. Mais ces difficultés ont été largement compensées par leur engagement. Jamais ils n'ont perdu de vue le sens de ce qu'ils faisaient.
Au-delà de la chanson et du clip, ce projet a transformé le regard des élèves. Ils ont découvert que leurs mots pouvaient toucher, que l'art pouvait sensibiliser et que leur voix pouvait porter bien plus loin que les murs de leur classe. C'est sans doute la plus belle réussite de cette aventure. Nous avons développé leurs compétences d'écriture et d'expression artistique, mais surtout leur conscience citoyenne. Ils ont compris que l'école n'est pas seulement un lieu où l'on apprend, mais aussi un lieu où l'on s'engage, où l'on construit une pensée libre et où l'on apprend à être solidaire des autres.

Après cette distinction, quel combat ou quel projet aimeriez-vous porter désormais avec vos élèves ?
Cette distinction est une immense joie, mais elle n'est pas une finalité. J'encourage toujours mes élèves à aller “plus loin et plus haut”. Nos jeunes, pleins de verve, de créativité et de perspicacité, méritent de faire entendre leur voix et de rayonner bien au-delà des frontières du Liban.
Je leur souhaite, bien sûr, la réussite et l'excellence académiques. Mais je leur souhaite surtout de devenir des citoyens engagés, conscients de leur responsabilité envers les autres et convaincus que chacun peut contribuer à rendre le monde meilleur.
Nous resterons donc ouverts à tous les projets qui donnent du sens aux apprentissages et qui permettent aux élèves de mettre leurs talents au service de grandes causes. Cette récompense nous encourage à poursuivre dans cette voie. D'ailleurs, ce n'est pas notre première distinction internationale : nos élèves se sont déjà illustrés dans des concours littéraires, artistiques, scientifiques et sportifs. Chaque expérience leur apprend que l'excellence prend tout son sens lorsqu'elle s'accompagne d'humanité, de solidarité et d'engagement.
Au fond, notre plus beau projet reste toujours le même : former des jeunes capables de réussir, mais surtout capables de mettre leur réussite au service des autres.
Sur le même sujet































