À l'occasion de la deuxième édition des Palmes de l'enseignement français à l'étranger, organisée en mars 2026, le Lycée français Théodore-Monod de Nouakchott s'est vu décerner la Palme de l'inclusion et de la lutte contre les discriminations. Cette distinction récompense son Pôle Santé et Inclusion, un dispositif innovant qui accompagne les élèves et leurs familles dans un contexte où l'accès aux soins et aux professionnels de santé reste limité.


En Mauritanie, l'accès aux soins spécialisés reste particulièrement difficile. Le Lycée français Théodore-Monod de Nouakchott a décidé de repenser totalement son infirmerie scolaire. Une initiative qui lui a valu de remporter la Palme de l'inclusion et de la lutte contre les discriminations 2026, décernée lors des Palmes de l'enseignement français à l'étranger. Le proviseur du Lycée français Laurent Casanas revient sur le projet.
Pouvez-vous nous parler concrètement du projet et de la manière dont il a été préparé ?
Nous avons la chance d'avoir une infirmerie scolaire qui s'est développée ces dernières années. En République islamique de Mauritanie, nous faisons face à un véritable désert médical et l'infirmerie scolaire n'existe pratiquement pas dans les autres établissements. Il y a très peu, voire pas du tout, de spécialistes des troubles des apprentissages ou de l'accompagnement du jeune enfant. Notre infirmerie s'est progressivement s'est peu à peu développée avec deux infirmières d'État, franco-mauritaniennes, formées en France et revenues s'installer dans leur pays. Avec la croissance de l'établissement, qui accueille aujourd'hui 1.400 élèves, elles ont commencé à chercher des solutions aux problématiques rencontrées par les familles, souvent de manière très pragmatique.
À mon arrivée il y a deux ans, j'ai découvert des professionnels extrêmement engagés. Ensemble, nous avons décidé de faire évoluer cette infirmerie vers un véritable Pôle Santé, en réunissant autour de nos deux infirmières différents membres : les équipes de direction, le conseiller principal d'éducation, des médecins partenaires, un orthophoniste. Des personnes qui sont installées en Mauritanie grâce à leur travail, ainsi que plusieurs professionnels mobilisés avec le soutien de l'ambassade de France et du ministère mauritanien de la Santé.

Comment est née l'idée de transformer une simple infirmerie en un Pôle Santé inclusif ?
Le besoin est né du terrain. Nos familles ne trouvaient pas toujours de réponses à l'extérieur de l'établissement et nos infirmières cherchaient déjà, depuis plusieurs années, des solutions.
En Mauritanie, il n'existe quasiment pas de spécialistes autour des troubles des apprentissages, de la santé scolaire ou de certains accompagnements médicaux. L'école est donc devenue un lieu d'écoute, de prévention et parfois le premier endroit où les difficultés sont repérées.
Nous avons voulu aller bien au-delà de la simple "bobologie". Le Pôle Santé accompagne les élèves sur les plans médical, psychologique, éducatif et social. Il travaille également avec les familles, l'UNICEF Mauritanie et de nombreux partenaires afin d'anticiper les difficultés scolaires, médicales ou émotionnelles.
Aujourd'hui, les ressources médicales sont limitées. Est-ce que cette contrainte vous a finalement poussé à inventer un modèle d'école plus innovant ?
Oui, clairement. Nous avons dû construire un modèle qui répond réellement aux besoins du pays. La Mauritanie est un pays avec un contexte très particulier, avec des réalités sociales, culturelles et sanitaires qui demandent beaucoup de tact et de pragmatisme. Nous abordons des sujets sensibles tout en respectant les réalités locales. Je pense que ce qui est innovant, c'est justement d'avoir créé un modèle qui répond aux contraintes du pays. Dans un environnement où les ressources sont limitées, nous avons fait évoluer une infirmerie vers un véritable Pôle Santé. C'est une approche qui va bien au-delà des soins et qui met l'inclusion, la prévention et l'accompagnement des familles au cœur du projet.
Suite à cette réussite, est-ce que d'autres écoles vous sollicitent pour s'inspirer de votre modèle ?
Non, pas encore. En revanche, cette reconnaissance s'ajoute à d'autres distinctions que nous avons obtenues, notamment le label AEFE E-nov et le label Génération 2030.
Aujourd'hui, notre priorité est surtout de consolider ce qui existe, de structurer notre politique d'école inclusive et, à terme, de voir dans quelle mesure ce modèle pourrait être partagé avec d'autres établissements du réseau AEFE confrontés à des contextes similaires.

Avez-vous de nouveaux projets que vous souhaitez développer autour de l'inclusion ?
Nous n'avons pas de nouveau projet à proprement parler. Notre priorité est désormais de consolider ce que nous avons construit. Nous allons structurer davantage notre politique inclusive dans le cadre de notre projet d'établissement, l'évaluer, l'améliorer et la faire vivre dans le temps.
Nous souhaitons également accompagner le développement du réseau AEFE en Mauritanie, qui compte désormais plusieurs établissements homologués. L'idée est aussi de voir comment notre expérience pourrait servir de modèle et être mutualisée avec d'autres établissements confrontés aux mêmes contraintes.
Aujourd'hui, notre objectif est de structurer, coordonner et pérenniser un réseau d'acteurs de santé, de prévention et de protection autour de l'école afin d'apporter des réponses adaptées aux besoins de nos élèves.
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Auriez-vous un message à faire passer à nos lecteurs ?
Cette Palme n'était pas une finalité. Notre premier objectif était de formaliser notre projet et de faire connaître ce que nous avions construit. Nous souhaitons continuer à développer cette politique d'école inclusive autour du Pôle Santé, mais surtout donner de l'espoir aux familles qui se sentent parfois démunies lorsqu'elles ont un enfant à besoins particuliers.
Nous voulons également montrer qu'il est possible d'innover, même dans un contexte sanitaire et social complexe. Enfin, cette réussite est avant tout celle de nos équipes. Sans nos deux infirmières et sans tous les professionnels engagés à leurs côtés, ce projet n'aurait jamais vu le jour. C'est vraiment leur implication qui fait vivre ce Pôle Santé au quotidien.
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