Depuis le Maranhão, en plein cœur du Brésil, George n'y croyait pas. « Une soirée incroyable », souffle ce Français installé dans une ONG auprès des populations indigènes. Alors que Luiz Inácio Lula da Silva vient d'être réélu pour un quatrième mandat, il raconte à lepetitjournal.com une mobilisation « très inspirante » qu'il dit avoir vécue de l'intérieur. Une victoire saluée dans le monde entier, d'Emmanuel Macron à Ursula von der Leyen, ouvrant un nouveau chapitre dans les relations entre la France et le Brésil ?


« Une soirée incroyable » selon George depuis le Maranhão
« On n'imaginait pas que Lula allait complètement retourner la situation. C'est assez incroyable, c'est formidable. Il n'était vraiment pas favori après le premier tour. » Au lendemain de l'élection, George, Français installé dans l'État du Maranhão pour travailler au sein d'une ONG, peine encore à réaliser le renversement de situation. Après un premier tour dominé par Flavio Bolsonaro, fils de l'ancien président Jair Bolsonaro, il raconte avoir assisté à une mobilisation qu'il juge décisive. « Il y a eu une union très forte au Brésil, très inspirante de la part de tout le monde, des artistes, des gens. Il y a eu beaucoup de personnes qui s'étaient abstenues au premier tour qui ont voté. »
Selon les résultats officiels, Lula s'est finalement imposé avec 51,79 % des suffrages (soit 64 256 232 votes) devenant le premier candidat depuis le retour de la démocratie en 1985 à renverser un retard enregistré au premier tour pour remporter la présidentielle. Après avoir évoqué l’annulation du scrutin au lendemain de la victoire de Lula, Flavio Bolsonaro a finalement fait marche arrière lundi 26 octobre 2026 dans la soirée et reconnu le résultat. Il entend contester la candidature de Lula, qu’il accuse d’ « abus de pouvoir » économique et politique.
Avec la réélection de Lula, quels sont les enjeux pour la relation France/Brésil ?
Au-delà de la mobilisation populaire, la réélection de Lula pose la question de l'avenir des relations entre la France et le Brésil. Pour Benoît Larrouquis, député de la deuxième circonscription des Français établis hors de France (Amérique latine & Caraïbes), le scrutin s'inscrit dans la continuité d'un partenariat stratégique entre les deux pays : « La France et le Brésil » coopèrent de longue date dans les domaines de « la défense, de l'industrie, de la recherche, de l'énergie et de la protection de l'environnement », rappelle-t-il. Parmi ses priorités, la protection de l'Amazonie occupe une place particulière. Le député évoque les alertes lancées par des représentants des peuples autochtones qu'il a récemment reçus : « la déforestation et les ravages de l'orpaillage illégal, qui pollue les rivières au mercure et menace directement leurs communautés ». Avec plus de 700 kilomètres de frontière entre la Guyane française et l'État brésilien de l'Amapá, les deux pays ont, selon lui, tout intérêt à renforcer leur coopération.
« Les efforts engagés par le Brésil ces dernières années contre la déforestation doivent être poursuivis et amplifiés », insiste-t-il, en souhaitant également une action commune contre « l'orpaillage illégal et les trafics transfrontaliers ». Le député souligne aussi les perspectives économiques de ce rapprochement. « Le Brésil est une grande puissance économique, avec laquelle la France dispose encore d'importantes possibilités de développement commercial », estime-t-il. Un enjeu qui s'inscrit notamment dans les débats autour des relations entre l'Union européenne et le Mercosur : « la nécessité de concilier ouverture commerciale, réciprocité et protection de nos filières sensibles ». Dans un contexte international marqué par de fortes tensions, Benoît Larrouquis considère enfin que « le dialogue entre la France et le Brésil est précieux ».
Une victoire au Brésil qui rassure certaines populations
George n’est pas un spécialiste de la politique, loin de là : « je ne veux pas rentrer dans ce jeu-là, surtout au Brésil. » Mais son travail auprès des communautés indigènes donne une résonance particulière au scrutin : « dernièrement, il se trouve que je travaille avec les indios, les indigènes, les indígenas brésiliens. Et donc, eux aussi, il valait vraiment mieux pas que l'extrême droite retourne au pouvoir. » Il évoque également les violences dont il dit avoir été témoin dans la région durant les années Bolsonaro. « Pendant les quatre ans de Bolsonaro, il y a eu des massacres. À deux heures de chez nous, il y a eu des choses absolument ignobles qui se sont passées. »
« Pour mon quotidien, cela ne change rien ». Installé loin des grandes villes, George observe que les fractures locales demeurent profondes : « le Brésil est un pays riche, mais au niveau local, il y a une corruption qui est tellement forte (...) que finalement le pays n'arrive pas à se défaire de cette dualité entre les riches et les pauvres, les très riches et les très pauvres. »
Une vague de réactions internationales après la victoire de Lula
À Paris, la réaction d'Emmanuel Macron est arrivée quelques heures après l'annonce des résultats. Sur X, le président français a félicité Lula.
Toutes mes félicitations @LulaOficial pour ta réélection. La France et le Brésil ont beaucoup à construire ensemble. Face aux grands défis de notre temps, renforçons notre partenariat stratégique et faisons vivre l’amitié entre nos deux pays au service d’un monde plus juste.
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) October 26, 2026
La victoire de Lula a suscité des réactions rapides en Europe et en Amérique latine. Ursula von der Leyen a salué « la démocratie et le multilatéralisme » qui, selon elle, « ont triomphé au Brésil », tout en promettant de poursuivre la coopération entre l'Union européenne et Brasilia, notamment sur le climat et le commerce. António Costa, président du Conseil européen, a affirmé vouloir approfondir les liens entre l'Europe et le Brésil. Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, a lui aussi félicité Lula, voyant dans cette victoire un signal pour le « retour du progressisme mondial ». La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a également adressé ses félicitations au président brésilien.
Une communauté française finalement divisée face à la victoire de Lula ?
Si la réélection de Lula est saluée par plusieurs dirigeants internationaux, elle ne suscite pas le même enthousiasme chez tous les Français installés au Brésil. Bertrand Dupont, sénateur des Français de l'étranger et conseiller des Français de l'étranger élu dans la troisième circonscription du Brésil, autour de São Paulo, appelle à distinguer les attentes selon les secteurs professionnels : « le Brésil est un pays polarisé politiquement. La communauté française l'est également ». Selon lui, une partie des entrepreneurs était davantage favorable au camp Bolsonaro, en raison de son orientation économique. « Bolsonaro avait un côté beaucoup plus libéral et beaucoup plus proche de l'entrepreneuriat », soutient-il, « donc la plupart des entrepreneurs appuyait la candidature de Flávio Bolsonaro. »
À l'inverse, « tous ceux qui sont dans la partie culturelle, coopération scientifique, doivent certainement se réjouir de l'élection de Lula », estime le sénateur. Pour autant, Bertrand Dupont ne prévoit pas de rupture dans les relations économiques entre les deux pays. « La politique est quand même relativement détachée de l'économie au Brésil », souligne-t-il, rappelant le poids des investissements français dans le pays. Il estime ainsi que les collaborations déjà engagées devraient se poursuivre : « Il y a des collaborations qui sont faites avec les équipes sur les quatre dernières années qui se passent bien. Et je ne vois pas de raison que ça puisse changer dans les prochaines années. » Reste la question de la corruption, qui nourrit les interrogations dans les deux camps : « Toutes les questions qui se posent par rapport à la corruption sont primordiales, puisqu'il y a plusieurs enquêtes qui sont en cours, tant sur un camp que sur l'autre. »
« Il y a eu une union très forte au Brésil, très inspirante. » conclut George*.
*Le prénom à été changé*






























