TikTok : le nouveau visage de la communication politique pour la présidentielle 2022 premium

Par Anne-Claire Voss | Publié le 12/12/2021 à 18:00 | Mis à jour le 29/12/2021 à 12:11
L'application TikTok et le drapeau français

L’élection présidentielle arrive à grands pas et les réseaux sociaux, comme en 2017, prennent une place importante dans la campagne. Cette année, les candidats se sont lancés sur la plateforme de vidéos en ligne : TikTok. lepetitjournal.com a mené l’enquête afin de connaitre le réel impact de cette application sur la campagne électorale.

 

Téléchargé plus de 3 milliards de fois, TikTok est défini par le New-York Times comme « l’application pour la culture des jeunes et la culture en ligne en général ».  Le principe est simple, partager des vidéos d’une durée de 15 secondes à 3 minutes. Elle fait fureur chez les jeunes, mais également chez les politiques, qui l’utilisent désormais comme un nouveau moyen de communication. Bien loin des vidéos humoristiques et de danses, ils surfent sur cette nouvelle vague numérique, qui leur permet de créer et d’établir un lien direct avec le jeune électorat de moins en moins sensible aux canaux traditionnels.

 

Graphique comparant les abonnés TikTok et Instagram de quatre candidats à l'élection présidentielle de 2022

 

Tik Tok : Le nouveau terrain de jeu des politiques

Le président ne s’y est pas trompé et est le tiktokeur politique, le plus suivi avec 2,8 millions d’abonnés. Emmanuel Macron a même rassemblé environ 1 million de participants lors de ses lives dédiés aux interrogations des internautes. De tous bords politiques, la course à celui qui fera le plus de like est lancée, Jean-Luc Mélenchon de La France Insoumise, est lui aussi dans cette furieuse guerre à l’audience et additionne au total 6,1 millions de j’aime et 736.000 abonnés.

@zemmour_eric

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♬ son original - Zemmour_Eric

Côté extrême droite, Marine Le Pen a réussi à atteindre la barre des 252.000 abonnées et cumule avec ses vidéos de meetings plus de 1,6 million de vues. Dernièrement, la vidéo de candidature à la présidentielle de 2022 d’Éric Zemmour (suivi par 129.000 de followers) a comptabilisé quasiment 130.000 visionnages ! Néanmoins, Philipe Poutou, Anne Hidalgo ou encore Valerie Pécresse et Yannick Jadot se refusent à utiliser TikTok. Ce sont des comptes fans ou politiques qui reprennent leurs punchlines et discours. Le compte millenialpolitics comptabilise 1,8 million de j’aime sur la plateforme soit presque autant que le président français.

 

La présence des candidats à la présidentielle n’est pas la seule sur ce réseau et toute la scène politique s’y met. Les contenus TikTok les plus vendeurs sont très probablement ceux du ministre de la Transition écologie chargé des Transports, Jean-Baptiste Djebbari. Avec un ton léger et 605,3K d’abonnés, le ministre se met en scène en dévoilant son quotidien. Pour exemple, il présente non sans humour les différentes inventions technologiques françaises comme le 1er Airbus A220 d’Air France ou encore les avions et voitures à hydrogènes.

@jlmelenchon

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♬ son original - Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon et Wejdene devant le métro

Désormais, deux méthodes de communication bien distinctes existent, celle très conventionnelle en directe sur les plateaux de télévisions ou lors des meetings, très proches des agendas et des programmes annoncés, et l’autre, utilisée sur les réseaux, appelée la communication « bio-politique ». Elle dévoile ainsi les coulisses de la politique pour désacraliser le rôle officiel des candidats, pour se faire apprécier au mieux de la jeune génération.

 

En bio-politique, les sujets abordés sont majoritairement « superficiels ». Le féminisme, le racisme ou l’environnement, principales causes abordées par les communautés sur les réseaux, sont peu relayées par les politiques. Lorsque Jean-Luc Mélenchon cite Wejdene devant la station de métro République, le candidat de La France Insoumise ne cherche pas à s’étendre sur son programme mais à prouver qu’il est toujours d’actualité et fin connaisseur des codes de la jeunesse.

 

Les politiques adoptent un langage bien différent sur TikTok que sur les autres réseaux sociaux. Sur Twitter, avec la limite des 280 caractères, il faut une phrase sur le chaud, en direct et politique. Pour exemple, Emmanuel Macron a utilisé l’application pour remercier la chancelière allemande « Merci, chère Angela, de n'avoir jamais oublié les leçons de l'Histoire, d'avoir tant fait pour nous, avec nous, pour faire avancer l’Europe ». Le député européen socialiste, Raphaël Gluksmann, a, quant à lui et plus sérieusement, utilisé Instagram pour dénoncer le mauvais traitement des Ouïghours, dans l’espoir de se faire entendre. Sur un sondage de 100 instagrammeurs entre 18 et 25 ans, 77% des personnes connaissaient ses publications de par les partages.

 

@emmanuelmacron

Répondre à @lolaclrvms

♬ son original - Emmanuel Macron

« TikTok n'est pas un bureau de vote »

Selon Society, le porte parole du gouvernement, Gabriel Attal, expliquait hors micro et sans sondage qu’il fallait aller chercher la jeunesse « là où elle est, chez Hanouna et sur les réseaux sociaux, parce que les canaux traditionnels ne les intéressent pas du tout. » Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et d’autres candidats à la présidentielle apparaissaient déjà en 2017 sur Snapchat avec le filtre chien, chat, nounours et même biche. Créer une proximité, rire, tout était permis aux représentants censés conserver une image sérieuse.

 

La maîtresse de conférence en Science de la Communication Laurence Allard affirme cependant que « les jeunes sont au courant des vidéos TikTok. Les sujets de fond ne sont pas abordés ou que très rarement. Ils connaissent certains candidats de par ce biais. Cependant, TikTok n'est pas un bureau de vote ». Un sentiment partagé par une vingtaine d’interviewés entre 18 et 25 ans  : « La présence des politiciens sur les réseaux ne me dérange pas mais la forme des discours laisse perplexe » confie un jeune homme de 22 ans. Pour d’autres, cette démarche « ciblant un jeune électorat faisant totalement oublier les programmes pour un capital de sympathie acquis sur TikTok » . Certains, même, n’hésitent pas à être plus virulents : « Cela ne me donne pas du tout envie d’aller voter alors que nous sommes les premiers censés vouloir nous assurer un avenir… Tout cet engouement pour l’image que nous observons sur les réseaux est très surfaite. »

 

Ces témoignages expriment une colère chez la jeune génération qui ne se retrouve pas dans les contenus TikTok peu sérieux des hommes et femmes politiques, qui semblent moquer également l’intérêt grandissant des jeunes pour les problématiques d’avenir, comme l’égalité, la solidarité ou l’environnement. Une étudiante de la Sorbonne l’affirme : « Nous n’avons pas envie de voter pour des clowns. »

 

 

 

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Anne-Claire Voss

Anne-Claire Voss

Diplômée d'un Bachelor en Management et médiation culturelle à l'ICART (Paris), elle décide de réaliser un Master en journalisme à l'ISFJ (Paris) et de se former avec notre rédaction.
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