Le conflit au Moyen-Orient a entraîné une hausse du prix des matières premières, qui se définit par le terme “choc énergétique”. Le marché international entier est touché, et les pays sont contraints de trouver des solutions. La situation instable ne permet pas de déterminer l’impact dans le temps de ce choc énergétique. Peut-on parler de choc pétrolier, au même titre que ceux dans le passé ?


“Évidemment, un choc pétrolier n’est pas une bonne nouvelle pour les comptes de l’État”, tonne le ministre de l'Économie, Roland Lescure, le 24 mars 2026, devant l’Assemblée nationale. Cette annonce contredisant le ton rassurant de Sébastien Lecornu, a vite été corrigée par le ministre de l’Économie. Mais ce terme n’est pas passé inaperçu. Peut-on parler d’un choc pétrolier ? Lepetitjournal.com a tenté de répondre à cette question en analysant cette crise encore floue.
“Une hausse brutale du prix des matières premières”
Concrètement, qu’est ce qu’un choc pétrolier ? Le conflit au Moyen-Orient a entraîné une hausse des prix du pétrole. La réduction de production dans certaines zones touchées par des bombardements et la fermeture de voies d’échanges, notamment le détroit d’Ormuz, a eu de grandes conséquences sur le marché du pétrole. Le prix du baril de pétrole était de 64,38$ le 7 avril 2025. Il est monté à 144,42$ le 7 avril 2026, un jour avant l’annonce d’une trêve de 15 jours entre les États-Unis et l’Iran.
Stéphanie Villers, économiste et conseillère économique chez PWC France, définit la situation de “choc énergétique”. Elle explique ce terme : “C’est une hausse brutale du prix des matières premières indispensables à nos productions. Ces prix s'installent durablement et changent les références de base en termes de prix.”
La crise touche l’ensemble des biens
De nombreux secteurs sont touchés : le prix des transports, mais aussi le prix des biens. Stéphanie Villers classe les conséquences de ce choc énergétique. La première est “les prix du carburant et du gaz qui augmentent. Les Français ayant besoin de leurs voitures quotidiennement ont rapidement vu les répercussions.” Se déplacer devient plus cher pour les particuliers, pour les entreprises et pour les fournisseurs. L’économiste compare la situation au début de la guerre en Ukraine en février 2022. “Cette fois, les ménages français savent à quoi s'attendre. Il y a une certaine forme de crispation de leur part, ils craignent pour la suite.”
Les Français pâtissent de cette hausse du prix du pétrole. Des solutions sont proposées par les différents partis politiques pour apporter une aide. Il y a notamment la proposition de baisser les taxes sur le carburant, de bloquer le prix du carburant pendant plusieurs mois en compensant les distributeurs, d’utiliser la réserve stratégique de la France, ou encore de proposer des chèques énergie. Mais toutes ces mesures coûteraient cher à la France, qui envisage quelques aides ciblées. Stéphanie Villers souligne : “Il n'y a pas d'argent magique. L’argent nécessaire pour ces aides, l'État ne l'a plus.”
La deuxième conséquence, dont la diffusion sera plus lente, touche à “l'ensemble des prix des biens.” Toutes les marchandises que nous consommons sont acheminées et produites par des machines requérant l'utilisation du pétrole et de l'électricité. La crise énergétique contrôle notre accès à ces marchandises, et leur coût. “Le taux d'inflation en France, est passé de 0,9% en février 2026 à 1,7% en mars 2026. On a presque doublé”, précise l’économiste. Mais les consommateurs ne sont pas encore témoins de cette hausse des prix.
Un choc énergétique à grande envergure
Le retentissement du choc énergétique est global : “Le conflit est international. Il touche à l'ensemble du monde économique”, observe Stéphanie Villers. La France dépend encore beaucoup de ces énergies, mais elle est parvenue à s’en détacher. À l’inverse, l’Allemagne ou l’Italie sont “davantage dépendantes du gaz. Ils n’ont pas beaucoup d’énergie nucléaire”. Les pays européens trouvent des solutions pour apaiser les prix du pétrole. Le gouvernement italien a prolongé jusqu’au 1er mai la réduction des accises sur le carburant. En Lituanie, les billets de train sont réduits de 50% jusqu’au 31 mai, afin de minimiser les trajets en voiture.
“Le conflit est international. Il touche à l'ensemble du monde économique”
Comme nous l’explique Stéphanie Villers, l’Europe a connu une situation similaire à travers la guerre en Ukraine. Les pays européens ont donc appris à diversifier leurs fournisseurs et à se détacher du marché russe. Cependant, ce conflit ne touche pas que l’Europe. Une grande partie de l’Asie est concernée. “Le Japon s'approvisionne en pétrole à plus de 80% dans la région du Moyen-Orient, pour la Chine c’est 50 % de son approvisionnement”, assure-t-elle, “Ils sont fortement impactés. Si la situation ne s’améliore pas, ils vont être contraints de chercher ailleurs. Ils feront alors concurrence à notre demande en matière fossile.”
Un conflit pouvant s’inscrire dans la durée
Les négociations pour la trêve de 15 jours entre les États-Unis et l’Iran, ayant pris place au Pakistan, ont été un échec. Lundi 13 avril, l'armée américaine a imposé un blocus des ports iraniens. “Le vrai problème, c’est la volatilité de la situation”, s’inquiète l’économiste, “On n'a jamais connu un tel niveau d'instabilité au niveau géopolitique, avec un tel risque macroéconomique.” Le conflit est ponctué de hauts et de bas auxquels le marché réagit, mais aucune finalité n’est assurée.
“On n'a jamais connu un tel niveau d'instabilité au niveau géopolitique, avec un tel risque macroéconomique.”
Se dirige-t-on vers un nouveau choc pétrolier ?
Le premier choc pétrolier a été déclenché en 1973, par la guerre du Kippour. À l’époque, les États-Unis et l’Europe étaient fortement dépendants du Moyen-Orient pour le pétrole. Les pays fournisseurs ont donc fait hausser les prix, comme monnaie de négociation afin de faire pression sur les pays impliqués (les États-Unis ou le Pays-Bas). Le dernier et 3e choc pétrolier a eu lieu en 2008. La demande de pétrole a fortement augmenté avec la montée en puissance de pays comme la Chine.
Pour l’instant, en avril 2026, le conflit et la crise énergétique sont encore trop récents pour déterminer si nous vivons un choc énergétique. Cependant, tous les ingrédients sont là. Si la guerre est résolue d’ici la fin du mois, le choc sera majoritairement absorbable. Plus le temps passe, plus la crise laissera des traces sur l’économie française. Mais le marché mondial du pétrole n’est plus le même qu’en 1973. Les pays du Moyen-Orient ne dominent plus autant, les fournisseurs se sont diversifiés.
La volatilité du conflit empêche de déterminer le point de non-retour. Stéphanie Villers ne sait pas si cette situation deviendra durable, et insiste sur l’impuissance des pays touchés : “On attend et on espère, pour voir ce qui va devenir de ce conflit.”
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