D’après le Sipri, la quantité de flux mondiaux d’armes a augmenté entre 2021 et 2025. La France est devenue le deuxième plus grand fournisseur d’armes au monde. En développant son marché d’armes à l’international, la France projette sa souveraineté. Parviendra-t-elle à conserver sa place influente ?


La France est le deuxième plus grand fournisseur d’armes au monde, d’après l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Elle a atteint la deuxième place en étant responsable de 9.8% des flux d’armes mondiaux, et en augmentant de 20% ses exportations par rapport à la période de 2016 à 2020. Sur les 63 pays auxquels elle exporte des armes, la majorité des parts va en Inde (24%), en Égypte (11%) et en Grèce (10%).
Les transferts mondiaux d’armes se sont envolés, en augmentant de 9,2% ces 5 dernières années. Les États-Unis restent en tête du secteur. Responsables de 42% du transfert d’armes entre 2021 et 2025, ils profitent des besoins de l’Europe. C’est la première fois en 20 ans que la majorité des parts d’importations d’armes va en Europe plutôt qu’au Moyen-Orient.
S'imposer en renforçant l’exportation à l’internationale
D’après Thibaud Mulier, maître de conférences en droit public à l'Université Paris Nanterre, une augmentation significative était déjà observée sur la dernière période étudiée (2016-2020). La percée de la France était donc “prévisible sur certains aspects”. “ C’est majoritairement dépendant d’une conjoncture : la guerre en Ukraine et un contexte mondial d’armement, mais aussi la consolidation d’un positionnement fort sur ce marché, qui était prévisible.“ La Russie, qui comptait environ 20% des exportations d’armes dans le monde, a vu ses exportations chuter dû au conflit, permettant à la France de se hisser à la deuxième position.

L’exportation d’armes à l’international reste relativement récente en France, François Hollande a encouragé son développement pendant son mandat. La France dépendait alors majoritairement d’un marché domestique. “La majorité des armes produites en France étaient achetées par l’armée française qui ne pouvait pas tout absorber, surtout dans un contexte où l’armement n’était pas une priorité”, justifie Thibaud Mulier. L’ancien président est parvenu à développer le marché en augmentant les livraisons d’armements français de près de 45%, notamment grâce des contrats emblématiques avec l’Égypte ou l’Inde.
En s’affirmant dans le secteur en 2026, la France envoie un message. “C’est une façon d’illustrer sa puissance et sa souveraineté à l’international, et donc une forme de politique diplomatique offensive” affirme Thibaud Mulier. Mais ce marché cache également une logique économico-sociale en faveur du bien national. Le maître de conférence indique : “Ce secteur offre environ 300 000 emplois directs, et 900 000 indirectement. Il y a un vrai bassin d’emplois autour du secteur, ces industries ne doivent pas faire faillite. ”
C’est une façon d’illustrer sa puissance et sa souveraineté à l’international, et donc une forme de politique diplomatique offensive
Un marché d’armes français indépendant
Les nombreuses entreprises françaises du secteur permettent à la France de s’imposer (Dassault aviation, MBDA, Thales, Naval Group, Nexter, Safran….). Elles proposent une grande industrie d’armement touchant aux armes navales, aériennes, et terrestres. Le groupe Thales, spécialisé dans la défense et l'aérospatial, a annoncé ce 11 mars, le lancement de “SkyDefender”, un dôme de défense aérienne et antimissile doté d’Intelligence Artificielle.
Les armes concernées par ce marché sont les armes lourdes terrestres, navales et aériennes : les avions de combat et de transport, les navires, ou encore les systèmes de défense aérienne ou de missiles…. Le marché français est notamment marqué par le Rafales, un avion de chasse polyvalent, ou le Char Leclerc, un char de combat.
L’industrie française bénéficie également d’une réputation grâce à son ancienneté, et elle est autonome pour créer des armes : “La France est majoritairement indépendante des autres pays pour la confection des armes, excepté pour quelques composants. Nous sommes capables de faire de l’armement très généraliste.”
“Le marché de la vente d’armes en France peut se maintenir, tant qu’il reste dynamique et approvisionne un cercle proche européen,” indique le maître de conférence, “en Europe, il y a une volonté d’indépendance face aux États-Unis, qui se traduit aussi dans l’armement.” D’après ce dernier, à court terme, le marché d’exportation d’armes va rester performant pour la France. À condition de garder des échanges dynamiques, en envisageant de nouveaux partenaires, notamment en Europe où la demande augmente.
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