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Thomas Rivière : « Le Petit Prince fait du bien à la culture française à l’étranger » premium

Par Maël Narpon | Publié le 01/05/2022 à 18:00 | Mis à jour le 02/05/2022 à 10:33
Thomas Rivère, arrière-petit-neveu d'Antoine de Saint-Exupéry et Brand Manager du Petit Prince

Quelle oeuvre littéraire participe au rayonnement de la France à travers le monde et le temps si ce n’est Le Petit Prince ? L’enfant venu de l’espace créé par Antoine de Saint-Exupéry a beau avoir fêté ses 75 ans en France, il a l’air plus jeune que jamais, et ce n’est pas Thomas Rivière, arrière-petit-neveu de l’auteur, qui dira le contraire.

 

Le Petit Prince célébrait en 2021 le 75ème anniversaire de sa parution en France, et célèbrera l’année prochaine le 80ème anniversaire de sa publication aux Etats-Unis. L’ouvrage de littérature française le plus connu de la planète (la Terre, pas celle du Petit Prince) avait d’abord été publié aux Etats-Unis en anglais et en français en 1943, alors qu’Antoine de Saint-Exupéry s’y était installé pour tenter de convaincre le pays de s’impliquer dans la Seconde Guerre mondiale.

75 ans plus tard, Le Petit Prince est un phénomène mondial qui touche toutes les générations dans de nombreux pays. Il est l’oeuvre littéraire française la plus vendue à travers le monde chaque année (cinq millions d’exemplaires), ainsi que l’ouvrage le plus traduit, ayant été adapté dans 500 langues et dialectes différents.

Loin de se reposer sur ses lauriers, Le Petit Prince est au coeur de nombreux projets en France et dans le monde. Que soit au théâtre, à l’écran ou en bande-dessinée, il continue à fasciner petits et grands et reste selon Thomas Rivière, Brand Manager du Petit Prince, « un livre que l’on transmet, que l’on offre à ses enfants, ses petits-enfants, aux personnes que l’on aime ». C’est lui qui, aux côtés de la fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse, est à l’initiative de nombre des projets mettant à l’honneur Le Petit Prince et cherchant à le faire découvrir à un public toujours plus vaste. Il a répondu à nos questions pour discuter de celui qui est probablement l’expatrié français le plus connu au monde.

 

Comment Le Petit Prince a-t-il célébré ses 75 ans ?

Pour célébrer les 75 ans français, Le Petit Prince étant un livre, il était naturel de célébrer cet anniversaire en librairie. Il représente 5 millions d’exemplaires vendus par an dans le monde, pour plus de 200 millions d’exemplaires vendus depuis 1943. Nous avons ainsi fêté cet anniversaire de la plus belle des manières : il y a eu le somptueux livre anniversaire Dessine-moi le Petit Prince, paru chez Gallimard, qui reprend les dessins et les textes originaux mais aussi la contribution de 32 dessinateurs de bande-dessinée qui ont tous rendu hommage au Petit Prince. Il y a également eu des rééditions incroyables du Petit Prince avec un livre carrousel, une édition en Folio avec une couverture en dur, un coffret avec une figurine, ou encore un grand album. Il s’agissait là du dispositif mis en place du côté éditorial mais nous avons aussi eu droit à un timbre anniversaire pour les 75 ans, un carnet de timbre à La Poste avec 3 millions d’exemplaires. Le Petit Prince a voyagé partout en France grâce à ces timbres. Le symbole est fort pour le pionnier de l’aéropostale qu’était Saint-Exupéry.

 

Affiche pour l'exposition "à la rencontre du Petit Prince" au musée des arts décoratifs de Paris

 

Nous avons aussi produit une collection de pièces de monnaie anniversaires en or et en argent en partenariat avec la Monnaie de Paris avec qui nous travaillons depuis 30 ans. Il y a eu des expositions, notamment à Lyon et Toulouse, qui ont réuni 150.000 visiteurs malgré la pandémie. Celle de Lyon a d’ailleurs déménagé à Bruxelles, où elle cartonne depuis début janvier avant de continuer à voyager, notamment à Barcelone et Singapour l’année prochaine, le but étant qu’elle fasse le tour du monde. Une série télévisée d’animation, destinée aux enfants, arrivera aussi à l’antenne sur France 3. Elle est actuellement en cours de production, je valide les épisodes un à un en ce moment, et visera à faire redécouvrir l’oeuvre à travers une multitude de petites histoires à nouveau racontées avec les valeurs du Petit Prince. Des comédies musicales tournent également en Espagne et au Portugal.

 

Le Petit Prince est l’ouvrage de littérature française le plus au monde et le 2ème plus traduit (500 langues), comment expliquez-vous un tel succès à l’international ?

Il s’agit certainement en effet du livre qui fait rayonner le plus la langue française et ce qu’est la France. Nous ne nous rendons pas compte à quel point il fait du bien à la culture française à travers le monde. Il est connu et reconnu partout, ce qui est vraiment exceptionnel. Le Petit Prince est dans le domaine public, en tant que successeurs familiaux nous ne touchons plus de droits dans la majorité des pays. Chaque fois que cela arrive dans un autre pays, nous passons d’un éditeur qui avait les droits à un grand nombre d’éditeurs, ce qui rend Le Petit Prince encore plus disponible et accessible.

 

Le Petit Prince dans plusieurs  éditions étrangères différentes
Le Petit Prince dans plusieurs langues différentes. 

 

En Chine, où il y a plusieurs dizaines d’éditions sur le marché, nous avons collaboré avec un éditeur pour faire une édition « officielle » en quelque sorte et celle-ci se vend à un million d’exemplaires par an. Il faut savoir que le chiffre officiel de cinq millions d’exemplaires vendus par an n’est qu’une estimation, le chiffre réel est probablement plus élevé. D’un autre côté, Le Petit Prince cartonne grâce au public. Nous avons l’habitude de dire qu’avec ce livre « 1=3 » car lorsque quelqu’un l’achète, la personne va l’offrir ou le transmettre à quelqu’un d’autre, à un être aimé, à des amis, ou en tant que cadeau de naissance. Lire Le Petit Prince est une expérience personnelle très forte que l’on cherche à partager en l’offrant à une autre personne. La lecture est un moment solitaire, et offrir Le Petit Prince ou un produit dérivé c’est prolonger l’histoire et faire entrer de nouvelles personnes dans cette grande famille.

 

Comment Le Petit Prince a pu inspirer toutes ces générations de lecteurs ?

La durée et l’universalité du Petit Prince font sa force. Le livre marche partout, il touche tous les individus. Peu importe d'où vous venez, il vous touchera de la même façon parce que ce sont des valeurs universelles. Celles-ci touchent à la fois toutes les générations, toutes les langues, toutes les cultures, parce que l’on y parle de choses absolument incroyables, d'une simplicité folle. Il parle d'amitié, de créer des liens, de la force et de la chance d'avoir des amis autour de nous, des personnes proches, des personnes avec qui nous pouvons partager. On y découvre la vision de Saint-Exupéry sur la beauté des femmes, sur la difficulté d’une relation, les conflits qu’il a eu avec son épouse qu’il a toujours retrouvée.

 

Saint-Exupéry est un visionnaire à tous points de vue puisqu'il parlait déjà de prendre soin de sa planète à une époque où l’environnement du monde n’était pas la préoccupation numéro un

Nous y retrouvons d’autres éléments extraordinaires compte tenu de l’année de publication de l’ouvrage. Quand Le Petit Prince se lève, il fait sa toilette ainsi que celle de sa planète. Saint-Exupéry est un visionnaire à tous points de vue puisqu'il parlait déjà de prendre soin de sa planète à une époque où l’environnement du monde n’était pas la préoccupation numéro un. Il était visionnaire parce qu’il a voyagé, il a vu le monde d’en haut, lui faisant réaliser sa fragilité. Ce message universel parle à tout le monde aujourd’hui car Saint-Exupéry, avec sa philosophie, son génie et sa poésie, l’avait écrit dans les pages du Petit Prince il y a quasiment 80 ans.

 

Le Petit Prince n’est-il pas l’expatrié français le plus connu de la planète, en quelque sorte ?

Saint-Exupéry était lui-même un expatrié à part entière. Il a voyagé partout dans le monde à une époque où on ne voyageait pas. Il a même quitté la France pendant l’occupation par l’Allemagne nazie pour mobiliser l’opinion américaine afin que les Etats-Unis entrent en guerre. Il a lancé un appel à la radio sur la NBC, il a milité et essayé de mobiliser les intellectuels. Il a ainsi habité New-York pendant des années, faisant de lui un véritable expatrié.

 

Nous recevons le même amour du Petit Prince partout dans le monde

Le Petit Prince, quant à lui, appartient à ses lecteurs, et ceux-ci sont dans le monde entier. A Paris, nous avons une boutique située à Odéon appelée Le Petit Prince Store qui accueille le monde entier. Sur une journée normale, elle peut accueillir des personnes de toutes les nationalités arrivant avec ce même regard qui pétille comme si elles avaient l’impression de toucher un peu au but. Elles achètent Le Petit Prince même si elles l’ont déjà, et y font appliquer le tampon de la boutique, parfois même sur leur passeport, pour pouvoir dire « j’y étais ». Ce sont des lecteurs qui veulent prolonger l’histoire, ils restent longtemps dans la boutique et parlent entre eux. Nous recevons le même amour du Petit Prince partout dans le monde.

 

En quoi Le Petit Prince participe également au rayonnement de la France ?

Il représente cinq millions d’exemplaires d’un livre français vendus chaque année dans le monde. La version française est très populaire, beaucoup de personnes essaient d’apprendre le français en lisant Le Petit Prince. Il s’agit là d’un phénomène que nous avons constaté dans énormément de pays. Aujourd’hui, beaucoup d’auteurs français connaissent un grand succès, comme Marc Lévy, ou Michel Bussi qui a écrit un polar sur Le Petit Prince qui a très bien marché. Ces auteurs vendent un grand nombre d’exemplaires en France et un peu à l’étranger, tandis que Saint-Exupéry touche le monde entier. Il est quasiment seul à ce niveau-là.

 

Nous ne mesurons pas à quel point Antoine de Saint-Exupéry et Le Petit Prince participent au rayonnement du pays

Un hommage national lui a été consacré il y a quatre ans de cela au Panthéon, lui qui n’a toujours pas été panthéonisé, et nous espérons qu’il le sera. Il est un symbole de la France. Nous ne mesurons pas à quel point Antoine de Saint-Exupéry et Le Petit Prince participent au rayonnement du pays. Nous ne parlons peut-être pas assez de l’intégralité de son oeuvre et de son importance. Nous parlons aussi de quelqu’un qui est mort pour la France.

 

Quelles sont les prochaines célébrations de cet anniversaire ?

Le Petit Prince a célébré ses 75 ans l’année dernière en France, où il est sorti en 1946, et ses 80 ans aux Etats-Unis, car il était d’abord sorti là-bas en 1943. Un music-hall sur Le Petit Prince a d’ailleurs commencé le 12 avril à New-York, à Broadway plus précisément, et y restera 6 mois avant de se produire en tournée à travers le pays. Nous espérons pouvoir le faire venir en France, nous devrions être au théâtre Mogador à Noël 2023.

 

Le music-hall the little prince, le petit prince, à Broadway, aux Etats-Unis

 

Il se passe toujours quelque chose avec Le Petit Prince. En parallèle des éléments dont j’ai déjà parlé, il y a notamment une merveilleuse exposition au Musée des Arts décoratifs jusqu'en juin. Nous y présentons les dessins originaux, qui n’avaient jamais été montrés, et sur lesquels je n’avais moi-même jamais posé les yeux car ils appartiennent à des collectionneurs privés. C’est peut-être l’unique fois au monde où seront réunis le manuscrit original venant de New-York et les dessins originaux. Nous allons lancé une exposition à New-York en octobre à la Morgan Library avec d’autres dessins originaux, car nous ne pouvons pas montrer les mêmes, le manuscrit faisant 140 pages alors que nous n’en présentons qu’une trentaine.

En plus de cette exposition, du music-hall et de la série télévisée, nous avons pléthore d’autres projets. Une seconde série est prévue et devrait être réalisée par Johann Sfar, qui avait déjà dessiné la bande-dessinée du Petit Prince et avait notamment fait le film Gainsbourg (vie héroïque). Il est clair que nous ne manquons pas de projets.

 

Après 75 ans, quel est l’avenir du Petit Prince, que lui reste-t-il à accomplir ?

Nous estimons qu’à peu près 200 millions de personnes ont lu Le Petit Prince, nous ne sommes donc qu’au début de l’histoire. Il y a encore des millions de lecteurs et de territoires à séduire. Notre travail est de faire en sorte de protéger Le Petit Prince, d’accompagner pays par pays son développement. Pour financer tous nos projets, nous produisons un grand nombre de produits dérivés qui sont vendus en ligne ou dans la boutique à Paris. Personnellement, j’aimerais bien créer de beaux vêtements d’aviateur car Saint-Exupéry représente l’élégance à la française. Tous ces partenariats nous servent notamment à financer notre fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse qui finance des écoles, des bus, des bibliobus, des bibliothèques etc… Le but est de continuer toutes ces actions pour perpétuer l’héritage du Petit Prince et qu’il continue à être découvert partout dans le monde.

 

Pensez-vous qu’il ait pu faire rêver au point de susciter des vocations dans les métiers liés à l’espace ?

Très bonne question car nous avons d’ailleurs tissé un lien depuis quelques années avec un certain Thomas Pesquet. Quand il est parti dans l’espace la première fois, toutes les marques du monde voulaient un partenariat avec lui mais son contrat avec l’ESA (Agence Spatiale Européenne) l’empêchait de faire de la publicité, le but n’étant pas d’envoyer des marques dans l’espace. Nous avons appris que, dans le peu d’effets personnels qu’il pouvait prendre avec lui, il avait emporté Le Petit Prince ainsi que toute la bibliographie de Saint-Exupéry. En apprenant cela, nous lui avons demandé si cela l’intéressait de lancer le premier concours d’écriture de notre fondation. Il l’a fait et a lancé ce concours en français depuis l’ISS (Station Spatiale Internationale, ndlr) pour que les enfants puissent imaginer un nouveau voyage du Petit Prince, une nouvelle planète.

 

Une figurine du Petit Prince flottant dans la Station Spatiale Internationale, photo prise par Thomas Pesquet
Quand Thomas Pesquet faisait flotter une figurine du Petit Prince dans l'ISS.

 

Nous avons ainsi reçu des dizaines de milliers de textes, et Thomas Pesquet a annoncé les résultats depuis la station. Dans son film 16 levers de soleil, il cite constamment Saint-Exupéry et parle de que j’évoquais précédemment, à savoir le fait de voir le monde d’en haut, comme l’auteur du Petit Prince, et de sensibiliser la population à la fragilité du monde. Il n’est pour l’instant qu’ambassadeur de notre fondation mais le but est qu’il devienne un jour le parrain car il partage nos valeurs et va donner envie à énormément d’enfants d’aller dans l’espace et vers les métiers qui lui sont liés, comme Saint-Exupéry avant lui. Je pense donc que la question tombe à point nommé.

 

Mael Narpon - journaliste junior Londres

Maël Narpon

Diplomé d'une licence de sociologie à Pau et à Athènes, il intègre ensuite l'IEJ Londres. Il effectue un stage avec lepetitjournal.com Londres puis rejoint l'édition internationale en tant qu'alternant dans le cadre d'un Master à l'IEJ Paris.
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