On ne connaît ni son visage, ni sa voix, mais ses œuvres parlent pour lui. Street-artiste toulousain, James Colomina a choisi le rouge comme signature et l’anonymat comme armure. Au coin d’une place, au pied d’un monument, au milieu de la foule, ses sculptures écarlates figent l’urgence d’un monde en crise.


Son visage, vous ne le verrez sans doute jamais. « Mon image m'importe peu, ce qui compte pour moi, c'est de laisser toute la place à l'œuvre, sans filtre, sans distraction », confie James Colomina.
« En restant incognito, je suis libre. Libre d'être ce que je veux. »
Dans l’anonymat, le street-artiste toulousain trouve sa force. Ne pas être reconnu, c’est pouvoir se fondre dans la foule : « En restant incognito, je suis libre. Libre d'être ce que je veux : photographe, agent de la mairie, simple touriste… Cette invisibilité me permet d'intervenir sans contraintes, de brouiller les pistes, d'être là où l’on ne m'attend pas ».
Rouge de révolte, rouge d’amour
Pour James Colomina, le rouge n’est pas une simple couleur : « Le rouge, c'est ma signature, mon identité », dit-il. « Avant même que l’œil ne s’attarde, la couleur s’impose, comme une évidence. Elle fascine, dérange, attire ».
« Le rouge fait parler mes œuvres sans un mot. »
Rouge de vie, rouge de révolte, rouge de violence, rouge d’amour. Dans le gris du quotidien, l’artiste laisse à la couleur le soin de crier à sa place : « Le rouge fait parler mes œuvres sans un mot. Il dit l'urgence, il dit aussi le refus du silence ».
Mais la couleur ne suffit pas à elle seule, elle dialogue toujours avec un décor : « Le lieu fait partie de l’œuvre. Chaque endroit porte une histoire, une énergie, un contexte social ou politique que je cherche à activer avec ma sculpture », explique-t-il. Qu’il s’agisse d’un monument, d’un lieu de mémoire ou d’une rue passante, James Colomina recherche la collision entre le réel et l’imaginaire. « Quand une sculpture rouge surgit, l’espace bascule : il devient question, miroir, provocation. »

L’enfant comme miroir du monde
L’enfant au bonnet d’âne, L’enfant au lance-cœur, Les enfants de la paix… Dans l’univers de James Colomina, l’enfant prend mille visages. « L'enfant, c'est l'innocence brute, la fragilité, mais aussi la lucidité la plus désarmante. Il incarne ce qu'on devrait protéger, mais qu'on expose trop souvent à la violence du monde », explique l’artiste.
« Et puis nous avons tous été enfants », poursuit-il. « À travers eux, je parle de nous tous. De ce que nous avons perdu en grandissant : la vérité, l’émerveillement, l’indignation. »

Un Trump rouge sorti des égouts de Manhattan
Certaines de ses œuvres ne durent qu’un instant. Parce qu’elles dérangent, elles disparaissent parfois aussi vite qu’elles sont apparues. C’est le cas de Donald, un Trump rouge qu’il avait installé clandestinement face au Chrysler Building en juillet 2025.

« Trump n'apparaît pas au sommet, mais au ras du sol, là où la ville ne veut pas regarder. C'est une forme de contre-monument », raconte James Colomina. « Je l'ai placée à New York parce que c'est là qu'il a bâti son image, son empire, sa légende. Une ville conquise à coups de tours dorées et de slogans brutaux. Je voulais que cette image, celle d'un corps rouge remontant des égouts, vienne troubler ce décor. »
Plus qu’une caricature, l’artiste voulait montrer un visage : celui de la peur, de la division, de la haine de l’autre. « Pendant que des hommes, des femmes et des enfants tentent d'échapper à la guerre et à la misère, Trump bâtit des murs. Il piétine les droits humains, insulte les femmes, repousse les migrants, nie les urgences écologiques et sociales. »
L’œuvre a été retirée rapidement, mais pour l’artiste, ce retrait n’est pas une défaite : « Une œuvre dérangeante ne reste jamais très longtemps. Mais quand la Maison-Blanche prend la peine de réagir publiquement, c'est que l'art, même muet, peut encore faire du bruit ».
Si certaines de ses sculptures rejoignent désormais les collections de musées comme le STRAAT Museum d’Amsterdam ou des institutions à Barcelone et en Italie, le Toulousain reste fidèle à sa pratique originelle : l’irruption clandestine dans l’espace public. « Je continue mes installations dans différentes villes, au rythme du monde et de mes idées… mais ça, c’est encore un secret. »
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