Une histoire digne des grands péplums, des ruelles tortueuses à rendre jalouse Venise, des églises majestueuses prêtes à rivaliser avec Notre-Dame, des bars traditionnels qui n'ont rien à envier à ceux de Berlin. Trastevere a tout pour plaire. Aujourd'hui encore, l'ancien quartier des “exclus” de Rome, invite à d'inlassables promenades et se raconte toujours avec poésie.

Trastevere, 13e rione (arrondissement) de la capitale italienne est situé sur la rive droite du Tevere (Tibre), le fleuve dans lequel baigne la capitale. Son nom vient du latin “trans-Tiberium” qui signifie “au-delà du Tibre”. A l'origine, le cours d'eau était perçu comme une frontière géopolitique qui protégeait et séparait les Romains des ennemis Etrusques installés de l'autre coté. Seul un petit pont de bois, dont il reste aujourd'hui encore les ruines, reliait timidement les deux peuples : le romantique Ponte Sublicio.
Pendant la période de la République romaine, sur les abords du Tevere vivaient des pêcheurs, travailleurs portuaires, immigrés orientaux et juifs. Une population multiethnique, de passage, qui apporta avec elle, les temples de cultes orientaux. Grâce au bien-être économique de l'Empire, d'immenses villas ont surgi de cette terre fertile comme celles de Caio Giulio Cesare. La reconsidération de Trastevere commençait enfin.
Au Moyen-Age, les clochers remplacèrent les tombes étrusques et le quartier grandit à l'ombre des églises chrétiennes. Un changement urbanistique qui n'a pas dénaturé pour autant son caractère particulier. A cette époque, avec ses petites rues étroites, tortueuses et irrégulières, il ressemblait déjà à un labyrinthe. Ce n'est qu'en 1870 que les murs qui l'enlacent ont été érigés. Une initiative salvatrice entreprise pour le protéger des débordements de l'intempestive rivière.

Une quarantaine d'églises sont dénombrées à Trastevere. Une concentration de lieux de cultes dont l'aura lumineuse brille sur l'ancienne terre des étrusques ennemis. Parmi les plus connues, la basilique Santa Maria in Trastevere, dont les fondements datent du IIIe siècle après Jésus-Christ. Un chef-d'œuvre à l'intérieur duquel les colonnes de marbre vert contrastent avec les fresques d'or jaune. Construite au début de l'an 1000, la Chiesa San Cosimato invite, quant à elle, les visiteurs à méditer dans son petit cloitre intérieur. Un havre de paix, vert et silencieux, où chacun peut s'échapper de l'intrépide vie romaine.
Bien souvent, Trastevere semble hors du temps. Sous ses airs de Rome impériale, l'affriolant quartier ressemble à un théâtre médiéval. En se perdant dans les ruelles faites de pavés gris, se cache toujours une place mystérieuse. Piazza Sant'Egidio et Piazza di Santa Maria in Trastevere sont de majestueuses bulles d'histoire qui font respirer le 13e rione tout entier. Plus fonctionnelles, Piazza Trilussa fait figure de porte d'entrée et Piazza San Cosimato accueille le marché quotidien des Romains qui vivent de ce coté du Tibre.
Cependant, le quartier ne se contente pas des vestiges du passé. Entre les maisonnettes rouges et ocres du Moyen-Age, les façades jaunes et oranges du XVIe siècle et les ruines romaines ivoires, Trastevere veut rester dans l'air du temps. Véritable centre historique, il est aussi un centre culturel actif. Museo di Roma in Trastevere, Orto botanico di Roma, Museo Tassiano, Museo della Repubblica Romana e della memoria garibaldina : quatre musées qui proposent aux Trasteverini un éclairage sur notre monde. Le premier accueille d'ores et déjà le Festival International de la Photographie avec une exposition de l'artiste Horst Stein intitulée : “Appearance”.

Les jambes et les pieds usés après une journée de visites, il est impossible de ne pas céder aux plats copieux et abondants du bien connu Cencio alla Parolaccia, Vicolo del Cinque. Dans ce restaurant, sur pied depuis 1941, le dialecte romain est la langue officielle. Particularité de la maison ? Les insultes bon enfant qu'échange le personnel entre un plat de spaghetti et de cicoria ripassata. Plus raffiné mais tout aussi traditionnel, les moins téméraires trouveront leur bonheur sur la carte de Il Rugantino, Via della Lungaretta. Un lieu typique où, sous les jambons de Parme accrochés au plafond, se dégustent les incontournables carciofi alla romana. Pour goûter au fameux baccalà islandese, rendez-vous “Da Gigetto”, Via del Portico d'Ottavia. Une trattoria qui a vu le jour à la fin de la première guerre mondiale et dont les murs ont encore beaucoup à raconter.
La nuit, Trastevere ne dort pas. Animé, il fourmille de fêtards qui raffolent de pubs nichés dans le creux des ruelles. La belle Piazza Trilussa, ouverte sur le Tibre, est le lieu de rendez-vous des couche-tard. Un premier aggancio où tous se retrouvent avant de s'enfiler dans les passages obscurs du quartier. Chacun sa route, chacun son chemin, ceux qui ne jurent que par le classique aperitivo suivront un itinéraire serpentueux jusqu'à “Freni Frizoni”, Via del Politeama. Un locale (bar) élégant et lumineux où sortent de derrière le comptoir jaune poussin, posé sur un sol en béton ciré gris parme, des cocktails bien dosés. Moins glamour mais plus authentique, le Callisto est le repère des loubards de début de soirée. Bière pas chère, ambiance familiale, le bar de Piazza San Callisto sort du circuit touristique de Trastevere. Un quartier désormais vu et revu qui n'a pourtant pas fini de surprendre.
Sophie Lei (Lepetitjournal.com de Rome) – vendredi 11 octobre 2013
Crédits photos : it.wikipedia.org et www.collaborativelandscape.org
Retrouvez nos articles de la rubrique "A faire".
Recevez gratuitement tous les matins l'actu des français et francophones de Rome !




































