

Depuis la création du programme Erasmus, ils ont été trois millions à quitter leur pays d'études pour plusieurs mois de découverte universitaire à l'étranger. Touchés par cette fièvre du voyage, entre 2009 et 2010 quelque 18.000 étudiants européens ont savouré sans mesure le quotidien italien.
Rome dans une pochette surprise
Depuis l'accord signé en 1987 par 11 Etats-membres à Rome, de plus en plus d'étudiants décident de s'envoler vers l'une des 33 destinations européennes participant au programme Erasmus. On ne compte pas moins de 230.000 échanges en 2012: autant d'expériences inoubliables qui s'entrecroisent et ne cessent d'être racontées.
Une légèreté, d'autant plus savoureuse qu'elle est de durée limitée, anime ces étudiants. Les Français ayant traversé les Alpes confessent leur envie de ?dolce vita? et scandent les mots magiques: ?pasta-pizza? qui les ont fait rêver d'un séjour en Italie. Les clichés naïfs d'une vie romaine piquante et langoureuse sont la première motivation de cette destination. Après plusieurs mois d'échange Erasmus, ils ne contredisent toujours pas ces images d'Epinal. ?Comment battre les pizze al taglio et le coucher de Soleil sur le Colisée?? s'exclame Jean-Eudes un étudiant de l'IEP d'Aix, heureux de son choix, sept mois après son installation dans la ville éternelle. Comme la jeune Belge Mélanie, déterminée à s'approprier la culture italienne, il ne changerait de destination ?pour rien au monde?.
La langue vient généralement en deuxième position sur la liste des résolutions. ?Parler couramment italien? était la priorité de Camille, jeune Suisse inscrite en études de cinéma à Genève.Un défi accessible en un an? Comme beaucoup d'étrangers d'Italie, elle s'exprime remarquablement dans la langue de Dante après quelques mois d'immersion et se déclare ravie d'habiter ?une capitale un peu bordélique, venant [elle-même] d'une petite ville bien rangée?. ?Le quotidien est plus léger quand on est étranger. Rome désordonnée est pour nous exotique?, ajoute Jean-Eudes.
Clichés contre clichés
Ainsi va la vie de l'expatrié Erasmus, sans contraintes, aussi peu exposé au travail qu'il ne l'est au sommeil. Roxane, étudiante bordelaise en médecine, transférée cette année à Rome, ne nie aucun de ces présupposés. Elle exprime pourtant une certaine réserve quant à l'idée d'insouciance souvent rattachée au mot Erasmus. ?Chacun de nous, qu'il le veuille ou non, se décentre de lui-même en année Erasmus. En s'ouvrant aux autres et en quittant les siens, on peut s'éparpiller, avoir le sentiment de se perdre. Peut-être plus encore dans cette ville assourdissante de vie et de beauté? confesse-t-elle.
La plupart des Erasmus s'accordent à minimiser les mauvaises surprises de la capitale. Roxane conclue avec optimisme: ?On apprend énormément sur soi en se confrontant à une multitude de difficultés, accentuées par une langue inconnue. Beaucoup plus qu'on ne le croit! Rien n'est facile mais tout est possible à Rome. Au terme d'une année, on s'est recentré, on s'est découvert. Nos idées sur notre parcours universitaire et sur soi-même ont évolué.? En c?ur, les étudiants français d'Italie disent avoir éprouvé la différence culturelle existant entre deux nations qui se ressemblent. Elle n'est pas infranchissable mais elle est suffisante pour nourrir un recul sur leur pays d'origine. ?Les similitudes entre la France et l'Italie sont d'autant plus propices à un juste retour sur la mentalité française?, avance Jean-Eudes.
Une parenthèse enchantée ?
Ceux qui profitent encore de cette expérience de quelques mois savent qu'il s'agit peut-être d'un privilège de courte durée. L'arrêt des bourses Erasmus est discuté depuis quelques mois au Parlement européen.Presque 30 ans d'échanges universitaires ont provoqué un déficit de 180 millions d'euros, dont la moitié dû aux bourses accordées aux étudiants.
Si les jeunes européens actuellement en échange ne sont pas affectés, la prochaine génération de voyageurs souffrira des coupures de fonds. Selon la Commission européenne, il ne ?sera pas possible de verser aux étudiants Erasmus les bourses du montant prévu? si la redistribution des fonds n'est pas réexaminée par les Etats-membres. Alain Lamassoure, président de la Commission en charge du bilan du Parlement Européen, parle d'un ?comportement absurde? de la part des pays participant à ce coûteux programme universitaire.
Ainsi, une diminution drastique du nombre d'étrangers dans les universités d'Europe est à craindre, à l'heure où la maîtrise d'une deuxième -voire troisième- langue est devenue fondamentale pour une carrière en entreprise. À entendre les témoignages de ces jeunes Romains improvisés, l'apport d'une année d'immersion en terre inconnue est également inestimable en termes de développement personnel. Chacun d'entre eux berce en sa mémoire le souvenir de cette année à Rome, parenthèse bénie de leur vingt ans et quelque d'existence.
Camille de FOUCAULD (www.lepetitjournal.com/rome) - Mardi 30 avril 2013
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