

Les conseils d'administration se tenaient hier soir pour approuver la fusion. Les deux groupes ont prévu de communiquer avant Bourse lundi matin. Gérard Mestrallet, le patron du géant français des services aux collectivités aurait obtenu de conserver 34% du pôle environnement qui serait coté séparément en Bourse
Suez et Gaz de France vont probablement fusionner. Les deux groupes sont "sur la voie d'un accord"sur la base d'un schéma négocié entre le groupe privé et l'Elysée, qui prévoit que Suez se sépare d'une partie de son pôle environnement, selon une source proche du dossier citée par l'AFP. Les conseils d'administration, qui se réunissaient dimanche en fin d'après-midi, doivent approuver le projet. Les deux groupes ont prévu de diffuser un communiqué commun lundi avant l'ouverture de la Bourse et tiendraient dans la foulée une conférence de presse.
"Sous réserve de ce que diront les conseils d'administration, tous les élements d'un accord sont sur la table", a expliqué la ministre de l'Economie, des Finances et de l'emploi Christine Lagarde, interrogée par Europe 1, Le Parisien et TV5. Ce projet vise "à constituer un grand champion mondial dans le domaine des sociétés de distribution d'énergie", a-t-elle ajoutée, en vantant la cohérence du nouveau projet par rapport à l'ancien - qui ne prévoyait pas de scission du pôle environnement.
De son côté, Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, a reconnu dimanche au grand Jury RTL-Le Figaro-LCI qu'une fusion GDF-Suez sera de facto "une privatisation" du groupe gazier public. "Mais je fais observer que c'est une privatisation dans laquelle l'Etat est le premier actionnaire, et de loin", a ajouté M. Guéant. "C'est une structure privée, une gestion privée", a-t-il ensuite admis. Si l'Elysée joue un rôle central dans le rapprochement des deux groupes, Claude Guéant a toutefois souligné samedi matin que les deux entreprises "annonceront elles-mêmes si elles fusionnent ou non". En février 2006, c'est le Premier ministre Dominique de Villepin qui avait annoncé le rapprochement des deux groupes.
La fusion, d'un montant estimé à 56 milliards d'euros, créerait le numéro trois mondial de l'énergie, et le numéro deux derrière EDF. Le patron de Suez Gérard Mestrallet serait le PDG.
Cotation du pôle environnement de Suez
Le PDG du groupe Suez Gérard Mestrallet, à qui Nicolas Sarkozy a demandé jeudi de se spécialiser dans l'énergie, et donc de céder tout ou partie du pôle environnement du groupe, aurait finalement obtenu de conserver 34% de ce pôle. Techniquement, ce pôle propreté et eau serait coté séparément en Bourse. Ensuite la nouvelle entité GDF-Suez rachèterait plus d'un tiers (33%) des titres du pôle, afin d'en garder le contrôle, tandis que les deux tiers restants seraient redistribués aux actionnaires du groupe Suez. Il s'agit de ne pas léser les actionnaires de Suez mais aussi de satisfaire l'Etat français, désireux de détenir dans la nouvelle entité une minorité de blocage, soit plus de 33% du capital.
Annoncé il y a plus de dix-huit mois, le mariage des deux géants achoppait notamment sur la différence de valorisation qui rendait de plus en plus difficile une fusion "entre égaux". A la clôture de la Bourse de Paris vendredi, Suez, dont le cours avait pris 1,80% en une journée, valait quelque 54,1 milliards d'euros et Gaz de France environ 36,2 milliards (+3,95%), soit un écart de 17,9 milliards d'euros. En cédant une partie de son pôle environnement, Suez "maigrit"mécaniquement et se rapproche de la valorisation du gazier tricolore.
Le patron du géant français des services aux collectivités ne serait en fait plus suivi par son conseil d'administration. Mis au pied du mur, Gérard Mestrallet aurait donc accepté de lâcher du lest pour rendre possible le rapprochement avec Gaz de France. Hier encore, le communiqué des résultats semestriels du groupe soulignait la "pertinence"de la stratégie de Suez qui consiste en "un développement simultané et durable de ses métiers de l'énergie et de l'environnement". Et le PDG de l'entreprise expliquait que son périmètre était "une question de principe".
Valorisé entre 18 et 20 milliards d'euros, le pôle environnement de Suez a représenté l'an dernier 11,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 6,5% sur l'exercice antérieur (à comparer à un chiffre d'affaires global de 44,3 milliards d'euros pour le groupe). Il emploie 57.500 personnes sur cinq continents. Cette activité (production d'eau, collecte et traitement des eaux usées, traitement des déchets) suscite les convoitises de Veolia, le grand concurrent de Suez. Henri Proglio, le patron du groupe, avait répété jeudi que "s'il y avait un jour des actifs disponibles concernant notre coeur de métier, il serait de mon devoir de m'y intéresser". Autres repreneurs potentiels dans l'hypothèse où Suez finirait par se défaire entièrement de son pôle environnement : Pinault, Wendel Investissement, Eurazeo et le groupe Decaux.




































