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IAN CROMPTON – le parfum sous toutes ses cultures 

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 31/07/2018 à 06:00 | Mis à jour le 31/07/2018 à 06:00
Ian Crompton - firmenich

Pénétrez avec nous dans les coulisses du monde de la parfumerie : un univers envoûtant et fascinant, et une rencontre insolite avec Ian Crompton (director fine fragance – parfumerie fine – pour la région IMA & ASIA chez Firmenich) qui nous emmène à la découverte des traditions si riches et méconnues de la parfumerie moyen-orientale, comme des processus de fabrication de la parfumerie contemporaine, nous laissant avec le sentiment vivace d’être entré de plein pied dans les pages du Parfum de Patrick Süskind. 

 


Lepetitjournal.com/dubaï : Quelles sont les spécificités de votre travail ici au Moyen Orient, en quoi votre poste diffère-t-il d’un poste équivalent en Europe par exemple ?

 

Ian Crompton : Nous créons des huiles et des essences pour nos clients – des marques de parfum locales - selon leur demande, et ce travail est le même partout, mais ici l’énorme différence est que nous nous trouvons pratiquement dans le berceau historique de la parfumerie : les premiers parfums apparaissent il y a 4 ou 5 mille ans en Egypte, en Irak, en Syrie.

Ici j’ai le sentiment quotidien d’effectuer un retour aux sources de la parfumerie, et surtout d’exercer mon métier de parfumeur à parfumeur, et non plus de fournisseur à client, dans la mesure où tous mes clients sont avant tout des passionnés du parfum et en quelque sorte « nés dans le parfum » : ils ont vu leurs grands parents concocter leurs propres essences, ils maîtrisent le mélange des parfums, ils ont grandi avec cette culture et ces traditions familiales encore extrêmement vivaces de fabrication de son propre parfum à la maison, avec ce concept du « sillage » de cette trace de soi extrêmement intime que l’on laisse dans le monde grâce à son empreinte olfactive. Cette culture intime et vivante influe donc nos rapports professionnels, et le fait que Firmenich soit une entreprise familiale avec une tradition plus que centenaire nous donne aussi le luxe de développer de vraies relations dans le temps, et de façon holistique.

 

En quoi ces traditions influent-elles sur la pratique de la parfumerie ou l’approche au parfum ?

 

Tout d’abord parce qu’aucun oriental ne va se contenter d’ouvrir une bouteille du commerce, de se vaporiser vaguement le matin sans plus y penser. Le rituel (qui est observé encore partout, je ne vous parle pas d’une tradition poussiéreuse et oubliée) consiste en plusieurs étapes codifiées, que les femmes comme les hommes pratiquent quotidiennement.

D’ailleurs il est intéressant de remarquer que dans une société très codifiée et très « genrée » les hommes se parfument autant que les femmes, et nos codes de la parfumerie sont parfois bousculés : les hommes sont très friands des extraits à base de rose, tandis que les femmes apprécient beaucoup les notes boisées…Tout d’abord on parfume ses vêtements (l’abaya ou la gandoura) en les suspendant à l’aide d’un socle en bois spécial au-dessus du barkhour (brûle parfum). Durant la toilette on fait usage de shampoings, savons et crèmes, bien entendu tous parfumés. Puis débutent les premières étapes du layering (l’application de plusieurs parfums en différents endroits du corps en les superposant), en démarrant avec de l’huile pure de parfum : c’est à dire un extrait pur que nous – Européens - n’utilisons que dilué, que l’on va appliquer par exemple directement sur la peau, ou bien même sur les vêtements : un geste par exemple aussi très important pour les hommes, il faut absolument parfumer l’agal, le cercle de passementerie qui maintient son keffiyeh. Puis on continue avec l’alternance de trois ou quatre couches de parfums (différents) répartis en zones stratégiques. On se parfumera de nouveau juste avant de quitter la maison, et de nouveau dans la voiture avant d’en sortir, sans oublier de se reparfumer plusieurs fois au cours de la journée, de parfumer l’invité qui entre ou sort de chez soi et bien entendu avant de rejoindre le lit… Ce qui explique par exemple qu’une femme Européenne consomme en moyenne trois parfums par an tandis qu’une femme orientale fera usage, sur la même période, d’environ 40 parfums !

 

 

Quelles sont les essences, les odeurs qui sont particulièrement appréciées ? Est-ce que le fameux Oud est toujours autant utilisé ? 

 

Effectivement, il est très apprécié dans la région depuis toujours : les textes sacrés en sanskrit, la Bible comme le Coran sont plein de références à l’Oud, ce bois sacré qui reste encore aujourd’hui la matière première en absolu la plus onéreuse et la plus prestigieuse du monde. Le meilleur vient de la région d’Assam en Inde, et le processus de fabrication est assez complexe. C’est lorsque ce type de bois est contaminé par une certaine bactérie qu’il va développer ce parfum si particulier. La meilleure part, le bois le plus affecté (c’est à dire le cœur du tronc), une fois séché, ne sera utilisé que dans les brûle-parfums, puis le reste du bois sera distillé et transformé en essence. Les marques locales utilisent aussi encore de nombreuses matières naturelles comme l’ambre, ou animales – désormais interdites en Europe - comme le musc très apprécié, ou par exemple l’ambre gris de baleine, qui s’échange pour des dizaines de millions et auquel on prête des vertus telles, que certains vont jusqu’à le boire dilué dans le thé, passant outre une odeur « animale » extrêmement prégnante.

 

 

Avec quels types d’essences et de matières premières travaillez-vous ?

 

La parfumerie fine c’est de la chimie fine, et il est illusoire d’opposer un parfum naturel à un parfum synthétique, c’est aussi une mauvaise lecture que de blâmer l’un au détriment de l’autre : le naturel n’est pas forcément le meilleur (parfois il est peut provoquer des allergies cutanées par exemple) ni le synthétique forcément une version au rabais : au contraire !

Aujourd’hui il existe des techniques invraisemblables qui nous permettent de copier virtuellement n’importe quelle senteur ou odeur existante, comme ces stylos connectés capables de capter et de reproduire n’importe quelle couleur

C’est la technologie du nature print (imprimer la nature) qui utilise une sorte de filament en contact avec les molécules dégagées par la matière dont on veut capter la senteur. Puis une machine va « lire », décomposer et décrypter ce nuage de molécules, et le recopier à l’identique : c’est le parfum en absolu le plus fidèle et le plus respectueux de l’environnement qui soit ! Mais il faut toujours un équilibre entre nature et chimie : par exemple le muguet, qui est une odeur très utilisée depuis longtemps, est en fait une fleur « muette », c’est à dire que l’odeur que vous sentez sur une fleur de muguet n’est pas distilable, car la fleur en soi ne produit aucune huile (indispensable à la distillation), donc on va copier, recréer la nature…Ce n’est pas une invention moderne non plus (même si les progrès sont spectaculaires aujourd‘hui) : les premiers muscs synthétiques datent par exemple des années 30, et c’est ce qui a d’ailleurs valu à Firmenich un prix Nobel en Chimie.

C’est pourquoi nous travaillons sans cesse à l’élaboration de nouvelles senteurs, afin de proposer à nos parfumeurs une palette toujours plus riche : nous développons près de 800 molécules synthétiques par an, dont seules 4 ou 5 seront utilisées… Et puisque Firmenich est le leader global de la parfumerie fine et dans la section naturelle, nous sommes de fait les plus gros acheteurs d’huiles essentielles naturelles et nous travaillons ainsi à soutenir et développer les plantations équitables de toutes les matières premières naturelles de grande qualité qui nous sont nécessaires (le vétiver, la vanille, la rose, etc…) c’est une façon bien entendu de soutenir l’agriculture locale, et aussi une forme de culture. Encore une fois c’est l’équilibre entre le synthétique et la magie, la profondeur que seuls peuvent donner les ingrédients naturels, qui fera un grand parfum.

 

 

Vous voyagez énormément dans toute la région, mais vous vivez à Dubaï, qu’est ce qui fait que vous vous y sentez chez-vous, quel est « votre Dubaï » ? 

 

Un petit plaisir égoïste : lorsque je vais jouer au tennis et que, par chance, 2 ou 3 fois par an, je me retrouve dans le court voisin de Roger Federer…le grand fan que je suis ne peut pas être plus heureux (rires) !

 

À propos de Firmenich

Firmenich est la plus grande société privée au monde dans le secteur des parfums et des arômes. Fondée à Genève, en Suisse, en 1895, elle a créé plusieurs des parfums et des saveurs les plus connus au monde, dont des milliards de consommateurs bénéficient chaque jour. Sa passion pour l'odorat et le goût est au cœur de son succès. L’entreprise est reconnue pour sa recherche et sa créativité de calibre mondial, ainsi que pour son leadership éclairé en matière de durabilité et sa compréhension exceptionnelle des tendances de consommation. Chaque année, Firmenich investit 10% de son chiffre d'affaires dans la R & D, ce qui reflète sa volonté permanente de comprendre, de partager et de sublimer ce que la nature a de meilleur à offrir. Firmenich a réalisé un chiffre d'affaires annuel de 3,34 milliards de francs suisses à fin juin 2017.

Pour plus d'infos Firmenich

 

Regardez la vidéo  : “Creation & Innovation - Firmenich Naturals Together” from Firmenich" 

 

Regardez la vidéo : “Firmenich Naturals Together - Shaping the Future” from Firmenich" 

 

1 CommentairesRéagir
Commentaire avatar

Claire dim 11/03/2018 - 13:53

Très bel interview 😀

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