

Le constructeur automobile français croule sous les critiques en France depuis l'annonce de la possible production de sa nouvelle Clio en Turquie. Syndicats et majorité s'insurgent contre l'industriel qui a perçu les aides de l'Etat et choisit de délocaliser. Renault assure pourtant que son usine française est au centre de ses préoccupations. Qui croire ?
L'usine de Bursa en Turquie, nouveau fief de Renault ? (AFP)
Qu'est-ce qui se passe ?
Le quotidien économique La Tribune a révélé vendredi dernier que Renault penserait à produire la quatrième génération de son modèle Clio sur son site de Bursa (nord-ouest de la Turquie). La Clio 4 ne verrait donc plus le jour dans l'usine française de Flins (Yvelines).
Choc des syndicats et de la majorité
A la lumière de cette nouvelle information, les syndicats n'ont pas caché leur mécontentement. La CGT a dénoncé la "mise en concurrence entre les pays, les sites et les salariés". "Les constructeurs, dont Renault, ont bénéficié de fonds publics importants directs et indirects" et "la prime à la casse a largement contribué à assurer leur volume de production" et ce "sans effet positif sur l'emploi en France", s'est indigné le syndicat. L'UMP, via son porte-parole, Frédéric Lefebvre, a qualifié cette probable délocalisation de la production de la Clio 4 d'"absolument pas acceptable", "d'autant que l'Etat a été au rendez-vous (?) pour sauver Renault". L'Etat aujourd'hui actionnaire à hauteur de 15,01%, avait accordé 6 milliards d'euros de prêts participatifs à Renault pour le soutenir après la crise. Le gouvernement avait alors exigé qu'en échange soit assurée la pérennité des sites d'assemblage automobile sur le territoire français. "Je demande clairement que l'Etat convoque Renault pour empêcher que des décisions terribles pour Flins puissent être adoptées", a déclaré la voix de la majorité. V?u exaucé par le président de la République, Nicolas Sarkozy, qui rencontrera demain le directeur général de Renault Patrick Pelata.
Patriotisme ou capitalisme ?
Le groupe automobile tricolore tente cependant de calmer les tensions en assurant n'avoir pris encore aucune décision en la matière. Les chiffres sont pourtant éloquents, la production du modèle actuel de Clio 3 se fait déjà en grande partie en Turquie (86.644 voitures produites à Bursa au 1er semestre 2009 contre 64.686 à Flins). La dernière Twingo a déjà vu en 2007 sa production quitter Flins pour la Slovénie. La Turquie présente, elle aussi, des avantages financiers considérables pour le constructeur encore fragile économiquement. "Pour produire dans les pays à hauts coûts de main-d'?uvre, il faut trouver des véhicules à forte valeur ajoutée : le haut de gamme, l'utilitaire et l'électrique", souligne le groupe.
Y'a de l'électricité dans l'air
Que la délocalisation soit complète ou partielle, le PDG de Renault Carlos Ghosn affirme que "le futur de Flins est assuré". Le constructeur prévoit que sa nouvelle citadine électrique Zoé ZE (Zéro Emission) ainsi que des batteries électriques soient réalisées à Flins. Un gros projet selon la direction qui spécule que d'ici 10 ans les véhicules électriques représenteront 10% du marché automobile. Mais même avec ces prévisions, un peu trop optimistes pour certains, Zoé ZE aura du mal à détrôner la Clio, 3e véhicule le plus vendu en France en 2009. Les 3.400 employés de l'usine de Flins ont peur de payer la note de cette stratégie à haut-risque après 400 à 500 emplois déjà perdus l'an passé, selon la CGT. Le porte-parole de Renault réaffirme cependant : "que la remplaçante de Clio 3 soit produite à Flins ou non, cela ne produira ni licenciement, ni fermeture de l'usine" française.
L'électrique, un leurre pour faire patienter les salariés ou un réel avenir pour Flins ? Qu'en pensez-vous ? Laissez-nous votre commentaire en bas de cet article.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mardi 12 janvier 2010
En savoir plus
Article du Figaro, L'Etat contre la délocalisation de la Clio en Turquie
Article de Libération, Pour Renault, une Clio à la turque




































