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Bénédicte Samson, productrice: le Perfectionnisme en bandoulière

Par Irène Idrisse | Publié le 19/12/2017 à 17:02 | Mis à jour le 20/12/2017 à 16:54
Photo : Stéphane Tourné
Bénédicte-Samson ma vie d'expat

 « Libre » c’est ainsi que se définit la franco-vietnamienne qu’est Bénédicte Samson, codirigeante de la société de production « Troisième Face Productions ». Entre elle et le continent africain, c’est une histoire au long cours : elle  y vit, y travaille. Si le soleil a la capacité d’éroder les valeurs, ce n’est certes pas le cas de Bénédicte, perfectionniste et idéaliste dont le point culminant professionnel coïncide avec « les moments où j’ai su suivre mes convictions et mes engagements, parfois au détriment d’un certain confort ». Entretien avec une femme maitresse de sa vie.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis née en France dans les Hautes Pyrénées, d’un père français et d’une mère franco-vietnamienne. Mes parents m’ont transmis le goût de l’ailleurs, inculqué le respect des différences et stimulé mon éveil artistique très tôt. J’ai su dès mon adolescence que je construirais ma vie avec cet ailleurs. Après un premier cycle universitaire en Langues Étrangères Appliquées, je décroche mon diplôme de l’Ecole Française des Attachés de Presse et des Professionnels de la Communication de Paris (EFAP) et de l’Ecole de Management de Paris (Groupe EFAP), puis un D.E.S.S Marketing de l’Ecole Supérieure de Gestion et de l’I.A.E de Toulouse.

 

Afrique : le baptême par le Mali et le Niger

Après un début professionnel en support publicitaire en France, l’appel du voyage et de l’aventure prenant le dessus, je pars à la découverte du Mali et du Niger en janvier 1998. Ce voyage de 8 mois sera déterminant puisque je rentre en France le temps d’une mission professionnelle sur la coupe du Monde de football 98 et repars aussitôt continuer ce voyage qui se transformera en projet de vie. Je travaille sur le Continent Africain depuis fin 1998. Je crée d’abord ma ligne de création en décoration intérieure en travaillant avec plusieurs corps de métiers artisanaux au Mali puis au Sénégal et sers pendant 5 ans des clients à l’international. Des raisons personnelles me ramènent en France pendant 1 an avant de repartir au Gabon, à Libreville, sur une proposition professionnelle qui me donne la chance de raccrocher avec ma formation puisque je pars y diriger la filiale locale du groupe panafricain d’agences conseil en communication Voodoo Communication. Je passerai par la suite de la publicité à la production audiovisuelle en dirigeant le pôle marketing et développement d’une jeune société de production gabonaise. Je décide de revenir au Sénégal fin 2009 pour y monter ma propre société de production audio-visuelle avec deux associés. Nous sommes aujourd’hui deux à diriger la société « Troisième Face Productions » qui a produit nombre de publicités et films institutionnels grands comptes (Orange, Sofiex, Kirène, GMD, Eiffage, Tigo, groupe Onomo International, Philip Morris International, UNHCR…) et se spécialise aujourd’hui sur les contenus éditoriaux et culturels (dont l’accompagnement audio-visuel de nombreux artistes émergents de la scène locale). Je dirige en parallèle mon cabinet de consulting spécialisé en création d’identité, stratégie de marque et accompagnement de projets artistiques ou à forte dominante culturelle (Biennale Dak’Art, Biennale de Sharjah, Les Ateliers de la Pensée, et d’autres projets encore sous le sceau de la confidentialité).

 

Le Sénégal n’est donc pas votre premier contact avec l’Afrique ?

Non. Ma porte d’entrée fut le Maroc, il y a de cela déjà bien des années ! Mon premier contact avec l’Afrique sub-saharienne fut le Mali. Ce pays est sans aucun doute mon pays de cœur. C’est celui qui m’a attachée au Continent. Le Sénégal est celui qui m’a retenue.

 

Pouvez-vous nous relater vos expériences et impressions sur les différents pays d’Afrique par vous mentionnés ?

J’ai vécu essentiellement au Mali, au Gabon et au Sénégal, ai passé de longs moments au Niger et au Burkina Faso et ai eu l’occasion de passer pour des missions professionnelles en Côte d’Ivoire, en Afrique du Sud, au Bénin et au Togo. Il serait bien long de vous relater mes expériences et je ne me permets pas de porter des jugements sur chacun de ces pays. Je peux seulement préciser que j’y ai été accueillie avec respect et générosité, que j’y ai découvert des traditions, des singularités culturelles, des savoir-faire, des humours, des fonctionnements, des différences et des points communs.

 

Je n’oublie jamais d’où je viens et reste très ancrée à mes racines vietnamo-bigourdanes

Comment quantifieriez-vous la « part d’Afrique » en vous ?

Elle est importante, c’est évident. On ne passe pas 19 ans sur le Continent sans que cela ne vous façonne quelque peu. D’un point de vue professionnel, je peux affirmer que mon parcours est africain. Je n’ai jamais occupé de poste d’expatriée et ai toujours travaillé en immersion et en indépendante, à l’exception de mes deux premières années au Gabon. D’un point de vue personnel, je suis métissée. Je n’oublie jamais d’où je viens et reste très ancrée à mes racines vietnamo-bigourdanes. Mais ces racines aujourd’hui s’apparentent plus à un rhizome qui aurait, au fil des années passées sur le continent, bourgeonné ce qui me fait aujourd’hui.

 

Benedicte-Samson

 

A l’aune de votre expérience, l’Afrique est-elle « une » ou « plusieurs » ?

Je dirais plus précisément qu’elle est plurielle. Donc probablement « plusieurs » et non « une ».

Autant de cultures que de provinces, de pays, de régions. Des histoires différentes, des choix politiques, économiques et sociétaux différents. Même si on retrouve un certain nombre de valeurs communes en Afrique qui autorisent certains acteurs économiques à réfléchir panafricain, et qu’on assiste aujourd’hui à une pensée collective endogène au service de solutions endogènes par et pour le Continent, dire qu’elle est « une » serait dangereusement réducteur. Les expressions artistiques contemporaines, que ce soit la production musicale actuelle, la danse, la photographie, le cinéma pour ne citer qu’elles, expriment bien cette pluralité, à la fois des origines mais aussi des manières de vivre son époque et de bâtir son avenir. L’Afrique compte 54 pays : ce seul chiffre aurait suffit à répondre en fait.

 

La publicité mass média classique fonctionne mais nous avons peut-être tort de penser qu’elle est suffisante et qu’elle ne mériterait pas un peu plus de créativité

 

Vous vous présentez comme une communicante. Qu’englobe ce mot pour vous ?

Comprendre l’environnement dans lequel je vis et travaille, être en lien avec les gens, sentir les pulsations sans négliger les silences. Transformer ma passion en engagement, être actrice du changement et force de proposition. Multiplier les stimulations intellectuelles, savoir m’enthousiasmer, mais aussi refuser. Bien connaître l’ensemble des métiers de la chaîne, respecter celle-ci au mieux, et bien m’entourer, avec exigence. Avoir une vision transversale et un mode de collaboration horizontal. Idéalement, être à la fois un bon technicien et un créatif.

 

Il semble que le volet  communication se doive d’être partie prenante de toute entreprise et initiative qui se respecte. Mais en a-t-il toujours été ainsi ?

Pour ne parler que de l’Afrique francophone, la communication reste de mon point de vue, encore un grand chantier. Les formations aux métiers de communication se multiplient aujourd’hui alors qu’elles étaient quasi inexistantes, outre les formations en journalisme, il y a encore 20 ans. Nous voyons cependant aujourd’hui se développer progressivement des politiques de communication commerciale plus structurées, mieux réfléchies mais encore timides pour la plupart. Le secteur suit l’évolution de sociétés de consommation en devenir avec le développement aujourd’hui d’une classe moyenne qui consomme et consommera de plus en plus. La publicité mass média classique fonctionne mais nous avons peut-être tort de penser qu’elle est suffisante et qu’elle ne mériterait pas un peu plus de créativité. En revanche, la transformation digitale, très significative dans nos régions du sud, apporte un nouveau souffle et ouvre le champ des possibles à une communication plus exigeante et plus créative. Mais là encore, nous restons timides sur des formats et des orientations qui ont pourtant largement fait leurs preuves ailleurs. Concernant la communication institutionnelle et la communication interne, les grandes entreprises et les grands groupes s’organisent de mieux en mieux. Nous devons évidemment faire avec les réalités économiques locales et ne pouvons donc prétendre développer les outils dont tout communicant rêve. Mais justement aujourd’hui, on peut faire plus avec moins, ce qui n’était pas le cas avant l’avènement du digital notamment. A condition de ne pas improviser.

 

Quels sont les avantages et les désavantages du tout dévoilé, montré, pour ne pas dire exhibé ?

Si on reste dans le cadre des actions de communication d’une entreprise ou toute autre entité, y compris d’un personnage public, je ne suis pas certaine que l’on puisse lister les avantages et les inconvénients d’une communication qui ne dresserait pas certaines limites. Je pense que toute mise en lumière nécessite une mesure, une cohérence, et doit répondre à des objectifs bien définis par une réflexion en amont. Si la stratégie de communication détermine la nécessité ou la volonté assumée de tout dévoiler jusqu’à une possible exhibition, pourquoi pas. Mais ce n’est pas ma façon de penser. Une action bien menée doit pour moi d’une manière ou d’une autre faire preuve d’élégance, même de façon implicite, et faire valoir un parti-pris.

 

Aujourd’hui si l’on n’a pas de traçabilité sur le net : Facebook, twiter etc, l’on n’existe pour ainsi dire pas. La discrétion ou le désir de ne pas aller dans le sens du vent est-il un non sens lorsque l’on fait un travail pour lequel l’on est en interaction avec un public donné ?

Il semble assez difficile de ne pas faire avec les outils de communication de notre époque. Les réseaux sociaux sont, de mon point de vue, aujourd’hui, inévitables. Même si le cœur de cible que l’on vise n’est pas le plus actif sur ces nouveaux outils, ces derniers servent au minimum de relai communicationnel et peuvent/doivent booster les trois leviers que sont l’image, la notoriété et la réputation. Si vous ne le faites pas, dites-vous que vos concurrents le feront et prendront l’avantage. Ensuite, il s’agit de bien choisir les outils digitaux et les réseaux en fonction de ses objectifs et d’éviter un arrosage inutile car excessif ou mal orchestré.

Le problème, c’est que certains confondent encore auto-promotion et sur-exposition, et pour moi c’est rédhibitoire

Tout travail nécessitant une relation avec autrui même à un degré minime, sommes nous tous condamnés à communiquer ? Devenir les agents marketing  dont le premier produit serait de fait, nous-mêmes ?

Tout dépend du travail que l’on fait. Nourrir une relation avec autrui n’impose évidemment pas une communication spécifique mais nourrir une relation avec un public, même minime, vous y contraint forcément. De là à dire que nous devenons tous des agents marketing… non je ne le crois pas; et que nous serions le premier produit marketing, non plus. Les actions collectives et participatives en sont un bon contre-exemple.

 

Selfies, auto promotion…  n’est ce pas le règne du culte de soi et allant plus loin, d’une société de l’égoïsme-roi ?

Selfies, sans aucun doute. Auto promotion, s’il s’agit de vendre son expertise, quoi de plus normal, tant que cela est fait, encore une fois, avec mesure et justesse. Le problème c’est que certains confondent encore auto promotion et surexposition, et pour moi c’est rédhibitoire.

 

Trop de communication ne tue t-elle pas le communicant ? Qu’en est-il du mystère nécessaire à tout être afin de  protéger son intimité et, ou, vivre tout simplement ?

D’un point de vue professionnel, trop communiquer est au minimum contre-productif. D’un point de vue personnel, puisque vous parlez de sphère privée, chacun gère sa part publique comme il l’entend. Je suis de ceux/celles qui pensent que la séparation entre le privé et le public est indispensable.

 

On semble inexorablement aller vers un monde où le non montré est suspect et  ostracisant. Votre avis ?

J’espère que nous n’allons pas vers ce monde dont vous parlez. Le droit de s’exprimer ou non sur la place publique reste fondamental. Il s’agit de conserver un esprit critique et une pertinence de choix. Dire non ne doit pas devenir ostracisant. Se préserver ou préserver quelque chose ne doit pas être l’objet d’un jugement.

Ce qui est suspect, c’est de penser que ce que nous sommes, faisons et pensons puisse intéresser tout le monde !

 

L’aventure : Ateliers de la Pensée

 

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Comment s’est faite votre rencontre avec les Ateliers de la Pensée dont vous avez été la productrice exécutive pour la session 2017 ? Et en quoi consiste ce poste ? Étiez-vous déjà à pied d’œuvre lors de la première édition ?

Felwine Sarr, initiateur avec Achille Mbembé des Ateliers de la Pensée, m’a contacté dès la première édition en 2016, sous la recommandation de son frère Saliou Sarr, connu sous son nom d’artiste Alibeta, avec qui j’avais eu plusieurs discussions professionnelles, et que je remercie d’ailleurs une nouvelle fois à l’occasion de cet entretien. Je dirige depuis le début des Ateliers la communication et la production exécutive de l’événement, tout en travaillant, avec l’équipe, sur l’évolution du format et la structuration de l’organisation. Il s’agit d’une part de créer et de mettre en œuvre l’ensemble des support et outils de communication nécessaires à la bonne promotion et à la mise en lumière de l’événement, et d’autre part - et c’est le volet production exécutive - de penser et d’orchestrer l’ensemble des postes nécessaires au bon déroulement de l’événement, qu’ils soient visibles (sessions publiques dans les différents lieux, nuits de la pensée, side-events, respirations artistiques, cocktails…) ou pas (logistique transport et hébergement, organisation des plannings presse …). Je tiens à préciser que je ne travaille pas seule et que nous formons, bien que toute petite encore aujourd’hui, une équipe commando de choc.

 

Que signifie cette entreprise pour vous (Les Ateliers de la Pensée )  ? Est- elle une initiative parmi d’autres dont vous avez eu à vous occuper ou porte t-elle une symbolique toute particulière, une portée autre ?

Il est évident que ces Ateliers sont une aventure professionnelle et personnelle extraordinaire. Lorsque l’on choisit de vivre sur le Continent Africain et que la vie vous offre la chance de travailler avec et auprès de ceux qui œuvrent activement, de façon essentiellement endogène, pour la prise en compte et l’affirmation d’une Afrique en marche nécessaire à l’équilibre d’un monde meilleur, pour ne pas dire à la prise de conscience d’un monde en cours de déshumanisation, on est privilégié. Comme le soulignaient nombre d’observateurs lors de cette dernière édition, nous sommes, je le pense, au cœur de ces Ateliers, en train de vivre une période importante de l’histoire du Continent et du Monde. C’est très excitant. Et certainement exceptionnel.

 

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Faites-vous partie de ceux qui ont assis les bases desdits Ateliers de la Pensée ?

Je fais partie de ceux qui on assis les bases opérationnelles des Ateliers. Les initiateurs, les maîtres d’œuvre, restent bien sûr les initiateurs Felwine Sarr et Achille Mbembé, et tous les penseurs, chercheurs, universitaires, auteurs, philosophes, économistes et créateurs qui ont posé les bases d’une nouvelle pensée depuis le Continent Africain.

 

Sur quel(s) projet(s) travaillez-vous actuellement ?

Je suis tenue par la confidentialité des projets en cours, mais je peux dire que je suis actuellement mandatée par un label musical indépendant basé en France comme chef de projet Sénégal pour le développement et le lancement d’un artiste qui travaille son retour au pays à l’occasion de la sortie de son prochain Album. Et je travaille au marketing et à la communication d’un groupe hôtelier panafricain en cours de développement. D’autres projets d’accompagnement sont dans le tuyau. A suivre.

 

L’Afrique est un superbe continent depuis trop longtemps plombé par diverses problématiques. D’après vous, que lui manque t-il pour s’auto ré-enchanter ?

Qu’on lui rende la pleine exploitation de ses ressources. Et qu’elle participe activement à la décolonisation des esprits comme l’ambitionnent entre autres, Les Ateliers de la Pensée. Le reste suivra. Bien nombreux sont les talents africains capables et prêts à ré-enchanter le Continent. 

 

Vivre en Afrique et plus précisément au Sénégal a-t-il changé votre sens des priorités ?

Oui bien sûr. Je ne consomme plus de la même façon, et je réagis aujourd’hui avec ma part africaine. Concernant les priorités de vie, que ce soit la famille, l’éducation, la façon de vivre en société, je pense que j’ai plutôt trouvé l’endroit qui correspondait à mes propres priorités.

 

Enfin, que peut-on vous souhaiter ?

Une belle vie, entourée des miens.

 

Bénédicte-Samson

 

Vos préférences :

 

Livre préféré :

Mille Soleils Splendides, de Khaled Hosseini.

Film préféré :

Hana-Bi, de Takeshi Kitano.

Musique ou chanson préférée :

L’œuvre de Ryuichi Sakamoto, et plus particulièrement l’album Three.

Expression préférée :

« Trop parler c’est maladie ». Cette expression ne me lâche plus depuis que je l’ai entendue la première fois à Niamey, au Niger.

Pays préféré :

Mon pays de cœur le Mali, celui où j’ai choisi de vivre le Sénégal, celui où j’ai grandi la France.

Ville préférée :

Bamako à la fin des années 90. New-York, bien que mon dernier voyage commence à dater un peu. Mais il y a tellement de villes que je ne connais pas et qui je pense, seraient capables de me retenir.

Œuvre d’art préférée :

C’est compliqué de répondre à cette question…  Il y a tellement de choses sublimes… Si je dois en citer une seule, alors je choisis l’ensemble de l’œuvre architecturale de Tadao Ando. Mais je pourrais citer également la série des Nympheas de Monet, magistrale.

Sentiment préféré :

La joie

Déraison préférée :

La passion

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