

Les 22, 23 et 24 avril derniers, de nombreux intellectuels, principalement argentins et français, ont été réunis dans la capitale argentine par l'ambassade de France, l'Alliance Française et le Centre Franco-Argentin des Hautes Etudes de l'Université de Buenos Aires. Ils ont débattu durant trois jours de la pensée de Roger Caillois et des liens qui unissaient cet intellectuel français à l'Amérique Latine, l'Argentine notamment.
Vision transversale
Cofondateur du collège de sociologie avec George Bataille et Michel Leiris, élu à l'Académie française en 1971, Roger Caillois est un intellectuel inclassable. Essayiste, sociologue, poète, critique littéraire, il se refusait lui-même à tout cloisonnement. Favorable à une étude transversale des phénomènes humains ou naturels, il a travaillé sur des thèmes aussi variés que les pierres, le sacré ou la guerre. Ainsi, au cours du colloque, Georges Lomné, directeur de l'Institut Français d'Etudes Andines, a analysé la comparaison qu'effectue Caillois entre la fête et la guerre, qu'il appelle la « fête noire ». Selon Caillois, la guerre est « à l'instar de la fête primitive, un paroxysme, une crise qui tranche brutalement sur le fond monotone de la vie quotidienne ». Les membres d'une société sont ainsi, au cours d´une guerre, reliés les uns aux autres. La guerre et la fête « inaugurent une période de forte socialisation, de mise en commun intégrale des instruments, des ressources, des forces ».
Amoureux de Victoria Ocampo.
Grâce à sa rencontre intellectuelle et amoureuse avec Victoria Ocampo, Roger Caillois devient une passerelle entre la France et l'Argentine. Il quitte le premier pays pour le second en 1939. Bloqué jusqu'en 1945 outre-Atlantique à cause de la seconde guerre mondiale, Caillois lutte contre le nazisme en créant la revue Lettres Françaises et l'Institut français de Buenos Aires. Après la guerre, il succède à Raymond Aron à la rédaction de La France Libre.
De retour en France, Caillois contribue fortement à la diffusion des grands classiques de la littérature sud-américaine. Il lance la collection « Croix du Sud » chez Gallimard et fait publier et connaître des auteurs comme Julio Cortázar et Gabriela Mistral. Il traduit également les nouvelles fantastiques de Jorge Luis Borges. Parallèlement, Caillois nourrit en nombreux textes littéraires français la revue de Victoria Ocampo, Sur. Il contribue ainsi à la découverte, en Amérique Latine, d'André Breton, George Bernanos et Saint John Perse.
Roger Caillois meurt en 1978. A l'instar de Victoria Ocampo, il a été l'un des protagonistes de l'échange culturel franco-argentin, et plus largement, « euro-américain ».
Charlie Grégoire (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) le 5 mai 2009








































