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CRISE ECONOMIQUE - Et la Pologne dans tous ça ?

 

Pour la première fois depuis le début de la crise financière, le dernier Conseil européen (28 et 29 juin) était plus axé sur le retour de la croissance et l'intégration européenne que sur les mesures d'austérité. En ne cherchant pas à bloquer les négociations, la Pologne y a fait figure de bonne élève. Elle ne cache pas pourtant un certain scepticisme

Oui à la taxe sur les transactions financières, non à l'union bancaire
Une des deux mesures phares discutée durant ce Conseil est la proposition de taxation des transactions financières. «Un moyen de discipliner les marchés financiers » selon Roman Kuzniar, conseiller du président polonais.  Il s'agit de taxer toutes les transactions financières de 0.1% pour les actions et obligations et 0.01% pour les autres produits financiers. Mais l'Irlande le Royaume Uni et les Pays Bas sont contre le projet et à l'image de la Pologne, un certain nombre de pays attendent une description plus claire de la taxe.  Donald Tusk a déclaré qu'il ne bloquerait pas le processus et continuerait de participer aux négociations, arguant du fait que les 57 milliards d'euros que pourraient rapporter à l'UE cette taxe ne sont pas à négliger.

Herman Von Rompuy a aussi annoncé la création d'un système de surveillance des banques au niveau européen, pour rassurer les marchés et renforcer l'Union bancaire. La Pologne, la République Tchèque, et la Bulgarie ont toutes exprimées leurs inquiétudes. Selon le ministre des finances polonais, le pays compte en effet un des systèmes les plus sécurisés de l'UE, et une « européanisation » ne serait pas dans son intérêt pour le moment.

La crise repousse l'Euro
La Pologne a tiré grandement profit de son adhésion à l'Union européenne. Mais aujourd'hui, alors que l'Euro va mal, elle ne se montre plus empressée de rejoindre la monnaie unique.Trop déficitaire, l'entrée avait été repoussé à 2009 puis 2012. La grande majorité des Polonais n'en veut pas et le gouvernement freine aussi: "Nous ne sommes pas pressés. L'exemple de la Grèce nous fait réfléchir. Rien ne nous y force. Il faudra trouver le bon moment", déclare M. Pawlak, ministre de l'économie.

Depuis 2000, les autorités laissent flotter la monnaie, pour rendre les exportations plus compétitives pendant la crise et rester à flot. Le changement de monnaie ne serait donc pas dans l'intérêt du pays pour le moment.

Au cours du sommet, la Pologne s'est dit à plusieurs reprises « satisfaite » de ne pas faire partie de l'Euro, s'interrogeant sur la solidité des bases de la monnaie unique. “Je n'ai pas envie de m'installer dans une maison où l'un des murs risque de s'écrouler. Qu'ils réparent d'abord les murs et la charpente », prévient à son tour le ministre des finances.

La Pologne n'est pas membre de la zone euro mais a néanmoins décidé de s'y associer pour etre un acteur à part entière (parmi d'autres...) des décisions impactant son futur économique.

Elle vient donc de ratifier le mécanisme européen de stabilité (MES) : une structure commune permanente destinée à financer les pays en difficulté de la zone euro. Depuis le 1er juillet le MES est devenu le principal barrage pour endiguer la crise européenne de la dette
Sa capacité initiale est de 500 milliards d'euros. Il remplacera le Fonds de secours de la zone euro (FESF) mis en place en 2010 pour venir en aide aux pays en difficulté financière.

La date incertaine de l'entrée de la Pologne dans l'Eurozone ne remet donc pas en cause les liens de la Pologne avec l'Union Européenne. Donald Tusk est même apparu comme le bon élève de ce sommet : responsable (il ne laisse pas tomber ses petits camarades) et méritant (l'économie polonaise se porte bien). Avec la rupture du couple Merkozy, on recherche un nouveau partenaire pour la chancelière …. Merkotusk ?

Depuis 2008 la Pologne a connu une croissance cumulée de son PIB de 16%. Un record en Europe, où la moyenne est de -0,5% sur cette période. Pour 2012, et malgré la crise, l'économie polonaise devrait gagner encore 2,7% (contre 0,3% pour la France...).

Le pays doit sa prospérité économique à ses dépenses publiques réduites (et notamment une très faible protection sociale) et à une bonne productivité de la main d'oeuvre par rapport à son cout. Car les Polonais travaillent beaucoup 1.975 heures par an (18% de plus que les Français!). Et si la productivité des Allemands est deux fois plus grande, les Polonais gagnent cinq fois moins...

La faiblesse du zloty permet aussi de soutenir les exportations. Enfin les Polonais sont nombreux et préfèrent consommer plutôt qu'épargner. Un exemple de cette forte demande intérieure : en mai dernier, les ventes de détail ont augmenté de 7,7% par rapport à l'année précédente, (notamment du fait des ventes de téléviseurs pour suivre l'Euro 2012 selon l'Express.be!)

Mais la croissance ne fait pas tout et la Pologne subit de sérieuses turbulences : déjà 414 faillites d'entreprise depuis le début de cette année, et les experts attendent le double pour la fin 2012… « C'est le chiffre le plus élevé depuis ces quatre dernières années » ajoute Tomasz Starzyk, de Bisnode Polska. Les faillites ont augmentées de 108% depuis 2008 !  Les crédits sont de plus en plus difficiles à obtenir et à rembourser. Et Le chômage qui était sous les 7% à l'automne 2008, a atteint un pique de 13% en avril dernier...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

est désormais à la croisée des chemins, entre adhésion complète au projet européen et risque de se retrouver sur la touche

 

 

 

 

 

 

Le chômage en Pologne continue son recul en juin s'affichant à 12,4 % de la population active, après 12,6 % en mai et 12,9 % en avril, a déclaré jeudi le ministère du Travail. Le nombre de chômeurs atteint 1,97 million fin juin. Ce taux est cependant toujours plus élevé comparé au taux de chômage de l'année précédente, qui s'établissait à 11,8 % en juin 2011.

 

 

chomage

 

 

Le fort ralentissement conjoncturel en 2009 (croissance du PIB de 1,6% contre 5,1% en 2008) n'a donc pas provoqué de récession mais a bien pesé sur l'emploi comme partout ailleurs. Le taux de chômage a ainsi rebondi de 6,9% à l'automne 2008 à près de 10% depuis début 2010, un niveau similaire à la moyenne européenne.

 

Le chômage n'est pas en reste : en février dernier,  2.16 million de polonais représentant 13.5% de la population  étaient sans emplois. Après ce pic – le chiffre était le plus élevé des quatre dernières années, le chômage commence à redescendre, puisqu'il touchait 12.6% de la population pour le mois de juin. Les jeunes, sont, comme partout, les premiers affectés, avec un pourcentage de 25.8, contre une moyenne européenne à 21.4 en 2011.

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