Odile Mojon-Cheminade (S&P) « Je soutiendrai une politique de développement mutuel »

Par Lepetitjournal Cotonou | Publié le 19/05/2022 à 18:00 | Mis à jour le 24/05/2022 à 14:40
Odile Mojon-Cheminade (S&P) « Je soutiendrais une politique de développement mutuel »

Dans la perspective des prochaines élections législatives (à partir du 27 mai en ligne, 5 et 19 juin 2022 dans les urnes), lepetitjournal.com est allé à la rencontre des candidats dans chaque circonscription des Français de l’étranger.
Odile Mojon-Cheminade, candidate à la 10ème circonscription pour Solidarité et Progrès (S&P) a répondu à nos questions.

 

Pourquoi avez-vous souhaité vous présenter aux prochaines élections législatives ?

Je pense que la manière dont l’élection présidentielle s’est déroulée doit nous faire réfléchir au fait que le processus électoral échappe de plus en plus aux citoyens. On nous place dans une situation passive, nous prenant otages d’un spectacle et d’un narratif qui nous sont impartis sans que, en réalité, nous n’ayons voix au chapitre. Quant aux législatives, les élus ou anciens élus les conçoivent comme un moyen de s’emparer ou de reprendre un siège, et non comme l’occasion d’un débat sur les intérêts fondamentaux de la nation et des Français qui en sont les représentants dans le monde : vous tous.

Ce qui devrait être le moment par excellence où l’on débat contradictoirement des questions les plus importantes concernant le destin de la France, a été réduit à un produit marketing élaboré entre instituts de sondages, influenceurs, cabinets de conseil grassement payés et grands médias. Au bout du compte, les électeurs se voient présenter un produit soigneusement purgé de toutes les questions de fond, qui est alors lancé selon une campagne de « com » et un cheminement permettant de s’approcher, voire de garantir le résultat désiré.

Alors, même s’il faut craindre que le même type de logique soit à l’œuvre dans les élections législatives, il faut essayer par tous les moyens de passer outre le « narratif » officiel et d’amener un sens positif de ce qui peut être fait.


Quel est votre rapport avec cette circonscription ?

Mon intérêt pour cette circonscription est née avec le travail de longue haleine fait par Solidarité et Progrès vis-à-vis du Moyen-Orient et de l’Afrique. Depuis des années, nous nous battons pour une politique de développement d’infrastructures modernes dans toute cette région et notamment des projets phares tels que celui la remise en eau du Lac Tchad. Ma campagne se fait en tandem avec celle de Sébastien Périmony notre responsable Afrique qui se présente, lui, dans la 9ème circonscription des Français de l’étranger où nous retrouvons les mêmes problématiques. En ce qui concerne le Moyen-Orient, nous avons été parmi les rares, en France, à écouter Michel Aoun au temps de son exil en France et Jacques Cheminade s’est rendu au Liban pendant la campagne présidentielle pour soutenir un Liban libéré de l’emprise financière. D’autre part, j’ai été amenée à me rendre aux Emirats Arabes Unis et au Qatar pour présenter les idées de Solidarité et Progrès auprès d’Emiratis et de Qataris intéressés par celles-ci. Il s’agit donc d’une continuation d’action. 

 

Plus spécifiquement, la situation des 49 pays de la circonscription est largement le résultat d’une logique liée aux colonisations et aux enjeux de pouvoir des puissances occidentales dans cette région. Il faut enfin rompre avec cette conception géopolitique et avoir le courage d’établir des relations qui respectent les intérêts de ces pays. Nous devrions avoir des coopérations dans tous les domaines les plus avancés des nouvelles technologies et de tout ce qui est nécessaire en terme de développement infrastructurel, notamment concernant les transports, l’eau, l’énergie (notamment le nucléaire), la santé publique, la nourriture et l’éducation. Or, force est de constater que les projets qui se font sur le terrain aujourd’hui sont tous des petits projets « durables » qui, en réalité, ne changent rien sur le long terme.

Les pays africains y perdent comme la France y perd, comme les expatriés y perdent.

La situation est peut-être meilleure avec certains pays du Moyen-Orient, encore que l’on pourrait rêver mieux en termes de coopération économique que la vente d’armements ! En ce qui concerne notamment les cas spécifiques de la Syrie et du Liban, pays auxquels nous sommes particulièrement liés puisqu’ils ont été sous notre mandat, la situation est sans doute encore plus consternante puisque la la France a renoncé à toute politique étrangère indépendante et que nous suivons la ligne « impulsée » outre-Atlantique.


En quoi votre parcours est-il marqué par les préoccupations des Français de l'étranger ?

J’ai moi-même vécu à l’étranger pendant cinq ans, en Allemagne. S’il y a, bien sûr, de grandes différences entre l’expatriation en Europe et l’expatriation hors de celle-ci, on retrouve des problématiques semblables : la langue, les démarches administratives, le mal du pays, la perte de la connivence dans la vie sociale puisque les codes ne sont pas les mêmes, que l’on ne les maîtrise pas ou moins bien, etc. Il y a aussi d’autres aspects comme l’éloignement, la perte du contact, pas tant physique qu’émotionnel par rapport la France. C’est pourquoi, l’action de la représentation française à l’étranger et le contact entre « expats » sont tellement importants pour maintenir ce lien vivace, qui ne doit toutefois être ni un corset ni un fil à la patte.

Il est vrai qu’être expatrié, avec la multitude des problèmes petits et grands que cela entraîne, est une expérience qui change ceux qui la vivent et qui, à minima, fait prendre conscience de l’« autre ».

Comment voyez-vous le mandat de député ?

Il me semble important de rappeler que le député est un élu de la nation et non pas un élu local. Dans son action, au sein de sa circonscription comme à l’Assemblée nationale, lorsqu’il vote une loi, il représente la nation entière. Toutefois, du fait de son lien étroit avec une circonscription donnée, il est un intermédiaire irremplaçable entre les citoyens et les sphères du pouvoir. Concrètement, il doit être à même de discerner dans un problème purement local ce qui a une dimension plus universelle, de telle sorte qu’il puisse avoir un jugement éclairé pour faire avancer le travail législatif dans un sens ayant  vraiment un impact positif pour tous.

Quels sont, selon vous, les défis qui attendent les Français de votre circonscription ?

Avec 49 pays pour une seule circonscription, autant dire que les défis sont aussi multiples que chacun d’entre eux, tout comme le sont les motifs amenant à s’expatrier, bien qu’il faille ici rappeler que les Français à l’étranger, ce sont aussi les binationaux nés sur place avec des parents français. Au delà des spécificités de l’expatriation et parfois, notamment pour les binationaux, des difficultés à s’y « retrouver » entre deux cultures, il y a des défis liés à la politiques étrangère de la France. Dans bien des endroits, la France souffre d’un discrédit qui rejaillit sur les Français vivant sur place alors même que, dans l’immense majorité des cas, nos compatriotes sont très appréciés pour leur travail et leur contribution à la vie de leur pays hôte.

C’est même eux qui donnent sens par leur présence et leur travail (qu’ils soient enseignants, personnels de santé, chefs d’entreprises, chercheurs, qu’ils aient trouvé l’âme sœur sur place, etc.) à l’amitié qu’ont pour la France des peuples si divers que nous n’avons pas toujours traités avec le discernement nécessaire. Cette présence aura donc plus de poids et sera plus à même d’être écoutée et prise en compte, si les députés de ces circonscriptions se battent pour empêcher que notre politique étrangère soit dictée par des considérations géopolitiques ne correspondant ni à nos intérêts ni à notre façon de voir. C’est pourquoi je suis totalement opposée à la disparition du corps diplomatique. Celui-ci est justement le garant de la voix portée par la France en dépit des aléas conjoncturels. Il assure une continuité de la politique étrangère sur le terrain, laquelle impacte bien sûr la situation des Français dans leur pays d’accueil.

Comment est organisée votre campagne et qui sont vos soutiens ?

Il faut être très clair sur ce point : la visibilité des campagnes est directement liée à l’argent dont elle dispose. Si vous avez l’argent nécessaire pour visiter les 49 pays de la circonscription et, particulièrement, ceux où vivent le plus grand nombre d’expatriés, votre campagne touchera bien sûr beaucoup plus de monde. Ma campagne se fait avec des moyens limités mais elle bénéficie de tout le travail accumulé depuis des années, un travail qui nous a amené une notoriété hors du système dépassé des partis.


Quels sont les axes de travail que vous souhaitez mener à bien si vous êtes élue ?

Ce serait l’occasion idéale pour faire une sorte de « reset » bien tempéré. Car, oui, il faut clairement redéfinir notre approche vis-à-vis des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique, sans jeter le bébé avec l’eau du bain, mais sans courtiser certains pays en lorgnant sur leur argent, pour certains, et sans les traiter idéologiquement ou « par dessus la jambe » pour d’autres.

Enfin, je soutiendrai, contre la pénurie alimentaire et la logique des blocs qui menace le monde, une politique de développement mutuel, « du Cap à Bagdad, pour une France amie des peuples », dans un ordre économique plus stable et plus juste. En cela, je me conçois comme patriote et citoyenne du monde, comme se définissait le grand poète allemand, et citoyen d’honneur français, Friedrich Schiller.

 

Quel bilan dressez-vous du mandat du député sortant ?

Etant une élue de la majorité présidentielle, je constate que son bilan ne fait que refléter celui de la présidence, indépendamment de ses efforts personnels pour aller à la rencontre de nos compatriotes. ll est impossible de changer quoi que ce soit à l’intérieur d’une règle du jeu dont l’objectif réel est la gestion d’une situation donnée au profit d’intérêts immuables. Il est impossible de trouver une solution à l’intérieur d’une règle du jeu, parce que celle-ci est toujours arbitraire et que l’on si trouve réduit à tenter de faire que les choses s’y passent le moins mal possible. Ce n’est pas ma conception.

Il faut donc en sortir et réaffirmer les principes essentiels de la République tels que Lazare Carnot les avaient si bien exposés : « Elever à la dignité d’hommes tous les individus de l’espèce humaine ».

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