

Pas vraiment écolo, plus philosophe que politicien, Antanas Mockus, candidat du parti Vert colombien, se frottera à Juan Manuel Santos lors du deuxième tour des élections présidentielles le 20 juin prochain
Les sondages l'annonçaient devançant dès le premier tour Juan Manuel Santos, l'ancien ministre de la Défense, mais ce dimanche, les urnes en ont décidé autrement pour Antanas Mockus (AFP). Le candidat du parti Vert n'a remporté que 22 % des votes, contre 47 % pour le dauphin du président sortant, Alvaro Uribe. Tout ve donc se jouer au deuxième tour.
Supercitoyen
Antanas Mockus s'était déjà porté candidat aux élections présidentielles de 2006. Et cela c'était révélé un échec cuisant puisqu'il n'avait remporté qu'1,2 % des suffrages. Elu à deux reprises maire de Bogota, il est connu autant pour son succès au niveau du recul de la criminalité que pour son excentricité. A plusieurs reprises, Mockus a revêtu son costume de Supercitoyen à la façon Superman lorsqu'il était maire de Bogota, et appelé aux vertus de la démocratie, du respect des lois, et au bannissement de la violence. Récemment, Mockus s'adressait aux journalistes coiffé d'un chapeau en forme de fromage. Il y a plus longtemps, il se mariait à dos d'éléphant dans un cirque. Mais il tient sa réputation d'extravaguant de ses années au rectorat de l'université de Bogota. En 1993, face à des étudiants turbulents, Mockus baisse son pantalon et montre ses fesses à la classe. Pour expliquer ce geste, ce rigolo fort médiatique n'hésite pas à citer Pierre Bourdieu et son concept de ''violence symbolique''. Car Antanas Mockus est aussi philosophe.
Un candidat sérieux ?
Fils d'immigrés lituaniens, Antanas Mockus est diplômé de mathématiques et de philosophie des universités de Dijon et de Colombie. Sa personnalité, les symboles qu'il a choisi (la fleur de tournesol, la Constitution et un crayon), et ses idées ont su attirer les jeunes électeurs, les citadins et les classes moyennes. ''Les Colombiens ayant retrouvé la sécurité, la priorité aujourd'hui est de lutter contre toutes illégalités'', expliquait le candidat du Partido verde dans une tribune libre publiée dimanche dans El Tiempo. Sa solution, c'est l'éducation. Un bon système éducatif est un outil de lutte contre la pauvreté, un outil de souveraineté contre la corruption, la violence, le narcotrafic, un outil pour le respect des lois. Tout simplement. Alors Antanas Mockus appelle au ''changement radical''. Dans un pays de 46 millions d'habitants, où cohabitent guérilleros, paramilitaires et narcotrafiquants, le candidat vert plaide pour une limitation de l'armement du pays : ''Je pense que les ressources utilisées pour nous armer seraient bien plus utiles et productives si elles étaient investies dans des domaines comme l'éducation, la culture, la science et la technologie''.
Le vert, couleur de l'espoir
Antanas Mockus finance sa campagne grâce à un découvert bancaire. Si ses idées tiennent la route et que sa personnalité peut faire beaucoup pour l'aider à remporter le second tour des élections, il ne dispose toutefois pas de l'appareil politique de Juan Manuel Santos, issu du même parti qu'Alavaro Uribe, tant apprécié par la population colombienne qui l'aurait certainement réélu pour un troisième mandat si la Constitution ne l'interdisait pas. Mais Mockus n'est pas prêt de s'avouer vaincu. ''Le vert est la couleur de l'espoir, l'espoir de changer la façon de faire de la politique dans notre pays'', proclamait-il sur son blog.
Lauriane Rialhe (www.lepetitjournal.com) mardi 1er juin 2010
En savoir plus :
Rue89, Présidentielle en Colombie : la percée du candidat Vert Mockus
Le Monde, Après Bogota, Antanas Mockus veut faire changer la Colombie




































