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CINEMA - Marie-Antoinette : les maux de la reine

A priori, Sofia Coppola s'attaque à la grande histoire avec un film centré sur la figure de Marie-Antoinette. En réalité, elle reste fidèle à son thème de prédilection : les errances adolescentes. Le film, sorti la semaine dernière en Espagne, ne manque pas d'un certain charme rose et noir

La
captation d'une errance éternellement juvénile (Photo : Leigh Johnson / Pathé)

Derrière les fastes du film en costume, Marie-Antoinette raconte avant tout la vie d'une adolescente enlevée à sa famille et à son Autriche natale afin de devenir Dauphine de France. Pour sceller ce passage, elle se dépouille des attributs de son enfance et, sous le regard de Sofia Coppola, ne semble jamais vraiment accéder à l'âge adulte.
Submergée par les rites absurdes de la cour, elle se plie avec une bonne volonté vite teintée d'ennui aux intrigues et aux jeux des préséances liées à son rang.
Entre les couchers et les levers publics, où toute intimité est exclue, elle partage le calme plat de la couche de son gentil garçon de mari. Le futur Louis XVI n'est pas un torride et le passage à l'acte se fait attendre?
Comme seule exaltation, Marie-Antoinette se grise peu à peu de luxueuses toilettes, d'étoffes précieuses et de perruques toujours plus vertigineuses. Elle consomme les plaisirs de la fête et se gave de pâtisseries colorées comme une adolescente d'aujourd'hui de bonbons Haribo.

Pauvre petite fille riche

C'est une bonne part du parti pris sucré de la réalisatrice de Lost in translation.
Les couloirs de Versailles ne sont que le décor d'un spleen bien contemporain. Inutile donc d'attaquer ce suave exercice sous l'angle de la crédibilité historique. L'Histoire est évacuée, le politique oublié : pas un mot de la Reine à ce sujet ni au sujet de ses sujets révoltés, quasiment invisibles.
Reste la captation d'une errance éternellement juvénile, un thème que Sofia Coppola maîtrise et assume parfaitement, mais qui condamne son personnage à une certaine fixité. Même devenue souveraine et mère, peu d'évolution sous les traits charmants de Kirsten Dunst.
La grande beauté de quelques scènes, d'un petit matin de bal ou d'un emballement d'opéra, confère au film un charme indéniable et l'association de l'imagerie versaillaise et d'une bande son dans le vent (New Order, Phoenix) font de Marie-Antoinette un objet lancinant et délicieux. Reste que la robe à panier est peut-être un peu large aux regards du propos.
Jean Marc JACOB. (LPJ) 12 janvier 2007

Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2h03) avec Kristen Dunst, Jason Schwartzman...

Sortie en Espagne le 5 janvier 2007

Pour les horaires et les salles voir : www.esmadrid.com


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