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CINE – Merde à Tokyo

Dans la trilogie de moyens métrages qui composent Tokyo, Monsieur Merde est le répugnant et burlesque personnage de Leos Carax qui signe ici son retour après 10 ans d'absence. Il rejoint Joon-Ho Bong et Michel Gondry pour une farce urbaine en trois volets bien différents

Les films à sketches s'apparentent au genre littéraire de la nouvelle, à la différence que ce qui les réunit est une thématique ou une forme définie, et qu'ils ne sont pas forcément issus d'un seul auteur. En 2006, par exemple Paris je t'aime faisait parler d'amour 18 réalisateurs pour des courts-métrages sur 18 des 20 arrondissements de la capitale française. Les trois chapitres de Tokyo montrent un regard que portent trois étrangers sur la capitale japonaise.
Dans Interior Design, Michel Gondry interroge le manque d'espace. Les immeubles ne se touchent pas pour laisser passer entre eux des fantômes plats explique un de ses personnages. Et la densité est telle, les apparts sont si minuscules que se transformer en meuble semble l'ultime solution. Un conte assez drôle, et très charmant sur la place dans la ville.
C'est de confinement aussi que parle le Coréen Bong Joon-ho (Memories of Murder) mais d'un retrait volontaire. Il existe un mot en japonais pour désigner celui qui fait le choix de ne plus sortir de chez lui : c'est un hikikomori. Dans Shaking Tokyo, le héros n'est pas sorti de chez lui depuis 11 ans, et a toujours gardé les yeux baissés quand on venait le livrer. Aussi, lorsqu'un jour il croise le regard d'une livreuse de pizza, il provoque un tremblement de terre. C'est lent, contemplatif, et d'écriture ultra classique.

Le sketch le plus détonnant reste celui de Léos Carrax sobrement intitulé Merde ?du nom de son monstre (Denis Lavant ) à l'allure vaguement humaine qui sort des égouts tokyoïtes pour semer la pagaille dans la foule voire la dégommer massivement. Seul un avocat français (Jean-François Balmer) parvient à communiquer avec lui dans une langue maternelle où on se tire la barbichette et où on se met des claques. Bref c'est du grand burlesque. On n'avait pas vu le réalisateur de Mauvais sang ou des Amants du pont neuf derrière la caméra depuis 10 ans et le très critiqué Pola X.
On retrouve ici toute sa hargne, sa démesure et son cynisme : Merde ne se nourrit que de fleurs royales et de pognon. Délicieux !
Anne LAPIERRE. (www.lepetitjournal.com) mardi 21 octobre 20008

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