J’ai passé le permis moto en Inde…

Par Annick Jourdaine | Publié le 21/04/2022 à 01:01 | Mis à jour le 21/04/2022 à 01:01
Les panneaux routiers en Inde

Anne-Mathilde, installée à Chennai depuis plusieurs années, a décidé de se déplacer dans la ville sur sa propre moto. Etape préalable : passer son permis. Elle nous délivre le mode d’emploi pour obtenir le fameux document. 

 

Satisfaire un besoin d’indépendance, réaliser un rêve d’enfance, ou simplement entrer dans la danse ? Celle du trafic, de la circulation, de la fureur du deux-roues. Se déplacer en moto à Chennai, c’est se glisser le temps d’un trajet dans une peau indienne et vivre une expérience unique et authentique au cœur de l’action.

 

J’ai décidé de passer le permis moto en Inde. 

 

Première étape pour le permis moto en Inde : le permis temporaire - le LLR

Mais avant de connaître mon premier frisson de motarde, il a fallu un peu de patience pour convaincre mon entourage que c’était bien une moto que je voulais conduire et non un scooter. Cette réticence familiale fait écho à un cliché à la vie dure : les hommes roulent en moto, les femmes en scooter. Puis obtenir auprès du RTO (Road and Transport Office) le précieux LLR – learner’s License : permis temporaire valable six mois qui permet de préparer et présenter l’examen du permis définitif.

 

Le LLR autorise la conduite sans restriction aucune. Le choix de prendre des cours est laissé à la discrétion de chacun. 

Il existe deux permis pour les deux roues : le permis moto qui inclut les scooters et le permis scooter limité à cette seule catégorie. Une auto-école arrangeante et expérimentée dans la clientèle internationale a préparé et suivi mon dossier auprès des autorités jusqu’à l’obtention du permis final.

 

Mon dossier présentait la double complication d’être au nom d’une femme étrangère. Le circuit administratif en fut ralenti et les frais augmentés d’autant.

Après la validation, la convocation : je me suis présentée au RTO pour me faire tirer le portrait reporté sur le document qui fait office de pièce d’identité. Et qui mentionne que j’ai satisfait à un test préliminaire et un test médical, sans que je m’en souvienne. La production de mon permis européen aura suffi à témoigner en ma faveur.

 

Les leçons de conduite en Inde

Novice en matière de pilotage, les leçons de conduite s’imposaient avant de s’élancer sur les routes de Chennai. Le chauffeur familial a sélectionné dans le quartier une seconde auto-école, réputée pour son sérieux et son ancienneté. Fondée en 1995 par une femme, et toujours tenue par une patronne aujourd’hui, j’y ai rencontré nombre d’élèves de la seconde génération, enfants de parents qui avaient appris à conduire dans cet établissement. La proportion de femmes était élevée à chaque leçon, presque la moitié des apprentis conducteurs, même si pour la moto, j’étais la seule femme. Les moniteurs étaient tous des hommes. Je me suis vue assignée Ajay, celui avec le meilleur niveau d’anglais.

 

Passée la surprise de notre première rencontre, celle où je lui ai demandé si je devais me présenter avec un casque et où il m’a répondu « no need », il s’est toujours montré aussi courtois que pédagogue, comme l’ensemble de l’équipe. 

 

La première leçon d’un forfait de dix a consisté à m’assoir sur un scooter hors d’âge et à faire à 10km/h le tour de la cour intérieure du petit complexe commercial où siège l’école, à 6h du matin. Heureusement, à cette heure matinale, nous n’avons dérangé que quelques chiens et chats errants. En mode tropézienne au début, avec les deux pieds au ras du sol. Puis prenant de l’assurance, j’ai été invitée à poser les pieds à l’intérieur du scooter. Deux jours plus tard, même heure, même endroit, un scooter plus récent et plus puissant m’a été attribué. Nous avons quitté la cour intérieure pour nous éloigner vers une « colony » voisine, dont le périmètre goudronné large et calme était propice à nos débuts motorisés.

 

Au matin de la quatrième leçon, voyant émerger du garage un nouveau scooter, j’ai poliment rappelé que j’étais là pour faire de la moto. Conciliabule en tamoul entre les moniteurs et mon chauffeur et enfin, la joie d’enfourcher pour la première fois en tant que conductrice une moto ! 

Anne-Mathilde de Chennai sur sa moto

 

 

Pas si novice que ça, mais attention à la vache

Très attentive aux toutes premières instructions qui m’étaient données, j’ai réalisé que cette prise en main était favorisée par diverses expériences. Celle de la conduite automobile dans l’usage de l’embrayage. Le moniteur était visiblement soulagé d’économiser l’explication de ce passage obligé. Il m’a simplement montré comment manipuler en douceur la poignée avec trois doigts. De la pratique en dilettante du vélo, je savais qu’il faut prendre de la vitesse pour rester stable. Enfin, après plusieurs années à Chennai, une certaine habitude de la circulation foisonnante s’est muée instantanément en hyper vigilance !

 

La plus grosse frayeur de ces entrainements fut causée par une grosse vache noire. A la sortie d’un tournant, en contournant une benne à ordures trônant sur le bas-côté, j’ai pilé à quelques centimètres de son flanc sombre. Totalement invisible d’où j’arrivais, elle mangeait paisiblement dans le container en barrant la route…

 

La moto de mes rêves et de mes ambitions : une Hero Splendor gris/vert

La mousson a espacé les leçons de conduite. A laquelle ont succédé les congés d’hiver. Faute de pouvoir pratiquer, le chauffeur et moi sommes partis à la recherche d’une moto adaptée à mon petit gabarit et mon niveau de débutante.

Heureusement, le marché indien propose plusieurs modèles de petites cylindrées, autour de 100cc, légères et maniables, résistantes et économes.

Nous avons assez vite écarté l’option d’un modèle d’occasion. Ces véhicules, tout à la fois outil de travail, transport familial et autres, sont peu et mal entretenus et revendus en mauvais état. Alors que pour le neuf, le concessionnaire s’occupe de l’immatriculation, de l’assurance et vous offre un casque pour un budget imbattable aux alentours de 80 000 INR.

Nous avons fait le tour des show-rooms de Chennai : Bajaj, Hero, Honda, TVS. Chez ce dernier, j’ai été accueillie par un jeune commercial qui m’a désigné le coin scooter de son magasin en déclarant que les motos, ce n’est pas pour les femmes. Je lui ai rendu son sourire et je suis sortie…

Notre choix s’est arrêté sur la Hero Splendor de couleur grise et verte. Certes moins glamour que les modèles vintages de Royal Enfield, elle est la moto ou commuter-bike la plus répandue en Inde. Lancée en 1994, inspirée de la mythique Honda CB250 RS, avec plus de 25 millions d’unités vendues, elle fait aussi partie des icônes de ce pays. Elle s’est adaptée au marché au fil des années, intégrant la technologie : possibilité de coupure automatique du moteur après quelques secondes au point mort ou sur le cadran, pourtant très sobre, l’apparition d’un port USB, tout en restant un modèle aussi fiable que frugal.

 

Moto Hero Splendor la plus commune des motos indiennes

 

 

Livrée une semaine plus tard, elle a été personnalisée avec un autocollant Ganesh réalisé sur mesure pour elle et apposé à l’avant du guidon. Puis baptisée lors de la cérémonie de la puja qui se conclut en écrasant les citrons placés sous les roues. Ainsi intronisée, la petite moto verte a pris sa place dans le garage aux côtés de l’Innova familiale et de la Royal Enfield de Monsieur. Mais pour être une motarde à part entière, encore fallait-il obtenir le permis définitif. 

 

 

Le permis moto définitif dans la poche 

L’auto-école qui servait d’intermédiaire a pris rendez-vous avec le RTO et j’ai été invitée à me présenter à l’examen un matin de la semaine suivante.

Le long de la plage de Tiruvanmiyur, sur la route, le chiffre huit est symbolisé par deux pierres posées au sol. Le candidat dessine le contour du huit avec sa moto, sans poser le pied au sol, puis refait un tour d’honneur. Et voilà, le tour est joué.

D’abord très calme, le lieu de l’examen s’anime peu à peu. Les véhicules des auto-écoles arrivent les uns après les autres, les moniteurs, les étudiants, leurs amis et leurs familles. Une vingtaine de candidats est là. On se regroupe à l’ombre de frêles arbres. On s’entraine, chacun y va de son dernier essai. On échange, on compare, on s’encourage.

L’examinateur arrive enfin dans une petite voiture, se gare sur le côté, chausse ses lunettes et regarde défiler les apprentis pilotes en cochant sur sa liste. Tout se déroule très rapidement. Après des semaines d’entrainement et d’attente, d’hésitations et d’interrogations, en quelques secondes, j’ai passé le permis moto.

Si vous êtes invité à vous présenter au RTO dans l’heure suivante, c’est que vous avez réussi ! Il faut se faire prendre en photo encore une fois, la dernière, afin de se voir délivrer le permis définitif sous 48h environ, au format carte bancaire et valable 10 ans.

La bonne nouvelle est que le renouvellement s’obtient facilement ! Une formalité, parole de chauffeur.

 

J’ai réussi. Je suis donc parée à prendre la route, je passe la première et je m’élance. Je longe la mer qui scintille à ma droite, sous le soleil de plomb de Chennai, et le vent de la course rafraîchit mon visage… 

 

Quelques sites sur le permis moto à Chennai

Le site du service des transports et de la sécurité routière du Tamil Nadu

L'auto-école de Chennai fondée en 1995 et encore dirigée par une femme : Durga Driving School

Un descriptif de la moto Hero Splendor

Un historique de la Hero Splendor

Un article sur les circuits d'apprentissage de la conduite moto à Chennai

 

 

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annick jourdaine

Annick Jourdaine

Annick vit à Chennai depuis septembre 2019. L'écriture est pour elle le moyen de prendre du recul et de digérer les émotions que ses yeux et oreilles grand ouverts sur le monde indien provoquent.
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