Thirusti Bommai, le visage effrayant protégeant les maisons tamouls

Par Anaïs Pourtau | Publié le 20/01/2022 à 01:05 | Mis à jour le 20/01/2022 à 01:05
Photo : @ Parvathisri
des représentations de thirusti bommai accrochées sur un mur

Thirusti Bommai, qui diable es-tu ? D’aucuns disent que l’on reconnait être rentré au Tamil Nadu et à Pondichéry lorsque l’on commence à voir ces tête de diables campées sur les terrasses ou balcons des maisons ! Cornu, roulant ses yeux noirs et tirant la langue, Thirusti Bommai ou Kanneru Bommai fait fuir les mauvaises énergies. 

 

Thirusti Bommai protège les personnes et les maisons

Thirusti Bommai, appelé aussi à Pondichéry Kanneru Bommai ou Drishti Bommai, est un épouvantail hindou qui porte les marques de Shiva sur le front et qui doit rester à l’extérieur, au contraire de Ganesh, le Dieu bienveillant qui se trouve dans la maison. 

Les chrétiens  et les musulmans de Pondichéry se gardent bien de croire en son pouvoir d’empêcher les mauvaises pensées, l’envie, la jalousie et le malheur d’entrer dans les habitations.

 

un thirusti bommai


Peint sur des disques de bois, ou moulé en terre cuite, sous forme de buste grimaçant ou de masque coloré, le Thirusti Bommai est placé à la vue de tous, sur les balcons des maisons tamouls et des habitations en construction, à l’entrée de certains commerces et parfois au cul des camions. 

 

Les yeux du Thirusti Bommai repoussent les regards mal intentionnés

Une croyance indienne dit que lorsque quelqu'un voit quelque chose de beau et de nouveau, son regard peut être rempli d'appréciation mais aussi d'envie. Des talismans sont donc utilisés pour protéger les personnes et les objets des regards jaloux. Les yeux exorbités de Thirusti Bommai attirent et retiennent le regard des visiteurs malveillants ou envieux, l'empêchant ainsi de s'attarder sur les personnes et les objets.

 

Plusieurs représentations de Drishti Bommai
(©Vibha Surya)

 

En Inde du sud, l’expression des yeux dans le visage est très souvent utilisée pour véhiculer les émotions. Comme le Thirusti Bommai, le Bharatanatyam, la danse classique tamoule utilise l'expression du visage et le mouvement des yeux pour traduire les sentiments humains. Cette danse, très codifiée et technique, autrefois pratiquée par des danseuses dans les temples hindous, puis interdite dans le Nord par les Anglais qui assimilaient les danseuses à des prostituées, a retrouvé aujourd’hui, ses lettres de noblesse. 

 

Les couleurs de Thirusti Bommai

En Inde, les couleurs utilisées possèdent une symbolique attachée à un Dieu :

Le blanc est la couleur de la paix et de la vérité. 

Dans le sud de l’Inde, le vert symbolise des qualités associées à la nature telles que la bonté, la vertu, la fertilité, la générosité. Cette couleur est le signe d’un heureux présage.

Le jaune est la couleur du soleil, fabriquée à partir du safran ou de la racine de curcuma. Cette couleur est associé à deux symboliques opposées :

  • la fertilité, le curcuma est transformé en une pâte orangée et la famille en enduit le visage et le corps des jeunes mariés, lors de la cérémonie de mariage.
  • la représentation de Chudalabhadra, la déesse terrifiante du terrain de la crémation.

 

Le Thirusti Bommai est justement reconnaissable à sa couleur jaune curcuma.


Le rouge est à la fois symbole de la vie, de l’énergie sexuelle, de la bonne santé, mais aussi de mort, de sacrifice et d’impuretés corporelles.
Le noir est utilisé pour symboliser les démons maléfiques.

 

des thirusti bommai faits sur des citrouilles
Peints sur des citrouilles

 

D'où vient Thirusti Bommai ?

Il se peut que la symbolique de Thirusti Bommai vienne de la légende de Kirtimukh :

 

Un jour, un démon s’est présenté devant le dieu Shiva, exigeant qu’il lui remette son épouse, la déesse Parvati. Shiva, insulté, ouvrit son 3eme œil mystique et souffla. Un éclair frappa la terre et un autre démon apparut, encore plus grand et plus fort que le premier démon : c'était Kirtimukh. Ce géant à tête de lion et longs poils avait une faim énorme et très envie de dévorer le premier démon, qui, pour se protéger, se mit instantanément à la merci de Shiva. 
Alors, le deuxième démon demanda à Shiva : "Qui dois-je donc manger ?", ce à quoi Shiva lui répondit : "Eh bien, pourquoi ne pas te manger toi-même ?".

Et le démon commença à manger ses pieds, puis son ventre, puis sa poitrine et enfin son cou. Lorsqu'il ne lui resta plus que le visage, Shiva le déclara visage de gloire et annonça qu'il ornerait le dessus des portes de tous ses temples.

Le Kirtimukha est souvent utilisé comme motif surmontant le pinacle d'un temple ou l'image d'une divinité, notamment dans l'architecture de l'Inde du Sud et en Asie du Sud-Est.

L'expression de Thirusti Bommai rappelle beaucoup celle de Kirtimukh.

 

Kirthimukha à l'entrée du temple de Kasivisvesvara dans le Karnataka
Kirthimukha à l'entrée de temples dans le Karnataka - @Dineshkannambadi

 

 

 

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Anaïs Pourtau

Anaïs est éducatrice spécialisée auprès d'adolescents. Pendant ses voyages, elle tombe en amour pour l'Inde et ses paradoxes. Elle décide de s'installer à Pondichéry en 2020 et participer à l'aventure lepetitjournal.com.
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