Édition internationale

Chroniques d’une chuchoteuse de chevaux française en Inde

Épisode 1 : Monter un haras en Inde — rêve absolu ou cauchemar éveillé ?

Écrit par Charlotte Kingsman
Publié le 6 janvier 2026

 

Salut à tous,

Je m’appelle Charlotte. Je suis française. Je vis en Inde. Et il y a quelques années, mon mari indien et moi avons fait ce que font tous les anciens cadres parfaitement raisonnables : nous avons quitté nos carrières pour travailler avec des chevaux.

Plus précisément, nous avons décidé d’enseigner une approche éthologique du cheval — aussi appelée horse whispering — en Inde.

Qu’est-ce qui pourrait mal tourner, franchement ?

Comme beaucoup de gens qui ignorent encore à quel point ils vont se compliquer la vie, nous avons commencé cette aventure pleins d’optimisme, d’enthousiasme… et d’une naïveté assez spectaculaire.

Après plusieurs années à vivre et travailler à l’étranger, nous sommes rentrés en Inde avec une vision très claire : un beau ranch, des chevaux en liberté, des chiens dans les pattes, quelques autres animaux pour faire bonne mesure, et des humains venant apprendre à mieux communiquer — avec les chevaux, avec la nature, et parfois avec eux-mêmes.

Une utopie animale paisible.

La réalité, elle, avait d’autres projets.

Immobilier en Inde : attachez vos ceintures

Ce que je ne savais pas — et que mon mari, lui, savait parfaitement — c’est que louer, acheter ou posséder un terrain en Inde est… compliqué. Très compliqué. Niveau olympique.

Mon mari a essayé de me prévenir. Plusieurs fois. Mais il a cette fâcheuse tendance à imaginer absolument tous les scénarios catastrophes à l’avance (façon polie de dire qu’il est Monsieur Pire-Cas-De-Figure). Évidemment, je ne l’ai pas écouté.

Nous avons ouvert notre premier centre de horse whispering sur un terrain loué à la périphérie de Delhi fin 2016. À la mi-2025, nous avions déjà déménagé notre centre six fois.

Oui. Six.

À chaque fois dans l’urgence, le chaos, et pour des raisons totalement indépendantes de notre volonté.

Un jour, nous avons découvert que la personne à qui nous versions un loyer… N’était pas le propriétaire du terrain. Le vrai propriétaire nous a pris pour des squatteurs et a envoyé des hommes armés pour nous expulser.
Un autre jour, le terrain s’est révélé avoir été acquis illégalement. Nous l’avons appris un matin, quand des bulldozers gouvernementaux ont débarqué sans prévenir pour démolir nos murs, pendant que nous restions là, hébétés, longe à la main.

À ce stade, posséder notre propre terrain n’était plus un rêve. C’était une stratégie de survie émotionnelle.

L’acre à un million d’euros

Acheter près de Delhi était tout simplement impossible. Nous avions calculé que le strict minimum — un acre — nous coûterait plus d’un million d’euros.

Nous avons donc regardé vers le nord.

Mon mari est originaire de l’Himalaya, et là-bas, nous avons trouvé ce qui ressemblait au paradis : un terrain absolument magnifique dans les contreforts himalayens. Nous l’avons acheté. Nous avons fêté ça.

Et puis… Nous n’y avons jamais emménagé.

Le terrain était en litige. Les limites n’avaient jamais été clairement définies, et personne — ni les villageois, ni les autorités — n’arrivait à se mettre d’accord sur l’endroit exact où le terrain commençait ou finissait. Nous avons passé des mois à essayer de résoudre la situation.

Cinq ans plus tard, le problème existe toujours.

C’est là que j’ai compris, à mes dépens, qu’une proportion énorme des terres en Inde est concernée par des litiges, des revendications qui se chevauchent, des documents manquants et des procédures judiciaires qui semblent se transmettre de génération en génération.

À ce stade, nous étions prudents. Probablement traumatisés. Certainement paranoïaques.

Pollution, parano et impression d’être coincés

Avec des moyens financiers limités et une énergie émotionnelle encore plus limitée, nous sommes restés dans la banlieue de Delhi à continuer d’enseigner.

Jusqu’à ce que la pollution devienne insupportable.

Alors une question s’est imposée : où aller ?

Entre-temps, j’avais fini par accepter une réalité que je refusais au départ : en Inde, s’installer à la campagne sans aucun réseau local est risqué. On peut avoir du mal à obtenir des choses aussi basiques que l’électricité, l’eau ou un accès routier. Et dans certains cas, la sécurité elle-même peut devenir un problème.

Une fois encore, nous nous sentions coincés.

Et puis Jaipur est entrée dans l’histoire

Et puis il y a eu ce week-end dans la campagne autour de Jaipur.

À quelques heures de Delhi, des paysages magnifiques, de l’espace, des collines, une énergie complètement différente. Nous sommes tombés amoureux immédiatement.

Cette fois, nous étions déterminés. Nous avons contacté tous les agents immobiliers possibles. Nous avons parlé de notre recherche à absolument tout le monde. Pendant plus d’un an, nous avons fait l’aller-retour presque chaque semaine, visitant terrain après terrain.

La majorité se trouvait dans la zone industrielle de Jaipur — avec des usines pour voisines et une nappe phréatique en train de disparaître. Pas vraiment idéal quand votre vie tourne autour des chevaux.

Nous voulions l’autre côté de la ville — plus vert, plus vallonné, là où se trouvent les hôtels de luxe. Mais dans cette zone, les villageois préféraient vendre de grandes parcelles destinées aux resorts. Magnifiques, oui. Abordables ? Pas du tout.

Et puis… le coup de chance

Et enfin, la chance.

Un agent nous a parlé d’un agriculteur qui avait besoin de liquidités en urgence pour marier son fils. Il voulait vendre une petite partie de son terrain, rapidement.

Nous sommes allés visiter.

Entouré par les montagnes Aravalli, suffisamment éloigné de la route pour être paisible mais assez accessible — c’était parfait. Nous pouvions déjà imaginer les chevaux, les chiens, la vie que nous poursuivions depuis presque dix ans.

Nous étions convaincus.

Nous pensions avoir enfin réussi.

Spoiler : non.

Parce qu’en Inde, trouver le terrain parfait n’est que le début d’une toute nouvelle aventure — faite de paperasse, d’autorisations, de patience, et de cette prise de conscience lente et douloureuse que l’achat d’un terrain n’est jamais la fin de l’histoire.

Mais ça… Ce sera pour le prochain épisode.

 

À propos de l’autrice : Charlotte est franco-britannique et vit en Inde. Anthropologue sociale de formation, elle s’est tournée vers sa passion pour les chevaux et s’est formée, avec son mari, auprès de Monty Roberts, le célèbre horse whisperer. Ils sont aujourd’hui basés près de Jaipur, au Rajasthan et l’aventure continue.

 

 

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Publié le 6 janvier 2026, mis à jour le 6 janvier 2026
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