Pondichéry : lorsque la langue française se conjugue avec l’amitié

Par Anaïs Pourtau | Publié le 17/06/2021 à 01:00 | Mis à jour le 17/06/2021 à 01:00
Photo : Sur un mur de la ville blanche de Pondichéry
Sur un mur de la ville blanche de Pondichéry

Il s’appelle Arockiaraj, il a 27 ans et il vit à Pondichéry. Lepetitjournal.com de Chennai a souhaité le rencontrer pour comprendre l’importance de la France, et aussi l’attrait qu’exerce la langue française auprès de plus en plus de jeunes tamouls.

 

Raj, un tamoul amoureux de la langue française

Nous rencontrons Raj avant le confinement. Il se présente dans un français quasiment parfait « J'habite à Pondichéry depuis ma naissance avec mes parents et mes deux frères.  J'ai étudié mon baccalauréat en communication visuelle.  Ensuite, je n'avais pas d'argent pour poursuivre ma maîtrise, j'ai donc décidé de travailler. Je suis allé à Chennai, et j'ai commencé à travailler dans le domaine du cinéma en tant qu'assistant réalisateur. Je n'ai pas gagné d'argent pour mon travail car dans le domaine du cinéma il n'y a pas de salaire officiel, ils donnent de l'argent s'ils le décident, donc j'ai quitté mon travail et je suis revenu à Pondichéry. J’y ai trouvé un emploi dans une grande entreprise internationale, chez MAX, depuis 2015. Un jour, un ami me présente Michel qui est un retraité français, à qui il fait part de mon intérêt pour la langue française ; Michel accepte de me l’apprendre.  C’est une personne formidable, aidant, gentil et humain aussi. il m’apprend le français chaque fois qu'il vient à Pondichéry.  J'ai commencé à apprendre de 2017 à 2019. Après cela, Michel et moi sommes devenus des amis proches, je l’aide autant que je peux quand il est à Pondichéry. Par la suite, Michel m'a conseillé de continuer mon apprentissage par la voie académique à l'Alliance Française de Pondichéry, alors j'y suis allé. Là-bas, ils m'ont donné un examen d'entrée pour vérifier mon niveau, que j’ai réussi, en passant directement au troisième niveau A2-1 ( NDLR deuxième niveau sur l’échelle de la langue. Capacité à comprendre des phrases isolées sur un thème simple). »

 

Arockiaraj étudiant à l’Alliance française de Pondichérry
Arockiaraj, étudiant à l’Alliance française de Pondichérry

 

Afin de mieux comprendre sa motivation, nous lui demandons alors pourquoi il a souhaité apprendre et entretenir son français : « Après avoir commencé à parler le français, j’ai aimé la langue et je l’admire beaucoup aussi. Il y a eu quelques changements dans mon attitude, j'essaie d'apprendre du nouveau vocabulaire et je rencontre beaucoup de français. En les rencontrant, j'apprends beaucoup de choses d’eux, comme l'histoire française, la culture et leurs passe-temps.  Toutes ces choses m'ont motivées pour en savoir plus. Je ne veux pas arrêter mon apprentissage, je souhaite continuer. J'ai décidé de poursuivre mes études supérieures en France.  Je veux suivre le cours FLE (NDLR  niveau de français pour les études supérieures) là-bas et ensuite, je veux étudier le master en finance.  C'est mon projet maintenant. »

Nous avons, par la suite, discuté avec Michel qui parraine Raj. Il en est très fier : « ses progrès sont exaltants !  Les progrès de Raj sont très encourageants ! Oui, je crois qu'il progresse non seulement en français, mais aussi dans la réflexion, la capacité à pense. C'est exaltant ! » La complicité entre les deux hommes est palpable et ce lien chaleureux semble encourager Raj à s’investir davantage dans l’apprentissage de la langue française, devenue aussi la langue de l’amitié.

 

 

Où apprendre le français à Pondichéry ?

Le français a depuis longtemps perdu sa place de langue véhiculaire dans cet ancien comptoir français, au profit du tamoul. Néanmoins au temps de la mondialisation et des échanges économiques entre la France et l’Inde, un renouveau d’intérêt s’exprime pour l’apprentissage de cette langue. Celle-ci devient un atout pour des jeunes générations d’indiens, qui y voient de nouvelles opportunités d’emplois. Jusqu’à ce jour le français est encore la première langue étrangère apprise en inde (l’anglais étant une langue officielle).

 

En Inde, il existe trois lycées français internationaux : Delhi, Mumbai et Pondichéry. Liés à l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AELE), ils sont accessibles à tous, moyennant le paiement des frais de scolarité pouvant aller dans les grandes classes, jusqu’à plus de 2000 euros par an. Le lycée français de Pondichéry, créé en 1826, est le plus grand établissement d’enseignement français en Asie. Malgré la qualité reconnue de l’enseignement, il est regrettable que les frais de scolarité rendent inabordable cet enseignement à la plupart des familles indiennes intéressées et à certaines familles francophones ou expatriées, à moins de gros sacrifices financiers. Néanmoins le français est la première langue étrangère enseignée dans les universités indiennes, dont l’Université Centrale de Pondichéry qui revendique une ouverture sur la France et dans certaines écoles de gestion, d’hôtellerie et de tourisme.

 

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Lycée Français de Pondichéry, Décembre 2019

 

Concernant Pondichéry, n’oublions pas L’Ashram de Sri Aurobindo, créé en 1926 par Aurobindo Ghose, Philosophe, poète et écrivain. Sa collaboratrice française, Mirra Alfassa (aussi appelée la Mère) ouvre en 1943 une école où environ 400 élèves indiens apprennent encore aujourd’hui le français. Par ailleurs, à une dizaine de kilomètres de la ville, elle crée en 1968 la cité « utopique » d’Auroville, basée sur un rêve de paix universelle. Sur une communauté de 2500 personnes, environ 500 français y vivent et y travaillent, certains sont en famille. Les enfants sont scolarisés sur le site ou à l’école française de Pondichéry, ainsi ils participent à conserver l’usage de la langue française.

 

Raj étudie le français à l’Alliance française de Pondichéry. Créée en 1889, elle est une des  15 Alliances du réseau français en Inde et la plus ancienne du monde avec celles d’Hanoi et Hô Chi Minh Ville (Vietnam). 600 étudiants par an , à partir de l’âge de 15 ans, y étudient le français. En lien avec le lycée français, l’Alliance est un organisme privé qui promeut la langue, l’art et la culture française et francophone, à ce titre, il contribue à l’organisation du festival « les francophonies de Pondichéry » dont la première édition a eu lieu au mois de mars 2019. Depuis mars 2020, première période de confinement, Raj étudie le français « à distance ». Il étudie en ligne, avec un professeur et douze ou dix autres participants, selon les groupes.

 

Alliance française de Pondichéry

 

L’inscription à l’Alliance se fait sur le site internet ou sur place: 58 rue de Suffren Pondichéry 605001. Pour ceux qui ont déjà des notions de français, ils doivent passer un test d’évaluation, à l’ oral (éventuellement pas téléphone) et à l’écrit, afin de définir leur niveau. Ce test coûte 900 roupies. Ensuite ils sont inscrits et orientés sur un des 14 niveaux leur correspondant.  Les sessions d’apprentissage linguistique, sont de 60 heures et coûtent chacune, 7950 roupies.

 

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Anaïs Pourtau

Anaïs est éducatrice spécialisée auprès d'adolescents. Pendant ses voyages, elle tombe en amour pour l'Inde et ses paradoxes. Elle décide de s'installer à Pondichéry en 2020 et participer à l'aventure lepetitjournal.com.
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