Pondichéry : Kirti Chandak, une artiste peintre dans son univers

Par Anaïs Pourtau | Publié le 10/03/2022 à 01:02 | Mis à jour le 10/03/2022 à 11:08
Kirti Chandak devant une de ses œuvres

Nous avons rendez vous avec Kirti à « la galerie », ce n’est déjà plus la ville, nous sommes dans un quartier nord de Pondichéry à quelques encablures de la mer. Nous suivons une ruelle bordée de maisons et de quelques échoppes. Une maison se distingue par ses grilles, sur lesquelles se dessinent les silhouettes de personnages, animaux et feuillages: c’est le Centre d’art et de culture Tasmai.

 

Cet espace, Kirti l’a inventé en totalité, des murs aux plafonds : c’est sa galerie, l’espace de création qu’elle a voulu vivant, mouvant, ouvert et interactif, elle y a son atelier et son appartement.

 

Centre d'art et de culture Tasmai à Pondichéry

 

 

Kirti aime la mer qui s’étend à l’infini et dont elle dit qu’elle lui donne le sens de la largeur et absorbe la tristesse. Elle a glané tant de coquillages lors de ses marches sur la gréve pendant la période où le Covid paralysait la vie. Elle dit que la mer est « un compagnon constant ».

 

Trop de lieux artistiques se fossilisent aux dépens de l’énergie créative, Kirti a voulu créer un lieu vivant pour sa communauté.

 

Kirti, une artiste qui vit depuis son enfance à Pondichéry

Kirti vit à Pondichéry depuis qu’elle a deux ans, elle est arrivée du Maharashtra avec ses cinq frères et soeurs et ses parents. 

Elle a suivi sa scolarité au Centre d’éducation de l’Ashram Aurobindo, voilà pourquoi nous pouvons discuter en français. Elle y a aussi appris le sanskrit, dont elle nous dit que c’est une langue très pure, qui se prononce comme elle s’écrit et a facilité pour elle l’apprentissage de plusieurs autres langues indiennes.

Ensuite, elle a poursuivi ses études d’art durant huit ans dans deux prestigieuses écoles d’art, qui l’ont marquée : l’université de Shantiniketan dans le Bengale Occidental et l’Ecole des Beaux-arts de Baroda, dans le Gujarat.

 

Esquisse de Kirti

 

En 1999, Kirti a reçu une bourse culturelle d’échange avec l’école des Beaux arts de Paris, ce qui lui a permis d’y passer 3 mois et de parcourir les musées. 

 

Kirti retient de son séjour en France la faculté de la France à préserver l’art sous toutes ses formes, à travers le temps, ce qui n’existe pas en Inde.

 

Actuellement, Kirti est professeur d’art à l’Ashram d’Aurobindo et au lycée français de Pondichéry. Cette situation lui permet de côtoyer différentes communautés qui ne se rencontrent pas naturellement et qui se retrouvent à la galerie, lors de visites ou d’atelier de créations manuelles.

 

Le centre d’art et de culture Tasmai à Pondichéry

Tasmai, vient des Vedas (ndlr : les textes anciens de l'hindouisme, écrits en sanskrit) et signifie offrande.

Lorsque nous rentrons dans le centre ce jour là, sur la gauche, Madame Arumugam tient un atelier d’amigurumi au crochet. Elle apprend à des enfants cet art japonais de crocheter avec de la laine des modèles de petites créatures mi-animales, mi-humaines. Demain, Pradeepa, lycéenne, animera un atelier pour apprendre différents tressages des cheveux. Hier soir, Kirti, animait un atelier d’aquarelle au bord de la mer.

Une autre pièce s’ouvre sur la première : le sol est tapissé de gravillons, au fond, deux bassins rectangulaires sont séparés par une passerelle de pierre. On a l'impression d’être à la fois dedans et dehors, partout des plantes petites et grandes occupent l'espace.

 

centre d'art et de culture Tasmai à Pondichéry

 

Kirti, attentive à tous, orchestre son monde. L’atelier terminé, elle offre à chacun de la citronnade dans des moitiés de noix de coco, faisant office de verres.

 

L’art est une langue universelle, toute création manuelle est art.

 

Kirti nous invite dans la partie galerie, un espace vitré où des mobiles faits d’aquarelles sur papier se balancent au moindre souffle. Les tableaux de Kirti couvrent les murs, au sol, un chemin de coquillages de toutes nuances, du blanc au jaune safran, du noir au gris au blanc, mène à des aquarelles représentant la mer. 

Dans les coins, des tapisseries en macramé et coquillages que Kirti a tressées récemment. Elle envisage de réaliser un rideau entièrement fait de cordes et coquillages qui pourrait séparer l’espace destiné aux ateliers de celui où s’exposent différents travaux manuels, artistiques, réalisés par d’autres. 

 

tapisserie en macrame et coquillages de Kirti

 

Si toutes les formes d’arts sont accueillies ici, toutes les matières naturelles ou de récupération, transformées par des mains créatives, sont les bienvenues et peuvent y poursuivent une autre vie.

 

Ce serait le moment pour l’Orient et l’Occident de se rendre compte, de ce qui compte vraiment.

 

 

Kirti, une personnalité hors norme

Rencontrer Kirti, c’est rencontrer une personnalité hors norme. Ses bases sont solides, ses vagabondages, ses influences, son ancrage dans la contemporanéité, ses choix font d’elle une femme indépendante.

Elle a réussi son projet d’accueil de publics différents, dans cet espace créatif qu’est Tasmai. On s’y sent bien, accueilli et guidé. Cet endroit appelle peut-être à la liberté d’être soi.

En bonne pédagogue, Kirti n’impose pas, elle propose, accompagne le geste et encourage à faire. Elle partage.

Sea and I (la mer et moi) !

 

Kirti est indienne, sensible à ce que sont la diversité, les langues et l’histoire de ce grand pays. Pondichéry l’inspire et résolument tournée vers la mer, le vent du large et l’horizon, Kirti y trouve sa respiration et peut-être la liberté de mener sa vie de femme-artiste. 

 

Vincent Van Gogh, peintre néerlandais, a sa place quelque part sur un mur de la maison de Kirti. L’art ne connait pas de frontière, il s’installe où il se sent accueilli et ici une adaptation des « Tournesols », illumine le mur.

 

Kirti devant une œuvre inspirée par les tournesols de Van Gogh

 

Nul doute que dans quelques mois le Centre pour l’art et la culture Tasmai, aura encore enrichi la chorégraphie de ses espaces. 

 

 

Tasmai est aussi, discrètement, un hommage à la mère de Kirti. Allez-y de notre part, vous y serez bienvenu.

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Anaïs Pourtau

Anaïs est éducatrice spécialisée auprès d'adolescents. Pendant ses voyages, elle tombe en amour pour l'Inde et ses paradoxes. Elle décide de s'installer à Pondichéry en 2020 et participer à l'aventure lepetitjournal.com.
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