Vendredi 14 août 2020

Voyage sur la route du Chettinad

Par Thibaut Dejean de la Batie | Publié le 25/06/2020 à 01:00 | Mis à jour le 25/06/2020 à 01:00
comptoir danois Tranquebar india inde tamil nadu 2

Lepetitjournal.com donne la parole à Thibaut, grand passionné de voyages partout dans le monde, réalisés avec ou sans sa famille. Il nous raconte aujourd’hui leur voyage au sud de l’Inde, sur la route d’anciens comptoirs européens…

Après avoir déjeuné à la crêperie bretonne de Pondichéry, nous continuons notre route vers le sud. Nous roulons sur l’East Coast Road depuis le départ de la maison. A 65km au sud du plus célèbre des comptoirs français, nous arrivons à Chidambaram.

 

Le Nataraja Temple à Chidambaram

Depuis le 7e siècle on y vénère Nataraja, c’est à dire Shiva en tant que Seigneur de la Danse. Le Nataraja Temple est l’un des temples majeurs du Tamil Nadu. Ce qu’on en voit aujourd’hui date pour l’essentiel du 12e siècle. Contrairement au temple de Tanjore que nous avons visité récemment, c’est un lieu de culte très actif qui n’a rien d’un musée. Cela dit, des guides attendent le touriste à l’entrée. « Ce n’est pas pour l’argent, je veux vous parler de ma culture ! Alors vous me donnerez ce que vous voulez… le minimum est juste 500 roupies. » Une somme très élevée pour une heure de travail en contexte local. Les bas-reliefs du temple montrent Shiva dans toutes ses positions de danse. Je me dis que l’atmosphère des lieux est peut-être la même qu’il y a des siècles. Si dans nos églises les fidèles entrent, prient, et repartent, ce temple semble être autant un lieu de vie qu’un lieu de culte.

 

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Le Nataraja Temple à Chidambaram

 

A Tranquebar

Une cinquantaine de kilomètres plus au sud se trouve l’ancien comptoir danois de Tranquebar (Tharangambadi). Au 17e siècle, Portugais, Hollandais, Anglais et Français rivalisaient pour étendre leur influence sur le commerce maritime dans la région. C’est dans ce contexte que fut établie la Compagnie Danoise des Indes Orientales et qu’un contingent danois débarqua à Tranquebar en 1620. Ils obtinrent pacifiquement une concession de la part du souverain local, le roi de Tanjore. Ainsi fut construit le Fort Dansborg dont la visite est intéressante. Le musée à l’intérieur du fort gagnerait à être un peu mieux organisé, car on y trouve côte à côte des vestiges de la présence danoise, des pierres taillées de la préhistoire, des statues hindoues, ou encore des morceaux de squelette de baleine et un rostre de poisson-scie. Les Danois gardèrent le contrôle du comptoir jusqu’en 1845, date à laquelle ils le perdirent au profit des Anglais. Tranquebar est aussi le lieu par lequel le protestantisme s’est durablement implanté en Inde. La mission luthérienne allemande de Bartholomäus Ziegenbalg, fut, en 1705, l’une des premières. Ce dernier a traduit la bible en Tamil et a créé ici une imprimerie. Dans ce qui fut sa maison, nous avons vu une presse venue d’Allemagne qui est encore en état de fonctionnement, démonstration à l’appui.

 

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Le fort de Tranquebar, Tamil Nadu

 

A quelques encablures du Fort, face à la baie du Bengale, se trouve un temple hindou du 14e siècle. Les experts y voient des éléments d’architecture d’inspiration chinoise, qui auraient eu pour but de renforcer l’attractivité de la région auprès des marchands chinois. Entre le fort et le temple se trouve le Bungalow du Gouverneur. Cet édifice qui en impose était tombé en ruine avant d’être magnifiquement restauré par une coopération indo-danoise il y a une dizaine d’années. C’est aujourd’hui un très bel hôtel où nous avons passé la nuit. La restauration a été si bien faite que nous ne nous étions doutés de rien avant de voir les images des ruines.

Enfin, Tranquebar est connu pour être le lieu de naissance en 1761 de Catherine Worlée, future Madame de Talleyrand puis Son Altesse Sérénissime la Princesse de Bénévent. Née de deux parents bretons, son père était capitaine de port à Chandernagor. Réputée pour sa beauté, elle aura réussi à obtenir de Talleyrand qu’il l’épouse après avoir été longtemps sa maîtresse. Un mariage civil poussé par Napoléon lui-même puisque Talleyrand était encore évêque.

 

En passant par Karikal

En continuant notre route vers le sud, à une quinzaine de kilomètres de Tranquebar, se trouve l’ancien comptoir français de Karikal.  On est ici dans le territoire administratif de Pondichéry, comme en témoigne la floraison de « wine and beer shops » vendant de l’alcool à taxe réduite. Je renvoie le lecteur à l’article dédié aux anciens comptoirs. Nous continuons notre voyage le long de la côte pendant encore 130km, en passant par Nagapattinam. Puis nous quittons l’East Coast Road pour faire 50km dans les terres. Nous arrivons ainsi en fin de journée dans la région dite du Chettinad.

 

Église Notre-Dame des Anges à Karikal
Église Notre-Dame des Anges à Karikal

 

Les « palais » du Chettinad

Le Chettinad est connu pour ses « palais », en fait de riches maisons aux allures de petits palais. On les doit aux marchands Chettiars issus de cette région du Tamil Nadu. Ils ont fait fortune au 19e siècle dans le commerce puis dans la banque (l’usure plus précisément ?). Ces fortunes se sont construites à Malacca, en Birmanie ou encore à Ceylan. Bien que ces marchands n’étaient pas très souvent dans leur pays d’origine, ils ont investi des fortunes dans ces maisons palatiales pour montrer la hauteur de leur réussite.

L’architecture générale de chaque maison est la même, organisée symétriquement autour d’une cour centrale à ciel ouvert. Les ouvertures se font face pour faire circuler l’air. Les toits sont conçus de manière à recueillir l’eau de pluie et à l’acheminer dans des pots en cuivre. Cette architecture suit les principes traditionnels tamils du Vastu Shastra. L’originalité est qu’elle est combinée avec des influences occidentales : façades classiques ou baroques, carrelages de marbre en damier noir et blanc. Certaines colonnes en granit ressemblent à celles des temples hindous quand d’autres en marbre auraient leur place dans un palazzo italien. Les marbres viennent d’Italie ou de Belgique. Certaines poutres sont en bois birman très richement sculptés par les sculpteurs tamils. On trouve des décorations en ivoire et autres objets précieux. Les Chettiars ont aussi conçu leurs villages de manière harmonieuse avec des rues en damiers peu habituelles en Inde du Sud. Dans chacun des 73 villages il y a plusieurs dizaines de ces petits palais aux façades richement décorées.

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Palais abandonné du Chettinad, Tamil Nadu

 

Avec la fin de l’Empire Britannique, la richesse des Chettiars s’est étiolée. Beaucoup vivent aujourd’hui aux Etats-Unis, à Singapour ou aux Emirats Arabes Unis. La plupart des palais appartiennent à leur descendants mais ne sont plus entretenus. Vidés de leurs objets, peu habités, ils ont perdu de leur superbe. Mais même dans cet état, ou parce qu’ils sont dans cet état, se promener dans un village du Chettinad est une expérience unique où se mêlent des sentiments de grandeur, de nostalgie et d’échanges entre l’Orient et l’Occident. Heureusement, quelques palais ont été rénovés et ont retrouvé leur splendeur d’antan. C’est la mission que se sont donnée deux architectes français, Michel Adment et Bernard Dragon. Leur histoire a été relatée dans Le Monde en 2015. C’est dans leur propriété que nous avons passé la nuit, la Saratha Vilas. Leur site internet est une mine d’information pour en savoir plus. Tant pour le caractère exceptionnel du lieu que pour la qualité du service, ce fut probablement notre meilleure expérience hôtelière depuis que nous voyageons en Inde. Un seul regret : avoir dû repartir dès le lendemain pour Chennai.

 

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Sarathas Vilas, Chettinad, Tamil Nadu 

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur le voyage Thibaut et sa famille, contactez chennai@lepetitjournal.com qui vous fournira ses coordonnées personnelles après son accord. Vous pouvez suivre aussi toutes ses aventures sur son blog : http://dingfamille.over-blog.com/

 

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Thibaut Dejean de la Batie

Thibaut est un féru de treks, seul ou avec sa famille. C’est son père qui l’a un jour convaincu de le suivre avec son frère. A travers son blog et maintenant lepetitjournal.com de Chennai où il vit actuellement, il partage ses expériences hors du commun.
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