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Traversez Darjeeling et le Sikkim, entre le Népal et le Bouthan

Par Thibaut Dejean de la Batie | Publié le 15/11/2019 à 01:00 | Mis à jour le 15/11/2019 à 01:00
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Lepetitjournal donne la parole à Thibaut, grand passionné de treks  partout dans le monde, réalisés avec ou sans sa famille. Il nous raconte aujourd’hui son aventure du côté de Darjeeling et du Sikkim au nord de l’Inde, avec sa femme, Romy et ses deux enfants en mars 2017.

 

Après les nombreux voyages de Delhi vers le nord de l'Himalaya Indien, le moment est venu de partir à la découverte de la mythique Darjeeling et du Sikkim. Coincé entre le Népal, la Chine et le Bhoutan, ce tout petit état est une pièce minuscule du puzzle de l'Inde des enfants.

 

trek darjeeling sikkim népal inde bouthan

 

Darjeeling - 2 jours

Notre voyage commence par la montée en voiture vers Darjeeling. La nuit tombe et les enfants s'amusent de voir les petits rails du "Toy Train" passer d'un côté à l'autre de la route. Les routes montent en lacets très serrés avec des pentes nettement plus raides que dans le reste de l’Himalaya indien. Ceci doit expliquer le peu de camions.

Arrivés à Darjeeling (2135m), il fait très froid et le temps est à la pluie. Nous logeons au Singtom Tea Estate, l'une des premières plantations de thé de Darjeeling, établie en 1852. Le cottage du propriétaire a été reconverti en hôtel. Le feu dans la cheminée est apprécié… Au réveil le lendemain, les nuages se sont dissipés et le massif du Kanchendzonga dévoile toute sa majesté ! Nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse face au troisième plus haut sommet du monde (8586m). Le spectacle est furtif car chaque jour, le ciel a tendance à se couvrir tout au long de la matinée.

darjeeling inde trek famille

Notre visite de Darjeeling s'organise autour du zoo. Parmi les autres vedettes locales, il y a le léopard des neiges, le tigre du Bengale et le panda roux. Nous ne verrons pas ce dernier que nous connaissons en fait bien grâce au spécimen de la Ménagerie à Paris. Au bout du zoo se trouve le musée du "Darjeeling Moutaineering Institute", créé en 1957 sous la direction de Tenzing Norgay (très célébré en Inde). Est exposé, entre autre, l'équipement avec lequel il a atteint l'Everest avec Edmud Hillary. Nous continuons notre visite de Darjeeling en marchant du zoo au centre touristique de la ville (le "mall"). La nuit tombe très tôt tant nous sommes à l'Est de Delhi et il nous reste tout juste le temps de marcher au milieu des plantations du célèbre thé.

 

Darjeeling – Melli – Okhrey - 1 jour

Les étrangers qui se rendent au Sikkim doivent obtenir un permis, comme pour la plupart des zones frontalières (le "Inner Line Permit"). Faute d'avoir réussi à l'obtenir depuis Chennai, nous devons entrer au Sikkim par le checkpost de Melli, au confluent des rivières Teesta et Rangeet (non loin de Kalimpong). Le permis s'obtient ici avec une facilité déconcertante. Notre agent de trekking doit toutefois aller à Gangtok y montrer une copie de ce permis pour pouvoir nous procurer le permis de trekking dont nous aurons besoin ensuite. Manque de chance, les bureaux sont fermés ce lundi pour la fête de Holi. Dans cette région à majorité bouddhiste, l'Inde des plaines semble très loin. Pourtant, Holi donne lieu ici aussi à quelques festivités (qui consistent à se barbouiller de pigments de toutes les couleurs). Notre permis nous rejoindra finalement au cours du trek.

Nous prenons la route de Jorehtang. A cet endroit la route principale bifurque vers le nord vers Pelling et Yuksom. Nous continuons quant à nous plein ouest (c'est à dire vers le Népal) sur une petite route abrupte qui s'élève dans une belle forêt. En fin de journée, après 110km de route, nous arrivons enfin dans le petit hameau près du village d'Okhrey où nous sommes attendus. L’accueil de nos hôtes de la communauté Sherpa est plutôt chaleureux, mais la nuit n'en sera pas moins froide. Et ce n'est que le début.

 

Trek forestier au travers du Barshey Rhododendron Sanctuary – 2 jours

Le trek démarre à l'entrée de la réserve, à Hilley (2775m), dans la chaîne Singalila. Le temps est très couvert et il fait beaucoup plus froid que prévu. Dès l'entrée dans la réserve, le petit sentier s'enfonce dans une épaisse forêt, presque inquiétante par ce temps brumeux. Les rhododendrons sont les arbres les plus nombreux, mais le chemin est souvent bordé de grands bambous. Il y a également des chênes (assez différents de l'espèce européenne) et, plus rarement, des conifères. Je me demande s'il existe beaucoup de forêts où l'on peut voir comme ici un sapin entouré de bambous ! En ce qui concerne la faune, la réserve est habitée par le fameux panda roux, que nous ne verrons pas davantage qu'au zoo, et par le "Himalayan Black Bear".

 

trek foret darjeeling sikkim inde

 

La première étape, longue de seulement 5km, va de Hilley à la "Trekkers Hut" de Barshey. Nous y arrivons avant midi. Arriver ici en milieu de journée est censé laisser tout le loisir de profiter de cette belle clairière. Sur les prospectus, elle fait penser à une terrasse bordée de rhododendrons en fleurs rouges et blanches, le tout au pied du Kanchendzonga. Mais aujourd'hui, le plateau est pris dans les nuages. La visibilité est d'une dizaine de mètres. Il fait très froid et il y a même quelques flocons de neige. Le refuge n'est chauffé d'aucune manière (ni poêle, ni cheminée, encore moins de chauffage électrique). Il n'y a plus qu'à se blottir tout habillé sous les grosses couvertures jusqu'au lendemain matin... L'état des couvertures a de quoi faire regretter de ne pas avoir nos sacs de couchage. Il faut se résigner à y passer le reste de la journée, hormis quelques pas dehors et le temps du dîner. Ce sera l'occasion de belles parties du "jeu des sorcières", un jeu de cartes cher à mes enfants.

Par chance, le ciel se dégage pendant la nuit et le soleil brille quand nous partons le lendemain matin. Il fait tout de suite moins froid et on peut brièvement admirer le Kanchendzonga nettement plus proche que depuis Darjeeling. Tout le long de la marche, la forêt est envoûtante. Peu de rhododendrons sont en fleurs, mais l'enchevêtrement de branches, d'arbres jeunes, d'arbres vieux et moussus, les vieilles souches aux silhouettes de monstres... tout cela fait penser à une forêt de conte de fée. Nous avons un guide et deux porteurs, ce qui nous permet de n'avoir à porter que nos enfants. Il est amusant de voir que même notre sac à dos de randonnée finit dans un panier en roseaux tressés arrimé à la tête du porteur par une sangle qui passe sur le front. Cela nous semble à nous tellement plus simple d'utiliser les bretelles!

 

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L'étape fait 13km et l'altitude oscille toujours autour de 2800m. Comme les jours précédents, le ciel se couvre en fin de matinée. Plongée dans les nuages, la forêt a un air encore plus mystérieux. Surtout lorsque la silhouette d'un yak se détache de la brume au détour d'une clairière. Au terme de l'étape, une autre équipe de porteurs et un cuisinier sont arrivés par l'autre versant pour installer le campement. Notre tente est prête et un feu est allumé. Il fait heureusement moins froid sous notre tente que dans le refuge de la veille. La clairière où nous passons la nuit s'appelle Thulodhap et se trouve à moins de 5km de la frontière népalaise.

La dernière étape, longue d'un peu moins de 6km, descend jusqu'au petit village d'Uttarey (2050m). Les maisons y sont en bois peint de couleurs vives (violet, vert...) et chacune semble avoir son potager et son bétail. La plupart des villageois élèvent un ou deux cochons, ce qui nous a valu des morceaux de graisse de porc sauté pour le dîner (plat peu fréquent dans le reste de l'Inde). La communauté Limboo qui vit ici pratique une ancienne religion animiste du Népal (appelée Mundhum) et suit un modèle matrilinéaire.


Pelling, Ravangla, Kalimpong – 2 jours 

Nous reprenons la route vendredi matin pour Ravangla, moyennant quelques détours touristiques. La première attraction de la journée se révèle être le Singshore Bridge, un pont suspendu de 200m de long au-dessus d'une gorge profonde de 200m. Si l'ouvrage est spectaculaire, nous n'en n'apprendrons pas plus sur son histoire et son rôle. Pourquoi construire un tel édifice pour relier deux petites routes secondaires ? Le pont est d'ailleurs fermé à la circulation et l'accès aux villages proches semble se faire par la route principale. Sur Internet, je lis que le gouvernement local veut en faire un spot de saut à l'élastique.

L'arrêt suivant est au monastère bouddhiste de Pemayangtse, construit au 17e siècle. La visite est intéressante même si les fresques les plus anciennes ne sont pas en bon état. Nous avons la chance de voir et entendre les moines psalmodier. Légèrement en contrebas du monastère se visitent les ruines de Rabdentse. Il faut marcher vingt bonnes minutes pour atteindre le sommet de la colline où se trouvent les ruines de la forteresse, plongées dans un épais brouillard. On essaie d'imaginer ce que fut l'ancienne capitale du Sikkim depuis son édification en 1670 jusqu'à sa destruction en 1814 par les Gurkhas du Népal.

Nous arrivons à Ravangla en début d'après-midi sous l'orage et des trombes d'eau. Il fait si froid qu'on en vient à se réjouir de rentrer bientôt à Chennai ! Heureusement, le soleil brille le lendemain matin avec à la clef une dernière vue sur le Kanchendzonga. Dernière vue sur cette montagne pour ce qui est du voyage. En route nous visitons le Bouddha Park, un monastère très moderne sur le toit duquel trône une statue du Bouddha de plus de 100m de haut. Le tout dans un paysage grandiose. A l'intérieur du temple, on marche le long d'une rampe qui monte en spirale vers le plafond pour suivre étape par étape la vie du Bouddha. Les fresques et les panneaux explicatifs en anglais sont un très bon moyen de découvrir ou redécouvrir les fondamentaux du bouddhisme.

 

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Notre petit voyage au Sikkim se termine à Melli, là où il avait commencé. A Kalimpong nous retrouvons enfin la chaleur d'un bon hôtel, du type de ceux où l'on pourrait oublier qu'on est en Inde. En retrouvant la plaine le lendemain matin sur la route pour Bagdogra, nous renouons pour de bon avec la chaleur de l'Inde, mais aussi avec la civilisation indienne. C'est un peu comme si nous avions quitté le pays le temps de cette semaine de vacances.

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur le voyage Thibaut et sa famille, contactez chennai@lepetitjournal.com qui vous fournira ses coordonnées personnelles après son accord. Vous pouvez suivre aussi toutes ses aventures sur son blog : http://dingfamille.over-blog.com/

 

 

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Thibaut

Thibaut Dejean de la Batie

Thibaut est un féru de treks, seul ou avec sa famille. C’est son père qui l’a un jour convaincu de le suivre avec son frère. A travers son blog et maintenant lepetitjournal.com de Chennai où il vit actuellement, il partage ses expériences hors du commun.
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