

La France a honoré deux figures majeures de notre communauté en Espagne, en décernant lundi les insignes d'officier de l'Ordre national du mérite à Georges Farnié et Jacques-Serge Mony. La cérémonie s'est déroulée à la Résidence de l'Ambassade de France. Discours officiels et conversations plus étroites ont permis d'en apprendre plus sur le président de l'Entraide française et celui qui occupe la fonction de secrétaire général de la section Espagne des conseillers du commerce extérieur.
(Photo lepetitjournal.com)
"Deux des membres les plus éminents de la communauté française de Madrid." En débutant son discours par cette figure de style élogieuse, Jérôme Bonnafont, Ambassadeur de France en Espagne, plaçait le ton de la cérémonie. La centaine d'invités réunis à la Résidence de l'Ambassade lundi, attendit la suite de son exposé : "Aujourd'hui, je vais avoir le plaisir de remettre les insignes d'Officier dans l'Ordre National du Mérite à Georges Farnié et à Jacques-Serge Mony", poursuivait-il, en s'adressant directement aux deux futurs récipiendaires. L'Ordre national du mérite est l'une des plus hautes distinctions de la Nation française, un titre honorifique décerné depuis 1963 aux militaires et aux civils les plus méritants, selon les critères de la République.
La trajectoire méritante de Georges Farnié
Georges Farnié "ne l'a pas volé", son insigne : actuel président de l'Entraide française, anciennement appelée Société de Bienfaisance, l'enfant de Barcelone puis de Biarritz (la Guerre civile est passée par là), a connu une trajectoire professionnelle et associative remarquable. Fils d'un négociant en laine installé depuis 1926 dans la capitale catalane, Georges Farnié est né un jour d'octobre 1933. C'était l'époque où la Catalogne hébergeait de nombreuses filatures et peignages qui contribuaient à l'essor de cette région. "En novembre 1936, toute la famille doit quitter en catastrophe la Catalogne en pleine Guerre Civile et elle se réfugie à Biarritz. Votre père perdra d'ailleurs la vie en 1945 dans la résistance", narra sobrement Jérôme Bonnafont au micro.
Après des études menées à l'Ecole Saint-Louis de Gonzague de Biarritz puis au Lycée Henri IV de Paris, Georges Farnié s'envole pour Londres entamer sa vie professionnelle après un bref passage à l'ESSEC. La guerre d'Algérie et ce désormais "obsolète" service militaire interrompt son ascension professionnelle. "Je devais rappeler des civils sous les drapeaux", se souvient-il, des trémolos encore dans la voix. "J'ai vécu des moments très pénibles et très forts. Ce n'était pas une tâche facile." Georges Farnié restera en Kabylie de janvier à septembre 1956, après 34 mois de service militaire.
Alors qu'il se découvre un goût pour les voyages, Georges Farnié traverse l'Atlantique à destination de l'Argentine, "ce pays de l'éternel futur", comme il aime à le décrire, reprenant une formule du célèbre écrivain austro-hongrois Stefan Zweig. "L'Argentine est en révolution constante. C'est un merveilleux pays, à découvrir du Nord au Sud", invite-t-il. Ce n'est qu'en décembre 1958 que notre premier récipiendaire s'installe en Espagne, à Madrid précisément. Il dédiera l'essentiel de sa carrière professionnelle à deux entreprises : la Compagnie des Lampes Mazda dont il devient l'administrateur-délégué en 1975, puis la société Philips Iberica qu'il dirige jusqu'à sa retraite en 1993. "Ça m'occupe la retraite", lance-t-il avec un brin de malice.
Membre du conseil d'établissement du Lycée français de Madrid depuis 1968 jusqu'à aujourd'hui, membre de la société de bienfaisance depuis 1962 (renommée depuis Entraide française) puis président de celle qui porte assistance aux Français dans le besoin (exclusion, chômage) depuis 2007, Georges Farnié cultive une passion pour le piano et... les sports mécaniques. En 1998, 1999 et en l'an 2000, le Barcelonais de naissance contribue à l'épopée d'un pilote espagnol de l'écurie Mitsubishi dans le Paris-Dakar. "J'étais le chef d'équipe. Il fallait bien préparer sa voiture (...). Cela a été quinze jours de folie à chaque reprise", nous confia-t-il. Il ne s'arrête pas là : il effectue en parallèle un périple Buenos Aires ? Ushuaia ? Santiago de Chili en moto. La principale fierté de Georges Farnié à l'heure actuelle, du point de vue de son engagement associatif, est le "Poney Club de España", qu'il a fondé en 1986 et qui compte aujourd'hui plus de 12.000 adhérents. "Mais je tiens à dédier cette insigne d'officier de l'Ordre national du mérite à la trentaine de bénévoles qui m'accompagne à l'Entraide française sans qui tout cela ne serait pas possible", rectifia-t-il. Avant de synthétiser : "Je suis extrêmement content d'avoir pu parler de notre association devant monsieur l'Ambassadeur et autant de gens importants."
"Une grande émotion et une grande fierté" pour Jacques-Serge Mony
Jacques-Serge Mony a été le second "homme de mérite" à recevoir les insignes d'officier de la part de l'Ambassadeur, lundi soir. "C'est une grande émotion, une grande fierté et beaucoup de plaisir de recevoir cette décoration devant une grande partie de ma famille", glissa celui qui occupe la fonction de secrétaire général de la section Espagne des conseillers du commerce extérieur de la France, à l'issue de la cérémonie.
Né en mai 1939 à Hendaye, au Pays basque français, Jacques-Serge Mony intègre une grande école d'ingénieurs sitôt sa majorité, l'ESEO Angers. Diplômé en ingénierie électronique en 1961, Jacques-Serge Mony s'essaie alors à l'expatriation : ingénieur de supervision des centrales de production d'énergie à Contrôle Bailey, de 1963 à 1971, il crée la filiale commerciale puis industrielle de cette entreprise en Espagne, où il s'installe jusqu'en 1975. A cette date, il rejoint le Brésil, Rio de Janeiro puis Sao Paulo, où il occupera la fonction de responsable d'une étude de marché pour Control Bailey, puis directeur général de CBB Instrumentaçao e Contrôle Ltda, filiale de cette entreprise jusqu'à sa reprise par le groupe CEGELEC en 1981, avec compétence sur l'ensemble de l'Amérique latine.
"Pour moi, l'expatriation, cela a été un enrichissement total", nous confia-t-il. "On pratique d'autres langues, s'essaie à d'autres habitudes de vie... J'ai été très bien accueilli ici en Espagne. Idem au Brésil. Je ne voulais plus rentrer en France", sourit-il. C'est un moindre mal donc, si ces nouvelles occupations professionnelles le conduisent en Espagne, en 1988. Pendant six ans, il sera le directeur général d'une autre filiale de CEGELEC, puis administrateur délégué et directeur général de CEGELEC Espagne. "A l'apogée de votre carrière, en 1998, et jusqu'à votre retraite en 2004, vous serez directeur général de Alstom Power Conversion, filiale de groupe Alstom pour l'industrie", retrace Jérôme Bonnafont. Conseiller du commerce extérieur de la France depuis 1995, Jacques-Serge Mony s'emploie dans la mission de promotion commerciale de la France à l'étranger. "Je conseille les pouvoirs publics", résume-t-il. "La France et l'Espagne ont de très bonnes relations économiques à l'heure actuelle et je m'en félicite."
Douze ans après avoir été fait chevalier de l'Ordre national du mérite, secrétaire général lui-même de l'association nationale en Espagne des membres de l'ordre national du mérite français, Jacques-Serge Mony s'inscrit un peu plus dans ce cercle très restreint des hommes de mérite de la Nation française, à laquelle appartient désormais Georges Farnié.
Damien LEMAÎTRE (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 6 mai 2013
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