À Kandal, les ting mong continuent d’accompagner les fêtes religieuses. Derrière leurs formes étonnantes se perpétue un savoir-faire artisanal aujourd’hui menacé.


KANDAL – À Kien Svay, dans la province de Kandal, les ting mong occupent une place particulière lors des célébrations religieuses. Ces figures traditionnelles khmères accompagnent notamment les cérémonies marquant le début de la saison des pluies, les fêtes de Kathin et la Fête des Eaux.
Fabriqués à l’image de personnages humains, de divinités ou de créatures fantastiques, les ting mong ne sont pas de simples éléments de procession. Ils témoignent d’un héritage culturel transmis au fil des générations et restent associés à des croyances protectrices profondément ancrées dans certaines communautés locales.
Des figures protectrices cambodgiennes
Selon d’anciennes croyances animistes, les ting mong auraient pour rôle de protéger les familles du mauvais karma et de repousser les mauvais esprits. Certains habitants pensent également que ces figures peuvent contribuer à protéger les communautés contre les maladies et les influences néfastes.
Cette croyance a trouvé un nouvel écho pendant la pandémie de Covid-19. Certains Cambodgiens avaient alors placé des ting mong devant leur maison pour tenter de se protéger du coronavirus en s’appuyant sur une pratique ancestrale.

Les ting mong ne sont donc pas uniquement associés aux processions et aux festivités. Ils incarnent également une forme de protection symbolique et témoignent de la persistance de croyances anciennes au sein de certaines communautés cambodgiennes.
Une tradition profondément ancrée à Kandal
Dans le village de Chey Odom II, Vong EK, un artisan de 78 ans, compte parmi les derniers habitants à consacrer son savoir-faire à la préservation de la tradition locale des ting mong.
Sous sa maison sur pilotis se trouvent de grands corps de ting mong confectionnés avec des armatures métalliques, ainsi que plusieurs têtes sculptées représentant des hommes et des femmes.
Selon Vong Ek, cette tradition remonte au moins à la génération de ses grands-parents.
« La procession existe depuis aussi longtemps que je m’en souvienne », raconte-t-il.
Les ting mong de Kien Svay se distinguent de ceux que l’on peut observer dans les districts voisins de Sa’ang et de Koh Thom.
« Là-bas, on trouve souvent des géants et des figures monstrueuses. Ici, nous représentons surtout des hommes, des femmes, des divinités, des danseurs, des clowns et des moines, afin de créer une atmosphère joyeuse et paisible lors des fêtes », explique Vong Ek.
Un savoir-faire artisanal cambodgien
Vong Ek a commencé à fabriquer des ting mong en 1980, après avoir appris ce savoir-faire auprès des anciens de son village. Au départ, il les réalisait uniquement pour les processions religieuses et les célébrations organisées dans sa communauté. Il a commencé ensuite à en produire pour les vendre pendant.
Chacun est vendu de 800 à 1 000 dollars, selon sa taille et la complexité de sa fabrication. La réalisation d’une seule figure peut nécessiter de deux à quatre mois de travail.
La fabrication d’un ting mong repose sur des techniques particulières. Pour réaliser la tête, Vong Ek sculpte les traits du visage dans du bois avant de les peindre à la main.
Dans certaines régions, les ting mong sont fabriqués avec de l’argile ou du papier. À Kien Svay, le corps était traditionnellement réalisé en rotin. Celui-ci est fendu puis tressé afin de former une silhouette humaine.
Au fil du temps, les artisans ont toutefois commencé à remplacer le rotin par du fil métallique. Le matériau naturel est devenu plus difficile à trouver, plus coûteux et plus fragile.
« Les habitants utilisaient du rotin parce qu’il est léger et facile à modeler. Le bois employé pour la tête était lui aussi tendre, lisse et facile à sculpter », se souvient Vong Ek.
Aujourd’hui, l’artisan constate qu’il devient de plus en plus difficile de trouver des matériaux adaptés. La fabrication elle-même demande de la patience, de la précision et une grande détermination.
Une tradition cambodgienne menacée par le manque de relève
Avec l’âge, Vong Ek s’inquiète de voir moins de jeunes apprendre les compétences nécessaires à la poursuite de cette pratique.
« Je voudrais voir davantage de jeunes s’intéresser à la fabrication des ting mong. Ce qui me préoccupe le plus, c’est que la population comprenne quelles sont les formes authentiques des ting mong représentant notre identité locale et connaisse les méthodes traditionnelles utilisées pour les fabriquer », confie-t-il.
Pour Vong Ek, préserver les ting mong ne consiste pas seulement à maintenir une tradition liée aux fêtes. Il s’agit aussi de protéger un patrimoine culturel qui façonne l’identité de Kien Svay depuis plusieurs générations.
Source : Cambodianess
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